Carmen

Carmen
De Prosper Mérimée, Georges Bizet
Mis en scène par Calixto Bieito
  • Opéra Bastille
  • Place de la Bastille
  • 75012 Paris
  • Bastille (l.1, l.5, l.8)
Itinéraire
Billets de 5,00 à 210,00
À l'affiche du :
11 avril 2019 au 23 mai 2019
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 14:30
    • 19:30
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«Et prenant la fleur de cassie qu’elle avait à la bouche, elle me la lança, d’un mouvement du pouce, juste entre les deux yeux.»

Prosper Mérimée, Carmen


Dès les premières phrases prononcées par Carmen, qui marquent l’une des plus grandes entrées de l’histoire de l’opéra, tout est dit : « L ’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser. » 

Dans un sulfureux déhanchement aux accents andalous, la belle cigarière jette son dévolu sur un soldat : Don José. Le destin fera le reste.

Immédiatement considéré comme un chef-d’oeuvre dans toute l’Europe, Carmen mettra longtemps à s’imposer à Paris où sa création en 1875 connaît un accueil contrasté. Composé sur un livret de Meilhac et Halévy qui prend ses racines chez Prosper Mérimée, l’opéra abolit la frontière entre tragique et comique avec une modernité qui, à l’époque, fait scandale. Peut-on tuer l’être aimé par amour ? 

La beauté rougeoyante de la musique de Bizet où s’enchaînent les airs inoubliables en fera pourtant, d’année en année, l’ouvrage lyrique le plus joué au monde.

 

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Il y a 20 heures
9/10
2 0
La Carmen aux pieds nus.
C'est en effet vêtue seulement d'une combinaison en nylon/dentelles noire et en blouse grise que la plus célèbre des cigarières sortira d'une cabine téléphonique, signifiant probablement leur rupture à un ancien amant.

La Carmen de Calixto Bieto est une femme libre, certes, mais c'est avant tout un personnage humain, presque shakespearien. Le metteur en scène castillan n'a pas voulu en faire une prostituée, une femme fatale, et encore moins un mythe.
C'est une femme de son temps, un temps qu'il a situé dans l'Espagne de la fin du Franquisme. Une femme simple, assumant ses choix et ses contradictions.
Une fille du peuple qui lutte contre tous ceux qui voudraient l'enfermer dans un moule imposé par les hommes et une société patriarcale.

Dans une Espagne encore sous le joug du fascisme, elle a fort à faire pour exister, pour vivre pleinement et intensément.
C'est une résistante, en quelque sorte.

Cette production, créée en 1999 au festival de Peralda et reprise à Paris, n'a rien perdu de la force et de la tension qui règnent en permanence durant ces trois heures. On perçoit une vraie violence dans cette vision du célèbre opéra de Bizet, Il y a de l'électricité dans l'air !

Pour autant, c'est le célèbre aubergiste Lillas Pastia, celui chez qui l'on danse la séguedille, qui nous accueille, sur la place d'armes de Séville.
Calixto Bieto a eu a riche idée de faire exister ce personnage sous les traits du comédien Alain Azérot.
C'est une espèce de Baron Samedi, en écho peut-être à la fameuse Habanera, originaire de Cuba et des Antilles, qui tiendra lieu de Maître du destin, annonçant clairement la couleur après avoir exécuté un tour de magie.
Il laisse échapper deux mots terribles : « La mort ! »

Nous le retrouverons ici et là. Ce sera lui notamment qui tracera les contours de l'arène finale.
Le cercle aura d'ailleurs une vraie utilité scénographique : le cercle de la piste de sable, le cercle autour du mât servant à hisser le drapeau espagnol, le cercle des automobiles Mercedes-Benz 240 des gitans, les cercles de ce jeune homme qui se dénude lors du prélude de l'acte III pour toréer dans le vide...
Car ici, le décor est réduit à sa plus simple expression. C'est une vision épurée à l'extrême, dépourvue de tout artifice inutile.
Seul élément important au troisième acte, ce gigantesque taureau au lointain, évoquant ceux que l'on rencontre sur les routes des Monegros, vers Saragosse.

C'est la Mezzo géorgienne Anita Rachvelishvili qui incarnait la Carmencita.
Elle connaît bien le rôle puisque Daniel Barenboïm l'avait découverte à la Scala de Milan et lui confia ce même rôle à l'âge de 25 ans pour l'ouverture de la saison 2009/2010.

Melle Rachvelishvili est une grande Carmen. Son timbre à la fois puissant, ample, velouté, suave fait merveille. La chanteuse procure beaucoup d'émotions, on croit totalement à son personnage farouche et pourvu d'une grande humanité.

Tout comme le Don José de Jean-François Borras. Le ténor m'a beaucoup ému, son brigadier déchu, « victime » de l'amour pour sa belle, est très touchant, très humain lui aussi.
Le chanteur excelle une nouvelle fois. C'est vraiment l'un des grands talents du moment.

La soprano australienne Nicole Car est une remarquable Micaëla, qui a recueilli énormément d'applaudissements. La chanteuse rend son personnage très touchant, voyant s'éloigner irrémédiablement son fiancé.

Ce trio principal est d'une rare cohérence. Les duos entre les trois personnages sont impressionnants. Ces trois-là m'ont fait bien des fois frissonner !

Leurs airs sont systématiquement et longuement applaudis.

La basse Roberto Tagliavini est un Escamillo brillant, qui parvient parfaitement à faire exister son personnage de rival, un personnage trop souvent cantonné dans le rôle d'utilité. Ici, ce toréador a une vraie densité.

Gabrielle Philiponet et Valentine Lemercier sont parfaites en Frasquita et Mercédès, elles aussi parvenant sans peine à donner une importante dimension scénique à leurs personnages, trop souvent bâclés.

L'on sent bien que Calixto Bieto a voulu donné corps à tous les rôles, principaux ou secondaires. Tous les caractères sont très précisément travaillés, comme ceux du Dancaïre (Boris Grappe), du Remendado (François Rougier), Zuniga (François Lis) ou Moralès (Jean-Luc Ballestra).
Les quatre chanteurs excellent eux aussi.

A la baguette, Lorenzo Viotti tire le meilleur de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris.
J'ai trouvé que le jeune et talentueux chef suisse avait choisi de ralentir quelques tempi, participant ainsi à ancrer certains personnages dans le réel, dans la lourdeur et l'inéluctabilité du drame qui se joue devant nous.

Le Chœur de la maison est toujours aussi impressionnant, dirigé une nouvelle fois par Alessandro di Stefano.

Ce fut donc une bien belle soirée que cette 545ème représentation à l'Opéra de Paris du chef d'œuvre de Bizet, créé à l'Opéra-Comique en 1875.
La vision dense, tendue, presque austère de Calixto Bieto est totalement convaincante et a une nouvelle été longuement applaudie.
Ca n'est pas sans raison que cette production est sans cesse reprise dans les opéras du monde entier.
Une nouvelle fois, Carmen n'a pas cédé. Libre elle est née, et libre elle est morte.
10 avr. 2017
5,5/10
28 0
Bien sûr, il y a la musique de Bizet: une pure merveille. La habanera, l'air du toréador sont tellement entêtants...

Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé cette Carmen bien fade, presque éteinte. Une vrai déception car cela faisais un an que j'attendais de la découvrir. L'orchestre manquait de puissance. L'intrigue m'a également déçu mais cela vient sûrement de cette mise en scène vulgaire et dénuée d'émotions.

Les décors sont d'une telle pauvreté. Où est l'exotisme, où sont la chaleur et les vieilles pierres de Séville ? Où est le sang chaud méditerranéen ? Encore une fois, on transpose dans les années 70 avec sa mode vestimentaire kitsch (après Marivaux, Goldoni, Shakespeare et j'en passe : on veut économiser sur les costumes ?).

Si on veut faire un opéra sur la femme à la fin du Franquisme, on l'écrit soi-même et l'on ne vient pas débiter tout un tas de conneries (dans le livret) sur une œuvre écrite presque 100 ans plus tôt.
Et puis bien sûr, on fout un mec qui torée un taureau imaginaire...
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor