Dans la solitude des champs de coton

Dans la solitude des champs de coton
De Bernard-Marie Koltès
Mis en scène par Roland Auzet
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
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Au plateau, deux femmes, différentes, où la question centrale du désir se joue. Un dialogue de deux solitudes enfermées par la question sous-jacente à tout échange : « Que me veux-tu ? ». Et d’obliger l’autre, par tous les moyens du discours, à se dévoiler, à répondre au manque fondamental, à cracher un peu de sa vérité…

Aux Bouffes du Nord, le théâtre sera plongé dans un brouillard complet redéfinissant les contours de l’action dramatique. Le public et les actrices ne feront qu’un organe déambulatoire où la quête koltésienne se déroulera. Des casques pour chaque personne du public seront proposés pour entrer dans l’intime des mots, de la situation et du corps des actrices. Cette démarche cherchera ainsi à dépasser la seule vision de la représentation, à repenser l’espace et révéler des infimes ou entrevoir des failles.

Les perceptions visuelles et auditives associées aux déplacements du public constitueront les fondements de la relation du récit intime dans l’espace public.

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3 mars 2016
9/10
85 0
Un tel texte vous accueille au plus profond, vous cueille de son désespoir savant.

Le texte en lui même est une exposition. Cette salle est un estomac, on l'arpente au début casqué alors que le jeu se fait autour, on entend les actrices sans les voir, puis on les voit mêlées comme nous au decor, à la réalité. Une lampe brille dans un coin pour rappeler que ce sont des choses qui se jouent. La pièce joue implacablement comme un esprit sans repos qui s'interroge en apothéose.

Quel élan nous pousse vers l'autre ? Désir sera dépendre et vendre sera vanter et se rabaisser. Animal sera l'homme. Rien ne restera des espoirs d'éden. La solitude appelle la parole, le commerce du monde étend sa stratégie.

Un moment qui vous marque, se répercute ensuite et vous suit en vous même. Dans la magie des Bouffes, deux actrices dans ce duel du loup et de l'agneau. Mais qui mangera l'autre? Fort brillant dans la pénombre.
9 févr. 2016
9/10
67 0
« Un deal est une transaction commerciale portant sur des valeurs prohibés ou strictement contrôlées, et qui se conclut, dans des espaces neutres, indéfinis, et non prévus à cet usage, entre pourvoyeurs et quémandeurs, par entente tacite, signes conventionnels ou conversation à double sens – dans le but de contourner les risques de trahison et d’escroquerie qu’une telle opération implique –, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, indépendamment des heures d’ouverture réglementaires des lieux de commerce homologués, mais plutôt aux heures de fermeture de ceux-ci. ». Sous le thème du deal qui est le fondement même du texte de Koltès se trouve celui du désir et de la dépendance entre les deux parties, jusqu’à ce qu’il vienne se nicher, en toute fin, dans l’aube d’un conflit naissant.

Alors que les spectateurs se voient remettre un dispositif au casque et attendent dans le hall du Théâtre des Bouffes du Nord, la voix d’Anne Alvaro résonne dans la nuit : « Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir » confie-t-elle avec beaucoup de finesse et forçant le public à sortir du lieu de la représentation pour la découvrir, debout et calme, dans la rue, sur le parterre qui fait face à l’entrée, dans le bruit dû à la proximité avec la Porte de la Chapelle, au milieu des passants qui se pressent sous les lumières de la ville. Très vite, malgré la distanciation des corps, nous plongeons dans un théâtre de l’intime et de la déambulation personnelle, qui se poursuivra jusqu’à l’intérieur de la salle que nous rejoindrons quelques minutes plus tard pour une représentation un peu plus conventionnelle mais pertinemment forte en émotions, dans un brouillard ambiant qui amplifie toutes nos perceptions et nos sensations.

Après le festival Rambert en fin de saison dernière, nous retrouvons avec délectation Audrey Bonnet sur la scène du théâtre des Bouffes du Nord. Elle fait face à Anne Alvaro, grandiose également. Dans la solitude des champs de coton devient alors le terrain d’affrontement entre deux grandes actrices dont le dispositif au casque permet d’entendre pleinement le texte dans ses moindres nuances. Et nous pourrions rester là des heures, tapis dans l’ombre, à écouter leur voix envoûtante, modelant et sublimant les mots de Koltès. Quelques bruitages viennent troubler la parole qui s’installe peu à peu dans une sensible mise en tension mais cela rajoute du cachet à l’ensemble. Monter cette pièce avec deux femmes relève d’un choix audacieux que Roland Auzet n’a pas hésité à faire et cela se révèle être une idée de génie, servie par le talent incommensurable d’Audrey Bonnet et d’Anne Alvaro. Plutôt que de desservir le texte, cela le renforce et le transporte dans une tout autre dimension, à la fois tragique et actuelle.

Le dispositif scénique retenu est original et innovant tandis que la mise en scène, minimaliste avec des déplacements limités et un décor vierge de tout artifice, laisse le champ libre au sens du texte que l’écoute au casque vient souligner en nous plongeant dans une solitude extrême, comme coupés du monde extérieur. Lorsque les derniers mots viennent résonner à notre oreille, nous restons un moment interdits, comme suspendus au fil d’un temps qui s’est arrêté, avant de réaliser à quel point il fut fabuleux de nous acquitter de ce moment d’une rare intensité. « Mais les sentiments ne s’échangent que contre leurs semblables ; c’est un faux commerce avec de la fausse monnaie, un commerce de pauvre qui singe le commerce » écrivait Bernard-Marie Koltès bien que ce soir-là, nous avons eu la certitude d’assister à un échange entre deux immenses interprètes, au talent comparable, qui ont su sublimer une œuvre bouleversante qui questionne avant tout la relation à l’autre.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor