Richard III, Loyaulté Me Lie

Richard III, Loyaulté Me Lie
De William Shakespeare
Mis en scène par Jean Lambert-wild
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Il interprète le machiavélique roi d’Angleterre au côté d’un double clownesque, Élodie Bordas qui joue les rôles féminins, mais aussi l’ambitieux duc de Buckingham ou au combat, le dernier fidèle écuyer. Tous les autres personnages qui peuplent la pièce sont projetés tels des fantômes sur divers matériaux : ballons, barbe à papa ou encore marionnettes. Entrez sans hésiter dans cet univers fascinant et original !

Dévoré par son ambition et habité par un esprit de vengeance dévastateur, Richard III, cet homme boiteux rejeté depuis sa naissance, est l’un des plus grands tyrans de l’histoire du théâtre. Après avoir froidement perpétré le meurtre des héritiers légitimes issus de sa propre famille, il continue à assouvir sa soif de destruction malgré son accession au trône. Engagé dans une guerre sanglante, il se battra jusqu’au bout et mourra sur le champ de bataille.

Pour cette version très actuelle de la pièce la plus jouée de Shakespeare, Jean Lambert‑wild a fait appel aux nouvelles technologies. Ainsi, les acteurs jouent avec de multiples projections de visages qui rendent l’espace scénique spectral. Dans un décor qui rappelle une fête foraine un peu bancale, les spectres des victimes du roi le hantent et créent une ambiance onirique intrigante. Richard III est plus mélancolique que furieux et le texte prend un nouveau tour passionnant.

Un moment de théâtre exaltant !

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27 mai 2016
9/10
65
Décidément Shakespeare n’en finit pas de passionner les metteurs en scène et c’est justement dans cette réinvention perpétuelle, foisonnante et multiple que l’on peut reconnaître le génie du dramaturge et l’empreinte indélébile qu’il continue de laisser derrière lui. Après Ostermeier et Jolly ces dernières années, c’est Jean Lambert-Wild qui cède à la fascination pour le tyran shakespearien et s’attaque au mythique Richard III.

Jean Lambert-Wild, qui refuse à présent de jouer autrement qu’à travers son clown, son miroir, son âme-clown, entraine ici le spectateur dans une foire folle et loufoque (qui pourrait presque être élisabéthaine) où surgissent à l’improviste marionnettes, ballons, barbes-à-papa et autres mécanismes d’illusion et de miroirs. Avec ses jeux de chamboule-tout, son stand de tir, ses bonbons lancés aux spectateurs, le décor en triptyque (la scénographie est signée J. Lambert-Wild et Stéphane Blanquet) devient personnage omniprésent grâce à ses multiples rideaux rouges qui s’ouvrent et se referment, ses alcôves, ses rouages colorés et bigarrés qui fascinent et hypnotisent le spectateur. Magnifique et chatoyant.

Au centre de ce dispositif Jean Lambert-Wild incarne Richard III. Grimé de blanc, une fraise en collerette et vêtu d’un pyjama, il est omniprésent, démiurge et démoniaque. Tour à tour bouffon, conteur, calculateur, provocateur, aussi fourbe que narquois le comédien-clown, libéré des contraintes de l’acteur-homme, devient Joker, caméléon, fou du roi autant que roi fou, caricature spectrale et magnifique, insupportable gamin facétieux et assassin monstrueux. A ces côtés, Elodie Bordas interprète avec un art du transformisme consommé et une époustouflante (et parfaitement maîtrisée) énergie, les femmes de la vie de Richard III (Lady Ann, la duchesse d’York) ainsi qu’une vingtaine de personnages connexes, en passant par Buckingham, l’âme damnée de Richard III. Tantôt poupée désarticulée ou pantomime articulée, juchée sur des talons-échasses vertigineux ou engoncée dans vertugadin et corset noirs, tantôt Auguste, elle va et vient, se change ici et réapparait là, manipule autant que se joue des instruments et accessoires à disposition.

Les accessoires qui sont, eux aussi, personnages omniprésents et inattendus : une baudruche où est projeté le visage de Clarence, des ballons, des marionnettes ou chiffons ensanglantés (les enfants d’Edouard), un chamboule-tout où les spectateurs sont invités à lancer des balles sur le visage de Richard III reproduit à l’envi… Avec ce formidable et truculent cabinet de monstruosités, Jean Lambert-Wild entraine le spectateur dans une fête foraine où, à l’image des représentations du Globe et autres théâtres élisabéthains, le spectateur était partie prenante des spectacles.

Jean Lambert-Wild le sait : le clown, une fois qu’il est trouvé, libère le comédien et laisse place à tous les possibles ; il révèle les failles, efface les masques et déverrouille la créativité. Ici, le clown Richard n’en est que plus humain, proche et risible dans toute son horreur grostesque et sa grandiloquence.

Du bel hommage, donc, qui réussit à réinventer Richard III avec une immense générosité.
28 mars 2016
8,5/10
50
La pièce d’origine raconte l’ascension sanguinaire et la chute brutale, véritable déchéance, d’un roi tyrannique. Dans son esprit aveuglé, comme au jeu du tir à la carabine, Richard III doit éliminer au plus vite tous ceux qui se mettent en travers de son objectif : le pouvoir absolu.

« Richard aime Richard, c’est-à-dire moi et moi » dit-il avec lucidité. Jean Lambert-Wild, actuel directeur du CDN de Limoges, propose une lecture, ou plutôt une incarnation, d’après l’œuvre de Shakespeare qui trouve ici une expression fluidifiée, épurée et accessible de son texte. Il fait réentendre les mots du dramaturge de manière plus intime, plus personnelle, sous le regard adouci d’un clown malheureux de lassitude évoluant sous le masque du double dans une scénographie enchantée que le metteur en scène cosigne avec Stéphane Blanquet, lui-même concepteur de l’armure en porcelaine de Limoges du personnage central et narcissique qui fait son entrée devant la console d’un loge d’artiste du monde du spectacle d’antan, avec de grosses ampoules encadrant le miroir. Comme dans une maison hantée, nous ne savons jamais vraiment quel fantôme va surgir ni de quel endroit exact du castelet en trois parties qui s’anime comme une boîte malicieuse et magique avec des trappes qui font apparaître ou disparaître choses et personnes au gré des envies du maître qui dirige tout cela d’une main de fer.

L’histoire de Richard III est plutôt connue. Pour ceux qui ont souvent été au théâtre cette saison, au moins deux versions très différentes auront attiré les regards : celle de Thomas Jolly, à l’esthétique travaillée mais souvent excessive et celle d’Ivo van Hove qui, dans Kings of War, confie le rôle au démentiel acteur Hans Kesting qui devient un roi sanguinaire et tyrannique plus vrai que nature. Ici, Jean Lambert-wild prend le parti pris, osé mais payant, de faire de son Richard III un clown, sorte de Pierrot lunaire, qui fait son numéro dans un théâtre fou, reflet évident d’un Moi absolu qui sombre. Comme l’acteur, Richard III est Je et un Autre, un Moi déguisé, enfoui sous des apparences. L’idée est prodigieuse. A ses côtés, Elodie Bordas est époustouflante et endosse le rôle de la myriade de personnages qui gravitent et évoluent autour de Richard III. Le duo n’hésite pas non plus à user de procédés technologiques et à projeter des personnages sans réelle consistance sur des ballons de baudruche, des barbes à papa ou de simples bouts de chiffons servant à faire une marionnette supplémentaire dans le théâtre mental d’un roi assoiffé de destruction. Dans une ambiance de fête foraine, semblable à la vision spectrale que nous avons en prenant place dans le train-fantôme, c’est tout un petit monde qui s’anime sous nos yeux grâce aux séquences imagées qui se succèdent comme lorsque l’on tire les ficelles des marionnettes qui prennent vie dans un castelet, lieu des illusions et des frontières troubles entre réalité et onirisme. C’est l’esprit dérangé de Richard III qui manipule chaque apparition et n’hésite pas à canarder le public à grand coup de friandises comme pour attendrir le spectateur.

Le duo d’acteurs déploie un talent non dissimulé et une très large palette de jeu. A la fois intrépides et ingénieux, ils font merveilles. Jean Lambert-wild joue ici la carte de l’originalité et parvient à se démarquer avec un Richard III plus proche de nous et de notre ressenti psychologique en nous amenant à une réflexion sur le théâtre et ses pouvoirs. Qu’est-ce qu’aujourd’hui la loyauté sur un plateau ? Où s’arrête l’honnêteté lorsque l’on joue à être un autre ? Autant de pistes pour une très belle réussite qui utilise tous les artifices du théâtre, à suivre en tournée qui passera par Cergy-Pontoise en mai prochain avant de s’installer un mois à Paris à l’automne 2016.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor