Figaro divorce

Figaro divorce
De Ödön von Horváth
Mis en scène par Christophe Rauck
Avec Pierre-Henri Puente
  • Pierre-Henri Puente
  • Jean-François Lombard
  • Guillaume Lévêque
  • Flore Lefebvre des Noëttes
  • Caroline Chaniolleau
  • Marc Susini
  • Cécile Garcia Fogel
  • Marc Chouppart
  • John Arnold
  • Jean-Claude Durand
  • Nathalie Morazin
  • Le Monfort théâtre
  • 106, rue Brancion
  • 75015 Paris
  • Porte de Vanves (l.13)
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Figaro et Suzanne, le Comte et la Comtesse Almaviva. Nous retrouvons les protagonistes de la pièce de Beaumarchais Le Mariage de Figaro, qui annonçait la Révolution.

Les voici, la fuyant tous ensemble, leurs rapports à jamais bouleversés. Le maître croit fuir vers un exil temporaire, Figaro découvre qu’il peut s’installer et monter sa propre affaire : il ouvre avec Suzanne un salon de coiffure dans une petite ville de Bavière.

 

Ödön von Horváth, qui a toujours dénoncé les frustrations et les dérives de la petite-bourgeoisie, s’amuse avec le héros de Beaumarchais aux idées révolutionnaires : il en fait un émigré qui devient un petit bourgeois conservateur, soucieux de garder sa clientèle, mais incapable de répondre au désir d’enfant de Suzanne, qui divorce…

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141 0
Majestueux et impressionnant. Ce Figaro Divorce percute, chahute et bouscule les idées sur la conscience sociale, dans une incroyable actualité de la question des migrations des peuples. Le tout dans une comédie douce-amère qui joue par moments dans la tragédie pure.

Écrite en 1936, cette pièce délibérément politique de Ödön von Horváth, interroge les fondements du lien social, de l’émancipation et du bonheur.

L’argument et la dramaturgie reposent sur une suite extrapolée du Mariage de Figaro de Beaumarchais. Là où le Mariage s’arrête, à la veille de la Révolution Française, Ödön von Horváth fait commencer son histoire, en la décalant, à la chute du régime allemand de 1933, aux débuts du nazisme et des vagues d’émigration. Cet impertinent saut historique permet à l’auteur de traiter des bouleversements moraux et sociaux auxquels se trouvent confrontées les personnes en exil.

Aux côtés de la comtesse et du comte Almaviva, Suzanne et Figaro s’enfuient et vont se retrouver face à leurs destins. Subir ou réagir ? Devant le danger et l’incertitude, Figaro choisira de s’adapter. Sa malice au service de la réussite sociale, il mettra en péril son amour partagé avec Suzanne. Il cherchera à assouvir l’ambition au risque de son malheur là où elle se battra pour fonder une famille heureuse, en quête du bonheur.

Nous entrons dans ce spectacle comme dans un conte de fée. D’emblée, une image nous accueille, celle d’un cerf. Comme une page de garde d’un grand livre d’histoires. Nous devinons que nous irons de surprises en surprises, dans un univers qui se révèlera plus proche du merveilleux que de la réalité.
La scénographie et la mise en scène très élaborées de Christophe Rauck sont captivantes. Il invite le cinéma sur le plateau du théâtre. Nous verrons souvent à l’écran, en temps réel, des visages ou des situations comme pour nous rapprocher mieux de l’émotion qui semble alors livrer combat à la raison, faisant place à la dimension tragique.

Des chants a capella ou accompagnés au piano parsèment le cheminement, nous baignant dans un onirisme bienvenu, ponctuant l’histoire de respirations ou d’échappées poétiques. Un délice.

Une distribution brillante entoure John Arnold et Cécile Garcia-Fogel, magnifiques en Figaro et Suzanne. Du grand art.

Quel beau temps de théâtre que ce Figaro Divorce. Une pièce prenante, un spectacle surprenant, du plaisir intelligent au rendez-vous !
30 mai 2016
7,5/10
117 0
Elle est badine et cruelle, la folle journée imaginée par Beaumarchais quand il écrit, à la demande de M. de Conti, une suite au Barbier de Séville qui a pourtant fait scandale quelques années auparavant. Elle est badine et cruelle et annonce, presque dans la joie, les prémices de la révolution française.

« Je conviens qu’à la vérité la génération passée ressemblait beaucoup à ma pièce ; que la génération future lui ressemblera beaucoup aussi. », écrit le dramaturge dans sa préface. C’est dit et l’homme a raison. Tout change, rien ne change, pourrait-on dire, et c’est ce que Odön von Horváth écrit à son tour quand il imagine ce Figaro divorce en 1936. Ici, le Comte Almaviva et la Comtesse fuient l’Espagne après la révolution. Les loyaux Figaro et Suzanne les ont accompagnés. Traqués, épuisés, ils traversent à pieds une forêt avant d’être arrêtés au poste-frontière en Allemagne et de demander l’asile.

Les héros de Beaumarchais sont devenus réfugiés, migrants, exilés.

Il est difficile de quitter Figaro quand on aime ce personnage, et c’est sans doute ce qui conduit Christophe Rauck à s’atteler à la pièce d’Odön von Horvàth après qu’il ait monté le Mariage en 2007 à la Comédie Française. S’il retrouve les personnages originaux (tous sont là à l’exception de Bartholo et Marceline), les voici beaucoup plus sombres et mélancoliques dans ce contexte de montée du nazisme et du nationalisme dans l’Allemagne hitlérienne. Que sont les héros devenus face à terreur, à l’exil ? Est-il possible de rester fidèle à ses idéaux quand on a tout perdu et qu’il faut tout recommencer? S’il se présente dès le début de la pièce avec une partie du monologue de l’acte V écrit par Beaumarchais, Figaro l’humaniste (John Arnold, à la fois cynique (pas assez ?) et désabusé (trop ?), perdra dans cette tourmente son insolence et ses provocations. Face à l’incertitude, face à la terreur qui s’instaure, l’homme apeuré optera pour la sécurité ; le petit-bourgeois devient barbant. Le comte (juste et mesuré Jean-Claude Durand) est ruiné, il perd sa superbe et sa femme n’est plus que l’ombre d’une aristocrate réfugiée dans le déni. Chérubin a ouvert un bar de nuit, Bazile est boucher.

Immigration, exil, désarroi.

Des petits commerçants qui sacrifient au commerce et aux conventions, des aristocrates déchus. Seule Suzanne (troublante Cécile Garcia-Fogel), se tient encore débout, et telle un mat dans la tempête, résiste et croit encore au bonheur et à l’avenir. L’écriture sombre et désabusée reflète le désarroi d’Odön von Horváth et son pessimisme.

La mise en scène de Christophe Rauck est l’avenant : à la fois sombre et lente, suspendue dans une temporalité incertaine. Les comédiens sont filmés et leurs visages projetés en temps réel et en gros plan : le procédé crée à la fois profondeur et distanciation. Les nombreux changements de décor à vue ralentissent le rythme et accroissent cette distanciation, tout en rendant l’irréalité plus palpable, plus trouble, plus fascinante tant les couleurs, le mobilier, les costumes sont pensés, étudiés, réunis dans une jolie scénographie (Aurélie Thomas) minutieusement calculée où rien n’est laissé au hasard.

Il est bizarre, ce Figaro divorce. Bizarre et troublant, à la fois touchant parce qu’il y est question d’hommes et de femmes qui ont tout perdu, ont peur, mais résistent (survivent) chacun à leur manière aux révolutions et aux bouleversements du monde et, au final, continuent d’espérer. Il est bizarre aussi, parce que tout semble posé dans une sorte d’e temps suspendu, de meubles jamais posés, de phrases jamais terminées, comme si tout était éternel recommencement. Comme si les luttes étaient vaines et que la noirceur rejaillira toujours. Comme si cette histoire ressemblait à celle de Beaumarchais et ressemblera à une autre, un jour.

Sombre, lumineux, pessimiste, réaliste. Lucide. Figaro, en fait.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor