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Soeurs

Soeurs
De Wajdi Mouawad
Mis en scène par Wajdi Mouawad
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
À l'affiche du :
8 décembre 2020 au 23 décembre 2020
Jours et horaires
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l m m j v s d
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Au volant de sa Ford Taurus, Geneviève pleure. À 25 km/h sur la route d’Ottawa, elle voit défiler sa vie. Elle, l’avocate brillante qui a voué sa carrière à la résolution de grands conflits, est incapable d’exprimer ses propres désirs. La goutte qui va faire déborder son vase émotionnel l’attend patiemment dans la chambre 2121 du Palace Hôtel d’Ottawa, sous les traits d’une autre femme, employée d’une compagnie d’assurances.


Après le succès de la trilogie Littoral, Incendies, Forêts, il nous promène dans les territoires de la féminité, de la fidélité à la tribu. Grâce à une ingénieuse utilisation de la vidéo, la comédienne Annick Bergeron endosse avec tendresse et humour les multiples identités de ce solo polyphonique.

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10/10
24
Les gens qui bougent sur leurs chaises qui grincent, ma place tout en haut derrière une colonne, mon siège d'écolier en bois, ma faim, mes devoirs d'anglais, et l'heure, tout ça, j'en ai eu plus rien à faire.
Une bulle s'est construite, un matelas de coton, on m'avait complètement enlevé à toute ma journée, j'étais juste sur le moment, juste avec elles. Elles, 50 ans, venant d'un pays dont je ne connaissais que la guerre, mais auquel je m'identifiais aussi, moi 15 ans, qui n'avait jamais vraiment connu la guerre, l'exile ou même la fatigue de devenir vieux.

Elles m'ont fait du bien, j'ai posé ma tête sur la barre en fer qui séparait ma vision de la scène en deux (ce serait bien d'arrêter de punir ceux qui payent leur place moins chère au passage), j'étais dans une sorte d'état étrange entre le sommeil, le réveil et la concentration profonde.

La scénographie est vraiment intelligente, le texte est vraiment écrit pour la scène, tout est super génial, ce spectacle a grillé mon objectivité (assez subjective d'ailleurs) et la seule critique qui me restait était qu'une des deux actrices jouaient un tout petit peu moins bien. Je me suis levée à la fin pour applaudir la seul comédienne qui avait occupé le plateau durant tout le spectacle, j'ai mis 2 minutes à comprendre que pendant 2 heures 10, c'était une seule comédienne que j'avais vue sur le plateau, une seule personne qui m'avait emporté pendant 2h10 et que j'avais jugé deux fois, une seule personne qui m'avait rappelé pourquoi j'allais au théâtre toute les semaines, pourquoi je payais ma place, et pourquoi je défendais le théâtre tous les jours, pourquoi je me plaignais d'un public de plus en plus grisonnant. C'est pour ça que j'aime le théâtre, c'est pour ça que je vis.
19 févr. 2016
9/10
49
Avec Sœurs, deuxième opus du « cylcle domestique », Wadji Mouawad écrit l’histoire de Geneviève Bergeron, avocate spécialisée dans la médiation des conflits de guerre et de Leyla, experte en assurances, elle-même exilée au Canada de son Liban natal.

Geneviève recherche sa demi-sœur indienne, Irène, disparue depuis l’enfance ; coincée par une tempête de neige près d’Ottawa, elle est contrainte de faire halte dans un hôtel de la capitale. La technologie outrancière et impersonnelle de cette chambre high tech, l’impossibilité de parler en français à des canadiens purement anglophones, le froid et la solitude lui font perdre pied. Les vannes se libèrent, le fragile équilibre qui la retenait s’écroule et Geneviève saccage la chambre, la transformant en un champ de ruines aussi dévasté qu’elle l’est à l’intérieur.

Il y a dans l’œuvre de Wajdi Mouawad quelque chose d’intangible, une sorte de constellation de bouts d’histoires, de parcours a priori éparpillés et qui pourtant s’interpellent, se répondent et se rejoignent à travers les personnages et leurs destins et, au-delà, finissent par se réunir et former une toile immense et poignante, une fresque collective, faite d’humanités déchirées enfin réunies. A travers Geneviève et Leyla, ce sont des années d’exil, de douleur, de pertes qui sont racontées, qui jaillissent des mots et des gestes de deux femmes : perte identitaire, avec cette langue anglaise assénée et ce français proscrit, perte familiale avec Irène, la sœur disparue, pertes de guerre avec la famille de Leyla. Le deuil, l’impossibilité de se reconstruire, l’avancement aveugle et machinal qui devient trop lourd à porter, les déchirures intérieures qui lacèrent insidieusement les entrailles, les peurs, les humiliations, les renoncements, la quête des origines, les relations filiales et intergénérationnelles, sont autant de thèmes forts omniprésents dans l’œuvre de Mouawad.

Le décor, cette chambre d’hôtel glaciale et déshumanisée où même les machines parlent, est souligné par des projections vidéos (images ou mots qui défilent en français, anglais ou arabe), par des projections de croquis presque naïfs également qui représentent la salle de bain ; des panneaux coulissants permettent de passer à l’intérieur ou l’extérieur de la chambre. Une reproduction immense du tableau « Gabrielle d’Estrée et une de ses sœurs » sert de tête de lit.

Cette histoire forte de deux femmes, « pas encore vieilles mais en train de le devenir », est incarnée par la formidable Annick Bergeron : tour à tour Geneviève, femme de chambre, directrice d’établissement, ou Leyla, Annick Bergeron se métamorphose, se transforme, se démultiplie. Toujours sur le fil, bouleversante et juste, jamais dans l’excès, elle incarne parfaitement la douleur, la peur, le vide intérieur et enfin le déferlement, le basculement, et enfin l’apaisement, quand Leyla et Geneviève se soutiennent et se portent l’une l’autre.

Une pièce forte, donc, dont la scénographie technique et complexe souligne le sujet sans l’alourdir. Avec des lumières magnifiques, et sa mise en scène extrêmement précise, millimétrée et très esthétique, Sœurs nous entraine dans un tourbillon émotionnel profondément captivant.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor