Les Géants de la montagne

Les Géants de la montagne
De Luigi Pirandello
Mis en scène par Stéphane Braunschweig
Avec John Arnold
  • John Arnold
  • Jean‑Baptiste Verquin
  • Romain Pierre
  • Julien Geffroy
  • Daria Deflorian
  • Cécile Coustillac
  • Elsa Bouchain
  • Dominique Reymond
  • Laurent Lévy
  • Thierry Paret
  • Claude Duparfait
  • Pierric Plathier
  • Jean‑Philippe Vidal
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 30,00
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“Nous sommes ici comme aux lisières de la vie.”

Rejetée de tous, la petite troupe de la Comtesse Ilse erre dans le monde pour jouer l’œuvre d’un jeune poète mort tragiquement. À bout de forces, ils arrivent dans une villa abandonnée : le magicien Cotrone y fait régner “la vérité des rêves, plus vraie que nous-mêmes”. Il tente de les convaincre d’y achever leur quête.

 

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La critique de Phane (rédac' AuBalcon) : 6.5/10. « Les géants de la Montagne », cela pourrait presque être le nom d’un conte pour enfant… Et lorsque les premiers personnages apparaissent sur la scène, alors que la lumière est toujours allumée dans la salle, ils ont tout de ces personnages incroyables du conte : l’un est habillé comme une princesse, une autre avec des peluches collées partout sur le corps.

On pourrait ne pas croire à leur existence, comme le pense la troupe de la comtesse Ilse lorsqu’elle arrive dans cet endroit mi-fantastique, mi-réel. Les comédiens d’Ilse sont à la fois fascinés et effrayés par cette villa et ses habitants dont une parle l’italien mais reste comprise miraculeusement par les autres, le son du piano un peu inquiétant qui s’en élève parfois, mais surtout par Cotrone, le maître des lieux et magicien qui rend les rêves réalités (dont Claude Duparfait donne une excellente interprétation, le personnage semble en proie au délire, mais un délire retenu, à chaque fois qu’il parle). La maison semble être le siège de la vie, avec les costumes étranges et bariolés de ses propriétaires, et avec la présence d’une scène (et donc d’un lieu qui donne la vie) à l’intérieur de la villa. Surtout face au désespoir de la troupe.

Cotrone propose un marché à la comtesse et ses comédiens : ils ne manqueront plus de rien mais devront se retirer du monde des hommes, ce monde qui a fait tout le malheur de la troupe en la rejetant, elle et sa pièce. Mais quitter ce monde, c’est mourir, en tant qu’acteur et en tant que personne : plus personne ne les verra, ni eux ni leur pièce. La villa de Cotrone prend alors des allures cauchemardesques, où les corps meurent et les pantins s’animent, où tout est joué dans le noir seulement filtré par une lumière rouge qui semble tirée des enfers. La villa-théâtre, ce cube aux murs transparents qui donne à voir ses curieux habitants comme un 4ème mur révèle des acteurs sur une scène, semble être un lieu de mort, puisque tout y est destiné à y mourir, rien n’y survit et ce n’est qu’un trompe l’œil de la vie (comme le théâtre, qui veut imiter la vie ?). Ilse refuse cet enfermement et joue sa pièce, mais en dehors de la villa, sur la scène nue qui permet à tout le monde d’imaginer l’histoire et les décors.

J’ai aimé cette mise en abîme sur le théâtre, sur qu’est ce que l’imagination si ce n’est l’application de cette devise de Cotrone « il suffit d’y croire ». J’ai aimé cette atmosphère d’inquiétante étrangeté créée par la villa et ce qu’elle signifie, et le mystère qui entoure les évènements présents dans la maison mais aussi celui des géants qu’on entend une ou deux fois dans la pièce, comme une menace lointaine mais présente.

Tous les acteurs évoluent dans ce milieu avec beaucoup de justesse et jonglent sans arrêt avec différents personnages qu’ils incarnent avec brio. Et malgré l’inachèvement de la pièce qui provoque un manque chez le spectateur (un manque de réponse, d’information, et d’une fin), on aimerait que la pièce dure encore un peu pour savoir si oui ou non, Ilse continuera à faire vivre sa pièce à travers le monde et les yeux des hommes.

Note rapide
5,1/10
pour 5 notes et 3 critiques
1 critique
Note de 1 à 3
20%
2 critiques
Note de 4 à 7
80%
0 critique
Note de 8 à 10
0%
Toutes les critiques
10 janv. 2016
3/10
131 0
Nous n'avons pas été convaincus tant par la pièce de Luigi Pirandello, que par la mise en scène de Stéphane Braunschweig : quel ennui.

En fait nous n'avons pas compris grand chose à cette histoire de saltimbanques et de fantômes, nous aurions mieux fait de passer notre chemin.
16 sept. 2015
6/10
162 0
L’auteur des Géants de la montagne, prix Nobel de littérature, décrivait son œuvre, dans une lettre à Marta Abba, comme étant « le triomphe de l’imagination » et « la tragédie de la Poésie dans la brutalité de notre monde moderne ». Avec Braunschweig, ils entretiennent la mince frontière entre réel et imaginaire. A force de jongler entre les deux notions, le spectateur se perd peu à peu et ressent un certain malaise.

Cependant, le texte met en lumière une très belle mise en abyme du théâtre dans le théâtre qui trouve son apothéose dans le dernier acte, choix délibéré de Stéphane Braunschweig puisque l’œuvre de Pirandello s’arrêtait à l’acte II avec l’arrivée terrifiante des Géants. Le metteur en scène a choisi de donner un épilogue à la pièce en nous donnant à voir la représentation de la Fable, texte que l’auteur sicilien a terminé en 1934 pour le compositeur Malipiero et devenu alors un livret d’opéra.. Ce matériau, qui a servi de base aux Géants de la montagne, conclu de façon intéressante la pièce. Néanmoins, il nous a manqué de l’envoûtement pour ce texte plutôt obscure que Stéphane Braunschweig n’a pas su placer en pleine lumière, se contentant d’un regard tamisé.

Questionnant le rapport au réel tout en glissant une allégorie du fascisme sous Mussolini, Pirandello fait surgir une pléiade de personnages en plus des Géants invisibles, symbole de ceux qui ne comprennent rien à l’art : la comtesse d’Ilse, personnage névrosé, est interprétée avec beaucoup de talent par Dominique Reymond, dont la voix grave et cassée nous envoûte. Le public ressent tout le paradoxe de sa personnalité, à la fois forte et fragile, qui veut coûte que coûte jouer la Fable de l’enfant échangé. Son époux, incarné par Pierric Plathier est touchant en homme résigné à tout faire pour garder près de lui celle qu’il aime. Claude Duparfait, en magicien Cotrone, fasciné par le rêve et l’imaginaire en étant proche de la folie, est magistral et convaincant tout comme l’est Romain Pierre dans le rôle de Spizzi, l’enfant retrouvé. Laurent Lévy tire également son épingle du jeu avec le nain Quaquèo, excellent « poissard ». Les autres acteurs livrent une prestation assez inégale et peinent à exister face aux deux rôles principaux, puissants et impressionnants. Quant aux géants du titre, ils ne se montrent jamais mais font régner la terreur et le bruit de leurs pas qui se rapprochent suffisent à nous angoisser.

Malgré une scénographie parfois intéressante, l’ennui s’installe et l’onirisme flirte avec le soporifique, bercé par un plateau tournant. L’ensemble est désarticulé, confus et peine à convaincre totalement. Le début est assez long et l’intrigue prend place dans un silence total. Le choix scénique semble peu judicieux mais est contrebalancé par une belle utilisation de la vidéo, notamment avec l’arrivée de l’Ange ou encore avec la sublime animation des pantins. Quelques longueurs se font sentir. Tout comme le texte est resté inachevé, la mise en scène nous apparaît comme non aboutie, trop lisse et souvent trop statique ne parvient pas à dynamiser l’ensemble. Nous attendions peut-être trop de cette rentrée théâtrale et du maître des lieux mais la déception se fait ressentir, bien que des points positifs se distinguent fortement, et l’emporte au final. Et si « les rêves, à notre insu, vivent en dehors de nous », nous rêvions de plus d’audace pour un si beau texte qui donne le plein pouvoir à l’imagination.
4 sept. 2015
6,5/10
209 0
Dans sa note d’intention, Braunschweig explicite son choix de monter Les Géants de la montagne par rapport à une lecture politique de la pièce, selon laquelle la demeure du sorcier dresserait un barrage contre les dérives fascistes de Mussolini. Pourtant, dans sa réalisation scénique, l’accent ne semble pas vraiment avoir été porté sur ce point précis.

Bien plus, la dimension mythique de l’oeuvre s’avère soulignée par la complaisance du metteur en scène à entretenir ce trouble entre réel et imaginaire jusqu’au vertige. Repère des morts-vivants, cette villa hantée ressuscite les âmes autant qu’elle meurtrit les corps. Fantomatiques, les personnages de la maison-prison se coupent du monde pour se projeter dans un hors-soi inédit, lieu de toutes les expérimentations.
Dirigeant tout de même treize comédiens, Braunschweig fait la part belle à l’espièglerie, à la démence et à la douleur. Il navigue comme un loup de mer sur deux terrains d’interprétation délicats à manœuvrer conjointement. Pas de miracle, pour proposer une version digne de ce nom, il ne faut pas se rater dans le choix de l’actrice jouant la Comtesse Isle. En élisant Dominique Reymond, Braunschweig ne pouvait guère se tromper. Névrosée monomaniaque, la protégée d’Antoine Vitez manifeste les fêlures de son personnages avec un intense magnétisme. Elle recentre les propos avec une humanité bouleversante sur le leitmotiv de la maternité contrariée. Un bijou fragile et obstiné. À ses côtés, Pierric Plathier n’a pas à rougir en époux prêt à tous les sacrifices pour rester près de son adorée. Belle présence face à une comédienne qui en impose. Enfin, Claude Duparfait régale en chamane omniscient.

Malgré quelques épanchements bavards, ces Géants de la montagne se plaisent à nous faire tourner en bourrique à travers un voyage infernal plein de charmes mystérieux et vaporeux. Une traversée entre les limbes et le paradis ardue en somme.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor