Critiques pour l'événement Le Suicidé
13 févr. 2023
10/10
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Drolatique, Pertinent, Pétulant, Magnifique.
Pour notre plus grand plaisir Jean Bellorini met en scène Le suicidé de Nicolaï Erdman, une farce cocasse, une critique du totalitarisme, une réflexion sur le sens de l’existence.
Cette pièce écrite en 1928 fut interdite par Staline, de son vivant, Nicolaï Erdman (1900-1970) n'a pu la présenter au public.
Les personnages haut en couleurs nous entrainent dans cette aventure avec fougue et enthousiasme. Les scénettes s’enchainent avec entrain et enjouement. Nous ne sommes point au bout de nos surprises…
A Moscou dans les années trente, tout va mal pour Sémione Sémionovich chômeur, dépendant de son épouse pour le vivre et le couvert.
Un soir de déprime, alors qu’il est à la recherche de saucisson, sa femme croit comprendre qu’il souhaite se suicider.
Le bruit circule, dès lors un défilé de personnages va le convaincre de rallier son suicide à leur cause : l’intelligentsia, le petit commerce, l’art, la religion….
Nous sommes entrainés dans un tourbillon de réflexions politiques, métaphysiques, humaines et sociales.
Sémione Sémionovich aura-t-il toujours envie d’offrir sa vie pour une de ces causes lorsque l’heure de son suicide programmé arrivera?
« Quand on coupe la tête des poulets, ils continuent à courir… » Sémione Sémionovich
Jean Bellorini fait le parallèle entre le totalitarisme des années 30 de Staline et Poutine. Dans ce récit, qui sous ses apparences drolatiques révèle des vérités et des questionnements profonds. Jean Bellorini intègre deux vidéos qui renforcent l'absurdité et le danger de l'oppression.
La lettre de Boulgakow adressée à Lénine en février 1938 demandant le retour de Nicolaï Erdman à Moscou et son droit de travailler librement en tant qu’homme de lettre.
La vidéo du Rappeur Ivan Petunin de 27ans anti militariste, refusant de combattre l’Ukraine le 30 septembre2022. Il se suicide en justifiant son geste ne pouvant : « accabler son âme avec le péché du meurtre ».
C’est bouleversant.
La mise en scènes pleine d’entrain et de vitalité de Jean Bellorini, nous révèle des personnages qui sous une image fantoche et un peu caricaturale sont des êtres non démunis de profondeurs. C’est joyeux et dramatique tout à la fois.
Nous sommes emportés par la joyeuseté du banquet fêtant les dernières heures de l'existence de Sémione Sémionovich.
La scénographie de Véronique Chazal , les lumières de jean Bellorini intensifient les émotions.
Évoquant cette période perturbée où tout est en dessus-dessous…..Lors de quelques scénettes, les visages des comédiens sont projetés conjontement à l’envers sur un écran en fond de scène.
Les musiciens en live, sur le plateau, Anthony Caillet (cuivres), Marion Chiron (accordéon), Benoît Prisset (percussions) nous enchantent.
Les comédiens nous captivent et nous entrainent dans cette tragi-comédie avec grand talent et pétulance. Ils virevoltent, chantent, courent. Nous enchantent et nous émeuvent.
François Deblock est époustouflant, il se contorsionne et danse avec une élégance et une souplesse remarquable.
Mathieu Delmonté, Clément Durand, Anke Engelsmann, Gérôme Ferchaud, Julien Gaspar-Oliveri, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Liza Alegria Ndikita, Marc Plas, Antoine Raffalli, Matthieu Tune, Damien Zanoly sont bouillonnants d’énergie et nous ravissent.
Merci à tous pour ce merveilleux moment théâtral.