Céline, Derniers entretiens

Céline, Derniers entretiens
De Louis-Ferdinand Céline
Avec Stanislas de la Tousche
  • Stanislas de la Tousche
  • Théâtre Les Déchargeurs
  • 3, rue des Déchargeurs
  • 75001 Paris
  • Chatelet (l.1, l.4, l.7, l.11, l.14)
Itinéraire
Billets à 19,00
À l'affiche du :
18 janvier 2019 au 12 juillet 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 19:00
    • 21:00
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Je travaille et les autres foutent rien, voilà exactement ce que je pense.

Au bout du voyage, Céline - l’abominable homme des Lettres - se confie aux derniers journalistes qui se risquent jusqu’à son ermitage de Meudon, attirés par le pittoresque décati du personnage, son humour féroce et sa lucidité impitoyable sur l’homme en général et ses contemporains en particulier.

Tout y passe : l’enfance au passage Choiseul, les années d’initiation, la vocation médicale, ses débuts fracassants en littérature, les grandeurs et misères du monde des Lettres, ses errements idéologiques et son délire de persécution, son rejet d'une société devenue matérialiste et consumériste… jusqu’aux prédictions comico-apocalyptiques de l’arrivée prochaine des chinois à Cognac !

 

D’après les entretiens entre Louis-Ferdinand Céline et Pierre Dumayet, Marc Hanrez, Louis Pauwels, Albert Zbinden

Mise en scène de Géraud Bénech

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5 févr. 2019
8/10
33 0
Le singulier interprète le pluriel.
La Tousche joue Destouches.
Le comédien Stanislas de la Tousche incarne l'immense écrivain Louis Ferdinand Destouches, dit Louis Ferdinand Céline.

Il fait plus que l'incarner. Sous nos yeux, de la Tousche EST Céline.

1961. Le journaliste Louis Pauwels se rend à Meudon, là où Céline s'est retiré de retour d'exil à Copenhague, depuis qu'il a été amnistié grâce à son avocat Jean-Louis Tixier-Vignancourt. (Après un très court passage à Nice, il a acheté ce pavillon des Hauts-de-Seine).

Pauwels arrive avec une équipe de télévision pour une émission intitulée « En Français dans le texte ».
Il commence à poser des questions, et surtout à obtenir des réponses.

C'est en grande partie ce texte que Stanislas de la Tousche, mis en scène par Géraud Bénech va nous dire.
En reprenant pratiquement exactement les plans contenus dans le reportage.

Le spectacle commence par des aboiements.

Ce sont les chiens de Céline, que l'on va voir grâce à un extrait du documentaire.
On voit l'auteur de « Voyage au bout de la nuit » traverser son jardin, dans son iconique tenue.
Il rentre chez lui.

Et le comédien apparaît, derrière l'écran. Dans une sorte de raccord théâtro-cinématographique.
La tenue est la même, le pull, le fameux gilet, l'écharpe de soie. Il est pareillement voûté.

Mais il y a encore plus troublant.
La ressemblance du visage. Le comédien est le sosie presque parfait de Céline. C'est absolument évident.

Bien entendu, il va jouer de cette stupéfiante ressemblance.
Avec les mêmes intonations, le même débit, le même timbre, la même diction.

Nous pourrons aisément vérifier cette troublante incarnation en écoutant et en voyant d'autres extraits au cours du spectacle. Il ira même à un certain moment jusqu'à murmurer les phrases alors que son modèle les dit dans le reportage.

Les phrases... Les mots de Céline.
Pauwels était parvenu à obtenir une espèce de confession-retour en arrière de l'écrivain qui fut frappé d'indignité nationale en raison notamment de ses écrits et positions antisémites, de ses textes pro-nazis et son rôle d'agent actif des services de sécurité de l'occupant.

Stanislas de la Tousche a été fort marqué, à l'âge de 25 ans, par le visionnage de cette émission.
Ce reportage lui a laissé, je le cite « une trace inaltérable, une séduction absolue... mais qui a mis trente ans à se matérialiser ».
Il devient donc Céline durant une heure et quarante cinq minutes.

Il va nous dire l'amour de la médecine de cet homme, qui a toujours voulu soigner et surtout guérir son prochain.
Il nous racontera les débuts littéraires, pour pouvoir louer un petit appartement. Céline dira alors qu'il travaille beaucoup pour produire ses textes, qu'il est faux de penser que tout ceci lui vient avec facilité. Il en profite pour étriller nombre de ses collègues écrivains, et distribuer des bons et mauvais points y compris aux grands classiques.

Il analysera notamment le style de Proust, avec la célèbre tirade célinienne si souvent citée : « trois-cents pages pour nous faire comprendre que Tutur encule Tatave c'est trop. »
Pas d'impasse sur le versant sombre de l'homme Céline.
Le comédien dit la violence a laquelle il a succombé, exprime les regrets semble-t-ils sincères de son modèle de ne s'être pas tu. Sortiront par sa bouche l'antisémitisme, l'homophobie, de la mysoginie de cet homme.

Un autre élément très intéressant de ce spectacle est de rappeler la langue de Céline, une langue orale qu'il est parvenu à magnifiquement transposer en langue écrite, en reprenant ses formules, son argot, ses envolées, ses fulgurances...

On aura compris que le parti-pris principal du metteur en scène et du comédien était de reproduire le plus fidèlement possible ce qui nous est montré dans le reportage. C'est leur choix artistique, et de ce point de vue, c'est une sacrée gageure réussie haut la main.

On sort évidemment de ce spectacle en étant troublé.
Avec comme une impression de « Céline existe, je l'ai rencontré... »
Alors ?
Ceux qui ne connaissent pas les entretiens avec Céline découvriront avec exultation sa qualité de franc-tireur. Oui, qu’il devait être difficile de vivre avec un génie, celui qui, pourtant, ne cherchait pas la notoriété dans l’écriture des livres. Il explique ses origines, sa vocation médicale, le pourquoi de son prénom, son mépris pour la littérature – un travail « prétentieux, grotesque » - son envie d’exercer un métier de prolétaire à Clichy. On tend l’oreille, on acquiesce, on l’écoute tel un professeur qui peste contre… à peu près tout : les pédérastes – sauf Proust – les civilisations claironnant « une autre, une autre ! », l’art abstrait, les garagistes de médecin, la question raciale et le problème démographique, son regret de l’époque où existait la peste, la vérole et le choléra. Rien ne trouve grâce aux yeux de Céline, pas même le théâtre, là où l’on dit qu’une pièce est bonne parce qu’on s’est le moins ennuyé.

Ce n'est pas le cas en l'espèce grâce au jeu puissant du comédien (Stanislas de la Tousche), assis pendant 1h20 dans un fauteuil, qui excelle dans une mise en scène incarnée. La prestance et la ressemblance avec l'écrivain est troublante, comme en attestent les vidéos projetées au fond de la scène. Cette pièce permet de faire revivre un temps celui qui aspirait à une vie sans excentricité et a laissé son nom à tout jamais.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor