Les carnets d'Albert Camus

Les carnets d'Albert Camus
De Albert Camus
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 40,00
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Les Carnets qui embrassent pratiquement toute la durée de la vie d'Albert Camus furent écrits par l'auteur de L'Etranger de mai 1935 à décembre 1959, soit une poignée de jours avant le 4 janvier fatal de 1960 sur cette route de l'Yonne.

Ils furent tous publiés de manière posthume entre 1962 et 1989, d'abord par Francine Camus, sa femme, puis par Catherine, sa fille.

Des choses vues, des éclairs d'idées, ou simplement les traces de sa vie quotidienne en Algérie, à Paris sous l'occupation ou à la Libération, pendant la Guerre Froide, au cours de ses voyages en Italie, au Brésil, en Grèce, et surtout l'empreinte de sa pensée et de sa conscience en action.

Celle d'un homme fragile et combatif, s'efforçant d'être heureux, amoureux de la beauté du monde.

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8 avr. 2019
9/10
33 0
C'est la première fois que ces Carnets d'Albert Camus, écrits entre mai 1935 et décembre 1959 sont montés sur un plateau de théâtre.
On se souvient qu'ils ne furent publiés qu'après la mort de l'auteur de tant de chef d'œuvres littéraires par sa femme, puis par sa fille Catherine.

Par le biais de ces textes relevant à la fois du journal intime et du journal de travail, c'est la pensée, la conscience de Camus qui nous est dévoilée, de façon intime mais ô combien sincère.

Stéphane Olivié-Bisson, avec la collaboration artistique de Bruno Putzulu, a donc eu la bonne idée de nous faire partager de façon dramaturgique les émerveillements devant la vie, mais également les désirs, les colères, les blessures de cet auteur, avant tout être humain.

Ce sont deux chaises et un fauteuil vide qui attendent le public, au Paradis du Lucernaire.
A cour, sur le dossier, une veste et une cravate noire. A ses pieds, une paire de souliers.
A jardin, sur l'autre dossier, le célèbre pardessus sombre. Et des livres, des textes.
Le fauteuil est au lointain, en plein milieu de la scène.

Au devant du plateau, un rectangle de cailloux blancs.
Est-ce pour rappeler la plage de Tipasa, cette ville algérienne que Camus connaissait bien ? (Le premier texte de son ouvrage « Noces » se déroule justement dans cette cité balnéaire.)

Est-ce pour évoquer le carré militaire du cimetière Saint-Michel , à Saint-Brieuc, là où est enterré le père de l'écrivain ?

Ce sont quelques notes d'un piano (très) désaccordé qui débutent le spectacle.
Puis, la voix de Fernandel, dans Le schpountz, s'élève. « Tout condamné à mort aura la tête tranché... », dit-il en éclatant de rire, à la demande de la petite équipe de cinéma emmenée par Orane Demazis.
Le cinéma de quartier, à Alger...

Stéphane Olivié-Bisson est pieds nus. Il commence à nous dire les extraits qu'il a choisis.
Il a opté pour une démarche chronologique.

Nous voici donc dans le Quartier Bellecourt, dans la capitale algérienne.

Sur un écran, sont projetées quelques photos d'archives. L'enfance, la honte de la famille au lycée...

D'une voix claire, très souvent souriant, le comédien restitue ces fragments de vie couchés par le futur prix Nobel sur les neuf cahiers bleus d'écolier.
Pour autant, ces sourires cacheront bien souvent des blessures plus ou moins profondes.

Impossible de se détacher des dires de Stéphane Olivié-Bisson. On sent bien une implication artistique et personnelle. On ne se lance pas dans une telle aventure dramaturgique par hasard.

C'est bien simple, il captive l'auditoire, avec ces fragments d'écrits diaristiques.

Nous sommes souvent touchés, émus.

Mais il parvient également parfaitement à transmettre « le désordre affreux », ce terme avec lequel Camus caractérisait son besoin « d 'anarchie profonde » et de chaos, vecteurs bien souvent chez l'auteur de la démarche créatrice.
Le Camus combattif transparaît également de façon on ne peut plus claire.

Le comédien nous dira l'amour porté à sa mère, tout jeune ou bien lorsqu'elle sera rapatriée en Provence, triste qu'elle était de ne pas voir d'Arabes dans son nouveau village.

Souvent, sera évoqué le besoin de beauté de cet homme, le besoin d'harmonie.

Stéphane Olivié-Bisson finira par enfiler le costume, les chaussures, mettant ainsi ses pas dans ceux de Camus.

« Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été » écrivit le Prix Nobel de Littérature 1957.
Moi, j'ai découvert au Lucernaire un spectacle qui pendant un peu plus d'une heure nous plonge de façon passionnante dans l'intimité et la pensée d'Albert Camus.
C'est un formidable hommage à un géant de la littérature.
Un hommage non pas servile, non pas flagorneur, mais une déclaration d'amour on ne peut plus sincère à l'un de nos plus grands écrivains.
29 mars 2019
9/10
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« Les carnets d’Albert Camus », mis en scène et interprétés par Stéphane Olivié-Bisson avec la collaboration artistique de Bruno Putzulu au théâtre du Lucernaire, est un voyage dans l’intimité de ce grand écrivain parti beaucoup trop tôt.

Dans le regard, le souffle de Stéphane Olivié-Bisson, on voit apparaître le combat d’Albert Camus : un homme épris de justice, un homme libre que nous racontent ses carnets publiés à titre posthume.
Pas sûr qu’il aurait vu cela d’un bon œil, mais ils nous donnent un éclairage sur sa personnalité, sa vie, sur son pouvoir de l’écriture.

Dans un décor dépouillé, où l’on perçoit, dans ces lumières balançant entre le chaud et le froid, des images sur un écran blanc symbolisant l’avancée inexorable du temps, ses voyages, et un fauteuil où trônent à ses pieds les fameux carnets, les jours s’écoulent paisiblement et nous permettent de s’arrêter sur les temps forts de ses écritures.
Mais aussi un tapis de cailloux, de galets, dont la blancheur attire le regard, dont l’empreinte marque le sol avec ses pieds, qu’ils soient nus ou chaussés. Des empreintes de ces pas à la recherche de la vérité, lui qui aime contempler le soleil qui se couche sur l’horizon et s’entretenir avec sa solitude.

L’Algérie, où il vit le jour, ce pays cher à sa mère qui aimait la compagnie des arabes, il en ressort un combat contre le racisme. Un pays où la chaleur, le soleil, ses déserts de sable ou d’eau, lui donne de l’énergie, la force de combattre.
Combattre cette maladie qui le ronge, cette tuberculose symbolisée par ce simple mouchoir qui sort de temps en temps de sa cachette, de sa poche, pour lui rappeler son existence mais dont il préfère se moquer.
Cette notion de temps qui fragmente ses pensées, qui bouleversent ses avancées dans cette vie qui passe trop vite.

Cet homme fragile à l’esprit volage, attiré par la beauté d’un corps, donne de l’amour, de la vie, dans ses passions.
Dans une anarchie qui le caractérise, des images défilent devant ses yeux et nous en sommes les témoins, comme ses voyages en Italie et en Grèce qui construisent son parcours parmi les hommes. Ces hommes qui n’arrivent pas à concilier justice et liberté.

Un homme rempli d’humanité qui resta perplexe quand on lui attribua le prix Nobel de littérature, lui qui se qualifiait d’écrivain français d’Algérie, mais qui aussi se brouilla avec Jean-Paul Sartre. Dans le premier cas la guerre d’Algérie fut une profonde plaie pour Albert Camus et dans le deuxième cas, la guerre froide fut un moteur de sa brouille avec Jean-Paul Sartre.

Un Albert Camus rempli de convictions, de doutes, que Stéphane Olivié-Bisson vit pleinement sur scène. Son jeu intense, marqué par un sourire, cache beaucoup de tristesse, de lassitude et dont le regard recherche souvent l’horizon. Avec une belle énergie maîtrisée, il donne corps à cet écrivain qui laisse derrière lui une œuvre qui n’a pas fini d’être étudiée.
Une « lecture » de ces carnets par un comédien habité par Albert Camus dont il ne faut pas se priver.
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