Critiques pour l'événement Seasonal affective disorder
9/10
3 0
Ce spectacle installe une attraction évidente dans laquelle se lover, se laisser prendre et porter par un récit extravagant aux accents âpres mais beaux d'un merveilleux d'aujourd'hui.
23 févr. 2018
8,5/10
28 0
Nous nous aimions, le temps d'une saison...
« Nous », ce sont Vlad et Dolly, que tout semble opposer.

Elle, ado plus ou moins mature ayant grandi trop vite, lui tatoueur désabusé, ayant pris nombre de coups et revenu de beaucoup de choses.

Les deux vont se rencontrer au comptoir d'un bar.
Elle a des tatouages imaginaires et des taches de sang sur elle. Lui, c'est presque le contraire.

Vlad et Dolly unissent leurs solitudes, leurs désespérances respectives.
Par la force des choses, commence une cavale amoureuse, un road-trip passionnel.

Pour ces deux-là, il s'agit d'aller au bout de leurs désirs, parce qu'ils n'ont plus grand chose à perdre.

Dolly a soif d'absolu, d'accomplissement, de pulsions à assouvir sur le champ, selon ses humeurs du moment.
Vlad regarde tout ça avec fatalisme, et peut-être avec envie, tout en essayant de canaliser du mieux qu'il peut sa jeune compagne.

Elle est complètement paumée, elle vient d'être confrontée à un drame, lui a un peu plus la tête sur les épaules.

L'écriture de Lola Molina est tranchante, acérée, sans concession, sans détours.
Elle va à l'essentiel, sans se perdre.
Des phrases courtes, des phrases chocs, comme une mise à plat de l'oralité. Une langue dépouillée et riche en même temps.

Avec une très belle façon de passer du dialogue à la narration dans un même paragraphe, voire dans une même phrase. Ce procédé littéraire convient tout à fait à la relation qui s'installe entre les deux personnages.

La mise en scène de Lélio Plotton est à l'image de ce dépouillement du verbe.

Ici, pas de décors, pas d'accessoires.
Seul un écran sur lequel seront projetées des images abstraites très lentement animées, plus ou moins colorées, plus ou moins enfumées.

Est-ce le réel, le quotidien à qui les deux héros veulent résolument tourner le dos ? On peut le penser très fortement.

Le texte se suffit à lui même, pas besoin d'objets inutiles.
Les armes, les verres à boire, les chambres d'hôtel, la piste de danse, la voiture, nous les voyons, bien qu'elles ne soient jamais devant nos yeux.

Et puis, bien entendu, les deux comédiens vont porter cette cavale.

Laurent Sauvage est Vlad.

Il sera très statique, se mouvant très lentement, les deux mains souvent dans les poches avant du pantalon.
Son ton, son débit, sa diction sont à l'image du personnage : il est posé, parlant très doucement, sans pratiquement jamais élever la voix.
Il incarne l'image du « hors-la-loi » presque malgré lui, poussé presque par les événements à franchir la ligne jaune.
Il m'a souvent fait penser à Bashung dans sa façon de se tenir, de parler, un peu félin, désabusé, fataliste.

Anna-Lise Heimburger incarne Dolly, l'ado plus ou moins consciente de ses actes.
Elle nous montre parfaitement le besoin du personnage de fuir la réalité, son besoin d'assouvir ses désirs, sans entraves, sans restrictions, sans limites.
La comédienne a un jeu beaucoup plus brutal, plus « rentre dedans » que son partenaire. Elle y va, elle envoie le bois, comme disent les musiciens. Elle bouge beaucoup plus, se couche sur le sol, danse. Elle électrise le plateau.
Le contraste fonctionne à merveille.

Le duo est tout à fait convaincant, la différence des caractères est parfaitement exprimée, leur complémentarité est manifeste.

Si l'idée de départ n'est pas forcément nouvelle, j'ai pensé à Sailor et Lula, de David Lynch, et dans une moindre mesure aux Valseuses, de Bertrand Blier, il n'en reste pas moins vrai que ce road-trip est de très bonne facture.
J'ai été totalement happé par l'action, et je me suis très rapidement pris d'intérêt pour ces Vlad et Dolly. Nous sommes vraiment pris par l'action et ces deux beaux personnages.

On comprend évidemment pourquoi ce spectacle a reçu le prix Lucernaire-Laurent Terzieff-Pascale de Boysson 2017.