Pelléas et Mélisande

Pelléas et Mélisande
De Claude Debussy
  • Théâtre des Champs-Élysées
  • 15, avenue Montaigne
  • 75008 Paris
  • Alma Marceau (l.9)
Itinéraire
Billets de 5,00 à 145,00
Evénement plus programmé pour le moment

Claude Debussy assista en compagnie de Mallarmé à l’unique représentation de la pièce de Maeterlinck en 1893. Ce fut un choc pour lui. Il y trouva, dans la prose comme dans cette atmosphère de rêves, l’écho de ses propres interrogations.

Depuis longtemps déjà, Debussy cherchait en effet une forme musicale où les personnages chanteraient « naturellement » et non dans une langue constituée à ses yeux de « traditions surannées ». Ici, la « matière littéraire » est complètement nouvelle pour un ouvrage lyrique, faisant alterner folle sensualité et violence inouïe.

Ce qu’il y a aussi d’incroyablement moderne dans l’ouvrage, c’est une certaine idée du destin, non celui qui porte vers les haut faits d’armes mais celui que l’on subit et que le compositeur traduit notamment par ces silences éloquents dont l’œuvre est constellée. Mais la langue ne fait pas tout dans cette œuvre à part. L’orchestre y est merveilleux, autant par ses fulgurances que par sa discrétion à accompagner, à souligner, à porter le texte. Au final, l’ouvrage offre de l’humanité un spectacle désolant, d’où sont exclus l’espoir et la rémission. Même l’innocence des amoureux, pourtant si pure, ne trouve ici grâce. Mais quelle œuvre ! Par sa force et sa modernité, elle est de celles qui ont « frayé un chemin que d’autres pourront suivre » comme le prophétisait son auteur.

Pour servir ce drame poétique, le comédien, metteur en scène, scénographe, et désormais « patron» du Français Eric Ruf s’attachera à la matière intrinsèquement théâtrale de l’ouvrage. La partie musicale est confiée à Louis Langrée, l’un des meilleurs interprètes de la musique française et tout particulièrement de Debussy aujourd’hui. L’Orchestre National de France sera lui aussi au cœur de « son répertoire ». Quant au jeune couple, un duo de rêve avec Jean-Sébastien Bou, sans doute l’un des meilleurs Pelléas de sa génération, et Patricia Petibon, que l’on imagine d’emblée « habitée » par la force musicale et dramatique crépusculaire de ce rôle hors norme. Pelléas et Mélisande ou le génie du Graal français.

 

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14 janv. 2017
9/10
20
Publiée en 1892, et créée l’année suivante au théâtre des Bouffes Parisiens à Paris, « Pelléas et Mélisande » est l’une des plus envoûtantes histoires d’amour jamais écrites. Il faut dire qu’elle a été composée par le belge Maurice Maeterlinck, dont l’œuvre fut couronnée en 1911 par le prix Nobel de littérature.
C’est une histoire qui commence comme un conte de fée et se termine sur un drame.

Il était une fois, dans une époque lointaine, un prince nommé Golaud qui s’était perdu dans une forêt de son royaume. Au bord d’une fontaine, il rencontra une jeune fille en pleurs, égarée, comme lui, et qui s’appelait Mélisande. Ce fut comme si la foudre tombait sur le jeune homme. Il ramena Mélisande dans son château et l’épousa, sans vraiment lui demander son avis. Mais Golaud avait un demi frère, Pelléas, qui lui aussi s’éprit de la jeune fille, et, cette fois là, il y eut amour réciproque. Pendant longtemps les deux amoureux ne se dirent rien et ne se touchèrent pas. Mais le jour où, enfin, ils s’avouèrent leurs sentiments, Golaud les surprit. Rendu fou par la jalousie, ce dernier tua Pelléas et blessa Mélisande, qui bien qu’ayant accouché d’une petite fille, mourut de chagrin…

Enigmatique comme un rêve, d’une étrangeté à la fois inquiétante et mélancolique, ce drame, dont Debussy s’empara en 1902 pour en faire un opéra, est un chef d’œuvre du théâtre symboliste. Il est transposé du mythe de Tristan et Yseult, mais a des accents shakespeariens et sa langue est d’une beauté qui confine au sublime.
Encore faut-il savoir en restituer l’atmosphère, si « romantique ». Le metteur en scène Alain Batis a su. Sa scénographie très sobre, très dépouillée, construite autour de savants jeux de voiles et de lumières laisse la charge poétique du texte envahir le plateau. Il est beaucoup aidé par une distribution plus qu’impeccable. Tous ses comédiens, sans aucune exception, semblent comme portés par la langue de Maeterlinck, qu’il faut dire avec simplicité et sans emphase. Ce qu’ils font est magnifique de retenue et d’abandon simultanés. Ils sont accompagnés, sur une musique signée Cyriaque Bellot, par une violoniste et une pianiste, toutes les deux chanteuses.

Parce qu’il tombe souvent dans un maniérisme ou un « pompiérisme » qui le rend insupportable, le théâtre symboliste a déserté les scènes. On se prend à le regretter devant ce « Pelléas et Mélisande » joué sans aucune concession, c’est-à-dire travaillé en se laissant simplement conduire par sa charge poétique, qui est ici d’une profondeur et d’un chatoiement infinis.
Ce travail laissera sûrement quelques spectateurs sur le bord de la route.
Mais si on accepte de se laisser embarquer, ce voyage dans cet univers de songe et de féérie pourra procurer un plaisir fou, un dépaysement total.
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Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor