Les Gens d'Oz

Les Gens d'Oz
De Yana Borissova
Mis en scène par Galin Stoev
Avec Bérangère Bonvoisin
  • Bérangère Bonvoisin
  • Yoann Blanc
  • Edwige Baily
  • Vincent Minne
  • Tristan Schotte
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 30,00
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“Il y a deux manières de tomber amoureux: en aimant, ou sans aimer.”

 

Les gens d’Oz vivent dans un immeuble étrange, presque vivant, qui “regarde et observe ses occupants”. Au centre du réseau, Anna, écrivaine célèbre qui a cessé d’écrire. Autour d’elle gravitent un pianiste un peu marginal, un rentier oisif, une jeune femme qui rêve de rencontrer la star de la littérature et un amoureux...

Née en 1972, Yana Borissova est sans doute l’auteure la plus importante de sa génération en Bulgarie. Alors que la plupart des pièces qui se jouent dans son pays mettent en jeu la réalité du monde postcommuniste, Borissova situe ses fictions en retrait, en repli. Les personnages de la pièce semblent craindre la passion tout autant que la froideur d’une société dont on sent en creux, autour d’eux, le désenchantement. Pourtant, ils tentent d’inventer des zones de tendresse. C’est l'aspect presque documentaire de cette écriture, ainsi que son humour, qui attirent Galin Stoev.

Ces “fragments d’entretiens dont on peut modifier la suite suivant le goût, le désir, ou l’humeur” invitent à une proximité presque cinématographique. Mais ces êtres qui ne veulent surtout pas montrer combien l’amour leur importe, ne cousinent-ils pas aussi avec des personnages que Galin Stoev a souvent rencontrés – ceux de Marivaux aussi bien que ceux de Tchekhov?

Note rapide
Toutes les critiques
27 mars 2016
8,5/10
85 0
"Les gens d'Oz" est un spectacle qui pourrait sembler banal, sans raison d'être. Mais qui laisse le spectateur dans un état de légèreté, de soulagement, d'effacement des inquiétudes, qui est merveilleux. Donc pour moi, la magie a opéré.

Les personnages portent en eux une distance par rapport à eux même, de l'esprit, parfois un esprit de taquinerie, une attention à leurs voisins pour tous les personnages de l'immeuble en tous cas, que cela fait du bien de suivre leurs aventures, souvent des paroles du quotidien. Un peu comme s'ils parlaient pour enrichir, embellir leur quotidien et celui de leur voisin.
Les acteurs ont un jeu délicat, fin, qui rend parfaitement les subtilités de leurs personnages. C'est rare dans une pièce, ce qui arrive aux personnages est positif, constructif ! Amour heureux, étreintes impulsives qui ne détruisent personne, écrivain qui renoue avec l'écriture. Les décalages, les efforts pour y arriver, font que le spectateur est mis dans une sorte de complicité, et qu'on ne voit pas le temps passer.
On pourrait continuer encore des heures...
11 mars 2016
6/10
99 0
Dans cette proposition, l’immeuble est sans aucune hésitation le personnage central, celui qui cristallise toutes les conversations de ses habitants ou gens de passage.

Il y a Anna, une écrivaine célèbre en prise avec le douloureux phénomène de la page blanche et qui n’a plus publié depuis dix ans, mais aussi Erwin son jeune voisin tombé amoureux de Mia, une éditrice très intéressée par l’opportunité d’un scoop sur la prochaine parution d’Anna. Il y a aussi Truman, un pianiste, amoureux pessimiste, hébergé par l’écrivaine, et Sart, le meilleur ami d’Erwin qui vit en parasite dans l’appartement de son pote en attendant de pouvoir intégrer à son tour l’immeuble. Cependant, tous les sujets sont survolés dans une sorte de légèreté déconcertante. L’amour mystérieux d’un lieu ou d’un être est bien évidemment présent en surface et gravite autour d’un désir d’écriture envolé et de plusieurs solitudes existant côte à côte sans jamais interagir vraiment. Parfois, de belles réflexions sur le métier d’écrivain, son action sur le monde et la littérature en général pointent le bout de leur nez (« Lorsque l’on écrit, les idées sont toujours éphémères ») mais cela reste relativement insuffisant pour emporter notre adhésion.

Les acteurs sont plutôt bons et se démènent pour sauver la médiocrité environnante. Bérangère Bonvoisin est assez convaincante en auteure désemparée face à la vie. Elle incarne une sorte de sage à la parole d’évangile : « les hommes ne parlent pas d’amitié, ils la vivent. Ce sont souvent les femmes qui veulent tout clarifier ». Ce qui l’a poussé à écrire, « c’est la peur, la peur que l’histoire devienne petite » mais cela reste très creux. Edwige Baily est épatante et lumineuse. Elle assure une présence salutaire sur le plateau en interprétant Mia. Les hommes s’en sortent également bien, apportant une couleur à leur personnage : Yoann Blanc prête ses traits à Truman, Tristan Schotte est le jeune Erwin, homme naïf et un peu gauche comme un amoureux contemporain et Vincent Minne se débat avec le rôle de Sart. La scénographie ne rend pas compte de l’importance du lieu, se contentant de deux larges poufs et d’un immense espace lumineux mais vide, composé de deux portes.

La mise en scène très épurée et statique, repose entièrement sur le texte mais sans réelle dramaturgie, l’ensemble tourne à vide avec des conversations qui semblent errer dans un lieu entre l’ici et l’ailleurs, l’avant et le maintenant. « Ce qu’il y a de plus stable dans une conversation, ce sont les questions. Poser des questions à quelqu’un, c’est peut-être le plus beau compliment qu’il soit ». Malheureusement nous restons avec nos questions sans trouver aucune réponse. « J’ai horreur de ce que l’on peut devenir avec des sentiments mal interprétés » dit l’un des personnages. Et nous sommes bien d’accord sur ce point, tant nous n’arrivons pas à interpréter cette pièce.

La nouvelle création de la Colline s’intéresse à l’amour et ce qu’il importe sur des personnages qui tentent de dissimuler cette notion essentielle. Pourtant, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Est-ce le texte creux de Yana Borissova, écrivaine bulgare, qui livre un matériau sans consistance ou la mise en scène sans éclat de Galin Stoev, artiste associé cette saison à la Colline ? Difficile à dire mais dans ce théâtre de l’intime qui nous est proposé, nous ne parvenons pas à distinguer l’entrée principale et nous restons désespérément extérieurs à un ensemble fade, sans aucune saveur, où notre espace de liberté réflexive est réduit à néant. Avec ces Gens d’Oz, le magicien Galin Stoev rate sa grande illusion, nous laissant comme un spectateur aguerri face à un tour trop simpliste. Nous attendions des clés pour comprendre l’étrange monde dans lequel nous avons été parachutés sans ménagement mais nous repartons du Petit Théâtre avec des cadenas inviolables malgré une indéniable tentative d’interprétation.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor