• Classique
  • Le Guichet Montparnasse
  • Paris 14ème

Les sincères

Les sincères
De Marivaux
Mis en scène par Jean-Marie Ledo
  • Le Guichet Montparnasse
  • 15, rue du Maine
  • 75014 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13)
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Une pièce de guerre et de manipulation où s'affrontent la peur, l'égoïsme, le dépit, sur fond d'intrigues amoureuses.

Lisette et Frontin vont tout faire pour rompre l'union de leurs patrons en se jouant de leur vanité et de leur amour propre jusqu'à les casser tous deux.

 
Qui sont les sincères dans cette comédie aussi féroce et cruelle que drôle : Lisette et Fontin valets peu scrupuleux, la Marquise et Ergaste qui revendiquent parler "vrai" ou Araminte et Dorante malheureux en amour ? C'est à vous spectateurs de répondre le plus honnêtement possible à cette question !

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12 juin 2020
7,5/10
0
De toute évidence je ne peux qu'être authentique dans mes propos pour parler des Sincères que Jean-Marie Ledo a monté au théâtre du Guichet-Montparnasse.

Néanmoins l'exercice est difficile parce que, dans mon souvenir, se mêlent des moments vus en répétition fin janvier, des discussions avec le metteur en scène et la représentation "définitive" à laquelle j'ai assisté le 5 mars.

Par où commencer ? Sans nul doute par cette célèbre réplique de Molière : Je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d'honneur on ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur, Le Misanthrope, Acte I, scène 1 (v. 35-36).

Ces mots datent de 1666, et Marivaux, né 22 ans plus tard, ne pouvait les ignorer lorsqu'il s'attela à cette comédie en un acte et en prose. Le metteur en scène et nous pas davantage et vous remarquerez que le personnage d'Ergaste (Olivier Ducaillou) ne lâche pas le texte de cette pièce qu'il semble apprendre par coeur.

Jean-Marie Ledo annonçait une pièce de guerre et de manipulation où s'affrontent la peur, l'égoïsme, le dépit, sur fond d'intrigues amoureuses. Lisette et Frontin vont tout faire pour rompre l'union de leurs patrons en se jouant de leur vanité et de leur amour propre jusqu'à les casser tous deux.
Qui sont les sincères interroge-t-il dans cette comédie aussi féroce et cruelle que drôle : Lisette et Fontin valets peu scrupuleux, la Marquise et Ergaste qui revendiquent parler "vrai" ou Araminte et Dorante malheureux en amour ?

Pour moi, être sincère n’est pas forcément avoir raison, si bien qu'on peut "en toute bonne foi" exprimer des affirmations erronées. Ergaste lui-même le reconnaitra : Je réponds de la sincérité de mes sentiments mais je ne garantis pas la justesse. Par ailleurs la question se pose toujours en société de parvenir, dans le meilleur des cas, à concilier la politesse et la sincérité.

Ces deux axes sont parfaitement traités par Marivaux et la mise en scène souligne habilement les paradoxes. Quelle bonne idée il a eu de choisir la chanson de Lucienne Boyer pour lancer la soirée :
Parlez-moi d'amour
Redites-moi des choses tendres
Votre beau discours
Mon cœur n'est pas las de l'entendre
Pourvu que toujours
Vous répétiez ces mots suprêmes
Je vous aime
Vous savez bien
Que dans le fond, je n'en crois rien
Mais cependant je veux encore
Écouter ces mots que j'adore

La soubrette (Michelle Sevault) chantonne et nous devinons, nous spectateurs, que le beau discours sera celui que nous allons écouter. Son complice et manipulateur Frontin (Jean-Marie Ledo) joue cartes sur tables : Je m’appelle Frontin le taciturne. Rompons, brisons, détruisons ! Il va la convaincre de comploter. Ils (nos maîtres) s’imaginent sympathiser ensemble à cause de leur prétendu caractère de sincérité. Il ajoute un argument terrible pour caractériser le comportement de son maître : Si pour paraître vrai il fallait mentir il mentirait.

Nous sommes à la campagne, chez la marquise (Natacha Simic) qui, tiraillée par ses sentiments, a invité plusieurs amis. Elle voudrait croire en l'amour de Dorante (Guillaume Kovacs) qui ne lui déplait pas, mais elle a besoin de mettre ses sentiments à l'épreuve et de confronter son opinion à celle des autres, pourvu qu'ils soient sincères, sinon comment s'y retrouver ? Elle exprime très vite son désir le plus profond : je veux être véritablement aimée.

Et pour atteindre cet objectif, elle serait disposée à élire un autre homme si son âme lui apparaissait plus noble. Une autre femme est là, prête à se mettre les pieds dans le tapis. C'est Amarinte (Maïna Louboutin) éprise d'Ergaste qui va petit à petit se détourner d'elle.

Dorante, Ergaste, Araminte et la Marquise (qui n'a pas de nom) vont danser un quatuor en glissant parfois vers l'un, parfois vers l'autre, comme des marionnettes dont les ficelles seraient actionnées par les deux valets, Frontin et Lisette. Ceux-ci ne s'aiment pas et se regardent avec une lucidité qui favorise leur alliance. D'autant qu'ils ont la capacité à se fondre dans le décor pour mettre au point leur stratégie.

Le tapis joue un rôle métaphorique. L'objet délimite l'arène où chacun viendra toréer. C'est aussi la piste de danse où les sentiments valseront. Ses couleurs commandent celles des costumes. Le motif compose une mosaïque ou un puzzle, et scène après scène, la vérité finira bien par éclater.

Mais d'ici là, la sincérité, l'amour et la vérité vont faire un drôle de ménage. Surtout quand, comme la marquise, on veut être aimée sans être étouffée. Elle freinera Ergaste : Laissez-moi respirer : en vérité, vous allez si vite que je me suis crue mariée ! (…) N’aime-t-on pas toujours les gens à proportion de ce qu’ils sont aimables ?

Celui-ci nous donnera à entendre de belles répliques sur tous les aspects de la sincérité, dignes de la tirade des nez. Ah la comique aventure ! nous dira-t-on.

Ce texte représentée pour la première fois par les Comédiens italiens le 13 janvier 1739 à l'Hôtel de Bourgogne continue de résonner avec justesse.
2 mars 2020
8,5/10
5
Je ne connaissais pas Les Sincères, pièce écrite au bel âge de 51 ans par Marivaux en 1739, le ton y est singulier. Nous sommes loin des marivaudages classiques du maitre. Ici, on est en guerre contre la sincérité et les gagnants seront ceux qui manipulent le plus les autres dans l’ombre pour former les couples qui leur conviennent.

Ergaste est un adepte de la sincérité, il veut dire la vérité au point que parfois cela puisse se retourner contre lui. Dans le même temps, La Marquise et Ergaste se font les yeux doux, mais leurs domestiques, Lisette et Frontin, ne sont absolument pas d’accord et vont tout faire pour rompre l’idylle de leurs maitres. Les deux complices vont déployer des ruses autour de la sincérité et manipuler leur entourage pour parvenir à leurs fins.

Non content d’être une pièce rarement jouée, c’est aussi une pièce singulière au ton glaçant de Marivaux, un choix assumé de la part du metteur en scène et comédien Jean-Marie Ledo qui a entrainé la compagnie ‘le théâtre des 400 coups’ dans cette aventure passionnante.

D’abord, il y a ce texte si différent des autres pièces de Marivaux, avec un côté froid et un regard particulièrement aigu de l’auteur sur le monde. J’ai adoré l’ironie mordante de certaines scènes. Bien sur certaines scènes prêtent à sourire mais c’est le drame qui se joue sous nos qui retient toute notre attention. J’ai d’ailleurs récupéré le texte après avoir vu la pièce tellement il m’a fait forte impression.
Ensuite, il y a la mise en scène très pertinente toute en subtilité et cet espace central délimité par des traits qui force les comédiens à évoluer soit dedans et être dans la lumière ou à l’extérieur et à œuvrer dans l’ombre.

Enfin, il y a six comédiens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour donner vie à cette manipulation grandeur nature : Olivier Ducaillou, Guillaume Kovacs, Maïna Louboutin, Jean-Marie Ledo, Michelle Sevault et Natacha Simic. Ils se cherchent, s’évitent, se trouvent, se perdent et s’affrontent avec un naturel bien agréable.

On passe une soirée idéale à découvrir un texte qui gagne à être connu dans une mise en scène réussie et avec des comédiens talentueux.
28 févr. 2020
10/10
3
« Les sincères » de Marivaux au théâtre Le Guichet Montparnasse dans une mise en scène de Jean-Marie Ledo est une vision sans compromission de la nature humaine sous forme de comédie bien sombre.

Jean-Marie Ledo a choisi dans sa mise en scène de prolonger la main de Marivaux en montrant le côté sombre de l’humain, sa face cachée, le côté obscur de la force.
Force qui le pousse par sa vanité, son orgueil, à se croire au dessus de la mêlée et d’être par dessus tous les autres : Sincères !

Nous sommes bien loin des marivaudages auxquels nous sommes habitués, quoiqu’ils aient pris une autre forme, l’amour n’étant jamais très loin du propos.
Les galanteries délicates et recherchées sont plutôt celles de la sincérité selon les propos de l’auteur. Toute la question est de savoir si leur communion est possible ?

Peut-on être totalement sincère tout en marivaudant ?
Car être sincère n’est-il pas d’exprimer ses pensées et ou ses sentiments sans les déguiser ?
Et Ergaste d’affirmer : « Je réponds de la sincérité de mes sentiments, je n’en garantis pas la justesse. » et d’ajouter que si pour paraître franc, il fallait mentir, il mentirait.
Vous comprendrez ainsi toute la complexité de l’intrigue qui va se dérouler sous nos yeux.

Ce soir, les couples se font et se défont au rythme des flatteries et des mensonges tout en étant sincères…sans compter la perfidie ou l’honnêteté des domestiques, toujours très présents chez Marivaux comme chez Molière, exaspérés par tant de sincérité galvaudée.

L’arme absolue pour réussir, c’est la sincérité : c’est ce que croient en tout cas la Marquise et Ergaste, qui l’un et l’autre ne peuvent s’exprimer qu’en étant profondément sincères au risque de se couper du monde.
Comme cette scène très drôle qui rappelle celle du Misanthrope où Ergaste ne peut concevoir autre chose que de dire la vérité même si cela l’oblige à perdre son procès.
Célimène et Alceste ne sont pas très loin…
Un Misanthrope qui sera très présent dans cette comédie dans laquelle le metteur en scène prendra soin de mettre continuellement entre les mains d’Ergaste un exemplaire de cette comédie. 73 années séparent la création des deux pièces…

Oui être sincère avec le quidam est aisé, mais qu’en est-il de la sincérité qui réunit la Marquise et Ergaste dans l’ébauche d’un amour où naissent les sentiments, projetant même un mariage, mais laissant place à la jalousie : l’ennemi…

Revenons à la genèse de l’intrigue : la Marquise est promise à Dorante, mais ce dernier est à ses yeux un vil flatteur même quand elle lui demande de lui exprimer ses défauts, qui deviennent dans la bouche de Dorante des qualités. La boucle est bouclée, c’en est trop pour ses oreilles qui n’acceptent plus les louanges.
Quant à Ergaste il est promis à Araminte. Elle a beau papillonner autour de lui, il n’a d’yeux que pour la belle Marquise.

Gravitent autour de ces deux couples les domestiques qui pour une fois ne sont pas amoureux ensemble mais qui complotent. Lisette est amoureuse de Dubois, valet de Dorante, qu’elle trouve plus beau que Frontin, et Frontin a donné son cœur à Marton, suivante d’Araminte, qu’il trouve plus belle que Lisette.
Ils n’ont qu’un seul but pour préserver leurs intérêts, éviter à tous prix que les couples illégitimes, à leurs yeux, se forment et que les « initiaux » retrouvent leurs âmes en leur faisant comprendre qu’ils se sont toujours aimés.

Jean-Marie Ledo a mis en scène cette comédie aux allures tragiques dans une « boîte noire » serpentée par un labyrinthe dans lequel les comédiens cherchent la sortie, se perdent et réfléchissent à leur condition, à leur avenir.
Dans une sobriété laissant place au texte et avec une fluidité tout en sensibilité, il a construit leurs parcours à l’extérieur et à l’intérieur de leurs chemins de vie. Laissant aussi les domestiques contrôler, depuis leurs postes de guets, les allers et venues de leurs maîtres, leur laissant le loisir de mener à bien leur complot.

Six comédiens sincères dans leurs jeux, si ce n’est dans leurs textes, se jaugent, s’écoutent, s’aiment, tout en affrontant leurs peurs, peurs de céder à la tentation, ou tout simplement au véritable amour.
La Marquise, la coquette au bijou qui brille de mille feux est jouée par Natacha Simic. Pour lui donner le change Olivier Ducaillou, de sa voix de stentor, plongé dans ses songes du Misanthrope, est à la recherche de sa vérité. Le beau Dorante amoureux transi aux yeux pétillants est joué par Guillaume Kovacs. Maïna Louboutin est tout en finesse la délicate Araminte qui pousse habilement ses pions pour arriver à ses fins.
Quant au drôle de couple formé par les deux fripons qui sèment la pagaille, dans ce jeu aux troubles manipulations, ils sont joués par Michelle Sevault pour Lisette et Jean-Marie Ledo pour Frontin.

« Les sincères » une pièce méconnue de Marivaux qui mise en lumière par les comédiens du théâtre des 400 coups et l’intéressante mise en scène de Jean-Marie Ledo mérite que l’on s’y intéresse de plus près, en allant « découvrir » cette pépite au théâtre Le Guichet Montparnasse.
9/10
3
... Un « Marivaux » remarquable, intéressant autant que souriant. Une mise en scène audacieuse et réussie. Une interprétation toute en entièreté. Un spectacle à savourer sans aucun doute.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor