Critiques pour l'événement Suzanne, la vie étrange de Paul Grappe
En conclusion : Un spectacle qui retient l'attention par son récit tragique qui fit scandale, bien joué et d’une théâtralité étonnante et réussie. À voir sans hésiter.
15 septembre, 20h30, Paris

La pièce commence par le mariage de Louise et de Paul Grappe. Les événements de leur vie sont contés et commentés par deux narratrices, Lucie (Eloise Bloch) et la concierge, Mme Massin (Constance Gueugnier). L’histoire scande la vie de Louise et de Paul, en apportant un brin d’humour. Les deux femmes parlent directement au public. Ainsi celui-ci se sent d’autant plus concerné par ce qui lui est raconté. Le quatrième mur est donc brisé. Mme Massin se demande si elle a le droit de nous raconter tout ce que nous allons voir, car après tout c’était écrit dans des journaux intimes. Mais en définitive ce qui est écrit nous concerne tous. En effet, outre l’histoire de la désertion et du travestissement de Paul en Suzanne, c’est également et peut-être même fondamentalement, celle d’une femme, Louise, victime de violence conjugale. Car même sous les traits de Suzanne, Paul est violent.

Un jour, il frappe Louise devant Lucie, une de leur amie, celle qui a aidé Paul à devenir Suzanne, c’est-à-dire lui a donné « des cours pour devenir une femme ». Lucie dit immédiatement à Louise qu’elle doit quitter Paul. Ce à quoi Louise répond qu’elle est fautive de n’avoir pas rangé les robes de Suzanne. Lucie tente de lui faire comprendre que ce n’est pas une raison et lui dit même que « si elle veut jouer son rôle [de femme] jusqu’au bout, qu’elle les range ses robes ! ». Les femmes, parfois, consentent à la domination subie.
Un spectacle d’autant plus nécessaire que le nombre de femmes victimes de ces violences ne diminue pas. Il est donc salubre défaire entendre leurs voix. De ce point de vue, Julie Dessaivre, qui a écrit et mis en scène Suzanne, effectue un choix justifié en centrant son propos sur les violences conjugales plus que sur le travestissement de Paul.

A contrario, André Téchiné dans Les années folles choisit, et c’est assez regrettable, de mettre l’accent sur le travestissement et sur la vie de Paul en tant que Suzanne. N’est-ce pas ici un élément central de la réalité qui, précisément, est travesti ?