Critiques pour l'événement Un Amour de Jeunesse
3 févr. 2020
8,5/10
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Un bourgeois pas vraiment gentilhomme, une “sang bleu” dont la devise serait “un Bourbon sinon rien !”, ajoutez à cela la bonne chinoise non déclarée, l’ami du couple avocat peu scrupuleux et l’ex-épouse de Monsieur qui a versé dans l’humanitaire !

Antoine a oublié ses idéaux de jeunesse, il est devenu très riche grâce à Internet, sa compagne la très racée et jolie Diane est romancière à ses heures, ça fait chic mais rien ne se vend…

Or, ce que va leur annoncer leur avocat va bouleverser leur quotidien, en effet, Antoine s’était marié avec Maryse en Inde, elle est partie en Afrique pour suivre ses idéaux humanitaires. Elle veut à présent divorcer, mais elle peut exiger la moitié des biens d’Antoine...

Celui-ci a une idée, il faut absolument que Maryse soit convaincue qu’il n’a pas un sou, alors il propose à la bonne de partir en vacances, de squatter son appartement de Sarcelles. Il pourra ainsi inviter son ex pour la signature des papiers du divorce. Changement radical, de vêtements, de lieux de vie, et surtout “coacher” Diane pour que disparaisse ses bonnes manières !

Tout ne va pas vraiment se passer comme prévu, Maryse débarque dans leur vie, avec ses bons sentiments, sa franchise et surtout sa générosité, un mot qui n’a plus court chez Antoine. Il délaisse son costume cravate, pour un ensemble à “petits prix”, quant à Diane il faut reconnaître qu’elle a mis le paquet, délaissant talons aiguilles et robe du soir.

Stéphane de Groodt est convaincant et drôle, il faut le voir manier le balai sur la moquette ! Isabelle Gélinas, irrésistible en aristo, Olivia Côte, gracieuse et lumineuse, Nelly Clara amusante, comprenant vite le sens des affaires et Sébastien Pierre, sympathique et touchant. Ils sont tous extraordinaires !

Voici la dernière trouvaille d’Ivan Calbérac, une excellente comédie, qui fait rire à chaque scène, et qui fait aussi réfléchir sur notre chemin de vie !
31 janv. 2020
10/10
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« Un amour de jeunesse » de et mis en scène par Ivan Calbérac au théâtre de la Renaissance est une comédie jubilatoire dont le titre pourrait vous induire en erreur…

Je ne sais pas si c’est l’air de la mer qui a fait fructifier l’imagination d’Ivan Calbérac, mais c’est un auteur en très grande forme !
Après nous avoir fait beaucoup rire dans « La dégustation », avec notamment la scène mémorable de la dégustation de vins avec Isabelle Carré et plus récemment avec sa collaboration dans « Je pionce donc je suis » coécrit avec Michaël Hirsch où il a apporté son grain de folie, Ivan Calbérac a choisi la farce sociale pour déclencher les rires et c’est très réussi. Il renoue avec le théâtre de la Renaissance qui lui porte chance.

Antoine la cinquantaine épanouie vit sans être marié avec Diane, non pas la déesse de la chasse mais une romancière issue de l’aristocratie qui écrit pour le plaisir et non pas pour l’argent : quelle horreur ! Elle préfère dépenser celui de son mari qui a fait fortune dans l’internet.
Selon la formule devenue courante, la vie n’est pas un long fleuve tranquille : nos deux tourtereaux vont en faire l’expérience.
Alors que Diane ne rêve que d’une chose, que son mari rachète, avec sa fortune, le château de son illustre famille issue de la lignée des Bourbons, pour redorer son blason et lui permettre, lui qui n’en a que faire, de le porter dignement.
Apparaît alors dans le jeu une quille, un amour de jeunesse, en la personne de Maryse qui pourrait bien chambouler ce projet mûrement réfléchi…

Alors que Maryse et Antoine se sont connus quand ils étaient animateurs dans les camps de vacances, ils ont convolé très jeunes en justes noces lors de leur voyage en Inde, où dans un Ashram, avec tout le folklore qu’il convient, ils ont uni leur destin pour le meilleur et pour le pire.

Un pire qui pourrait bien pointer le bout de son nez avec la demande de divorce que Maryse soumet à Antoine, qui ne se souvient même pas d’être marié, pour pouvoir de nouveau se remarier.
Seulement voilà comme vous pouvez le deviner la fortune d’Antoine pourrait bien fondre comme neige au soleil s’il devait la partager avec Maryse, puisqu’ils sont mariés sous le régime de la communauté.

Il faut donc rapidement avec l’aide de son avocat élaborer un plan diabolique pour échapper à une telle catastrophe. Antoine a l’idée de faire passer son couple pour un couple pauvre de chez pauvre aux yeux de Maryse avec la complicité forcée de Diane qui freine des quatre fers. Pensez donc une aristocrate se mêler avec le peuple, en l’occurrence celui de Sarcelles, ville de villégiature de leur bonne, n’est pas envisageable et comme le pense l’auteur, le pire est que cela pourrait marcher !

Une comédie sociale où les thèmes de l’argent, des idéaux de jeunesse et de l’amour se conjuguent à merveille sous nos yeux. Nous assistons à une avalanche de quiproquos qui entraînent, avec moult rebondissements, jusqu’à la scène finale, une cascade de rires et on ne voit pas le temps passer.
Des rires qui rebondissent sur les scènes de tendresse avec bien sûr pour des ex-animateurs la guitare comme symbole de leurs escapades de jeunesse. Maxime Le Forestier et Marie Laforêt seront de la partie pour la séquence nostalgie : « 16 ans » l’âge de la découverte, des premières fois…

Dans les séquences « rire », Ivan Calbérac rend un hommage réussi à ses pairs avec une scène « de la biscotte » qui ne ferait pas rougir Jean Poiret et Michel Serrault, parsemée du langage imagé de la banlieue mais jamais vulgaire : je ne vous en dis pas plus, à vous de la découvrir.

Dans une scénographie d’Edouard Laug digne d’une belle comédie, avec ses deux décors : celui de l’appartement de la rue Dauphine des « nouveaux riches » et celui du studio de la bonne à Sarcelles, nos héros, habillés tout en fantaisie par Cécile Magnan, passent de l’un à l’autre avec une joie non dissimulée.

La mise en scène d’Ivan Calbérac, assisté de Betty Lemoine, est rythmée, juste ce qu’il faut, efficace, avec de belles trouvailles qui permettent dans sa comédie bien ficelée une mise en valeur des répliques qui font mouche à chaque fois.

Dans une vision humaniste, son écriture joyeuse est servie par une troupe très en forme avec en tête de distribution Isabelle Gélinas et Stéphane De Groodt.
Isabelle avec son air de ne pas y toucher relevé par son œil coquin et Stéphane, le jongleur des mots par excellence, l’éternel adolescent, avec son œil de cocker, forment un couple explosif, de rires, qui fait merveille.
Olivia Côte, grande prêtresse de l’humanitaire, vient délicatement avec son allure soixante-huitarde semer le trouble dans ce couple « bien établi ».
Les chevilles ouvrières, qui participent activement au plan d’Antoine sont Sébastien Pierre dans le rôle de l’avocat qui se découvre, avec son air mutin, une vocation d’altruiste et Nelly Clara qui avec sa vivacité d’esprit irrésistible est impayable dans son rôle de bonne pas si soumise que cela. Elle flaire bon l’opportunité de s’enrichir à son tour.

Le propre d’une comédie est de faire rire : pari gagné pour Ivan Calbérac. Sa comédie devrait faire les beaux jours du théâtre de la Renaissance et mérite votre présence.