Mies Julie

Mies Julie
De August Strindberg
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
Itinéraire
Billets de 18,00 à 30,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Le Karoo est une région semi-désertique d’Afrique du Sud, aride et d’une beauté profondément touchante. Chaque été de mon enfance, j’ai passé là-bas des mois interminables. Avec son intense sécheresse et ses soudains, rares, parfumés et violents orages, ce paysage est resté gravé dans mon esprit.

Mais, en dépit de deux décennies de démocratie en Afrique du Sud, le Karoo reste un ferme bastion du conservatisme social et politique. La persistante pauvreté de nombreux habitants noirs (descendants de propriétaires terriens expropriés de cette région) montre clairement les principaux dilemmes d’un pays qui a du mal à se redéfinir. Transposé de la Suède de Strindberg du XIXe à Veenen Plaas, une demeure fictive de l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, Mademoiselle Julie est adapté pour mettre en lumière les peurs, les amertumes et les aspirations d’un pays hanté par son passé.

Bienvenue dans la chaleur de la cuisine de Veenen Plaas !

Yaël Farber

 

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La critique de Phane (rédac' AuBalcon) : La pièce de Strindberg « Mademoiselle Julie » est transposée dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Tout se passe dans une ferme au milieu d’un désert. L’atmosphère est lourde, on attend la pluie, et l’orage qui gronde ne se décide toujours pas à éclater. Les comédiens n’ont même pas encore débuté la première scène qu’ils ont déjà chaud, leur corps suinte, et une tension palpable est présente dès le moment où Julie pose un pied sur la petite scène délimitée par du sable, qui représente la cuisine de la maison. On dirait un lion en cage, elle ne cesse de sauter partout, de courir, de faire des mouvements brusques.

La mise en scène fait ressentir au spectateur cette chaleur, cette tension, et en même temps la lourdeur des traditions qui pèse sur les personnages. Tout est brutal, chaque mouvement est haché : on tape, on frappe, on baise, on tue. On aime et on hait, mais toujours violemment. Même la langue (toute la pièce est en anglais surtitrée français) semble comme heurtée, et j’ai été impressionnée par cette faculté qu’ont les acteurs de faire un discours saccadé, chaque consonne est comme crachée hors de la bouche, et cela ne me semblait pas compatible avec la langue anglaise, de prime abord.

Je n’ai pas réussi à rentrer dans cette mise en scène. Il me semblait que le texte de Strindberg était aussi haché par les prises de positions des personnages et par leurs comportements, alors qu’il méritait un traitement plus fin, ou peut être plus nuancé. Néanmoins la pièce a ce parti pris et le garde jusqu’au bout (et elle le fait plutôt bien), elle l’assume entièrement. Mais certaines scènes m’ont fait presque rire tant elles étaient traitées sans finesse : la danse de la virilité de John ou encore le discours d’amoureuse transi de Julie.

C’est une mise en scène extrêmement violente : âmes sensibles, SURTOUT s’abstenir. Pourtant elle est entière, comme ses personnages, elle va jusqu’au bout de ce qu’elle veut montrer, et on ne peut le lui reprocher.

Note rapide
6/10
pour 4 notes et 2 critiques
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1 critique
Note de 4 à 7
75%
1 critique
Note de 8 à 10
25%
Toutes les critiques
17 avr. 2016
8,5/10
93 0
Si Strindberg situait Mademoiselle Julie la nuit de la Saint Jean, la metteur en scène Sud-Africaine Yael Farber choisit le Freedom Day, anniversaire des première élections démocratiques de 1994 post-apartheid.

Nous sommes dans une ferme du Karoo, Veenen Plaas, exploitée depuis des décennies par une famille de Boers. La cuisine est délimitée par des lignes de terre ocre, quelques meubles fatigués, une souche d’arbre. Deux musiciens sont à cour, une comédienne incarne un esprit, une sorcière, un fantôme qui errera tout au long de la pièce. Les bottes du père de Julie (la fille d’un Boer, ici) attendent d’être cirées. Julie (volcanique et sensuelle Hilda Cronjé) erre dans la pièce, danse, saute, observe lascivement John, le fils de sa nourrice (Bongile Mantsai, au physique puissant et électrique). Kristin, ici la mère de John est la gardienne des traditions, du respect des maîtres et de l’héritage ancestral (formidable et touchante Zoleta Helesi).

La tension entre la fille du Boer et le garçon de ferme est palpable, l’atmosphère moite et torride. Les deux comédiens incarnent le feu du désir, de la peur, de l’irréversibilité d’une attirance que tout leur interdit. Tous deux élastiques, fiévreux, ils jouent avec leurs corps tout autant qu’avec le texte dans une diction âpre et rugueuse. Sang, sexe et corps font partie intégrante de la mise en scène, où la tension charnelle est l’expression des tensions raciales, de l’héritage social difficile d’un pays qui peine à se reconstruire dans un contexte économique vacillant.

Brillante et brûlante transposition qui emmène le spectateur dans un contexte politico-social explosif. Alors que la scandalosité des rapports maître / serviteur de Strindberg en 1888 paraîtra désuète dans l’Europe du XXIème siècle, ici le poids des traditions ancestrales, l’héritage racial et culturel d’un pays qui ploie encore sous le traumatisme post-apartheid font de l’adaptation de Mies Julie un bijou de réécriture. En conservant la trame essentielle de la pièce originelle, Yael Farber dépoussière, transcende, et finalement permet à Strindberg de continuer d’exister dans un contexte contemporain.

C’est aussi pour ça que le théâtre existe : faire vivre, revivre, une oeuvre. L’adapter, la rendre multiple, plurielle, et donc immortelle.
8 avr. 2016
5,5/10
112 0
C'est beau, c'est sensuel, c'est émouvant, c'est magnifiquement joué (en version anglaise surtitrée, en plus) et c'est Strindberg. Donc objectivement, c'est une très belle version, qui aurait dû m'emballer.

Mais, finalement, pas totalement. Je ne saurais dire pourquoi. J'ai toujours du mal avec les spectacles à vocation internationale, qui tournent de pays en pays. Elles me laissent à distance.

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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor