Critiques pour l'événement Danse de mort
8 oct. 2017
8/10
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C’est une pièce sur un couple suédois à la fin du XIXéme siècle, un couple isolé depuis longtemps du monde qui les entoure dans une citadelle, ils sont déjà des étrangers l’un pour l’autre. Un cousin éloigné vient à l’improviste et les trois personnages commencent à s'entredéchirer évoluant entre haine et entente.

L’atmosphère pesante du livre de Strindberg est fort bien restituée. La pièce est difficile. La mise en scène et le jeu excellent des comédiens permet de rendre cette atmosphère intensément tendue. On reste sidéré devant ces trois personnages qui se détruisent et devant ce vieux couple usé, aigri, haineux. Le décor gris avec des cadres vides renforce cette impression.

C'est violent et grimaçant, mais il y a aussi un peu de matière à rire car le ton oscille entre drame et comédie. C’est très bien fait.
Huis-clos ou presque, dans cette pièce écrite en 1900, August Strindberg enferme à nouveau ses personnages dans leurs propres univers, dans leurs intimités et leurs solitudes. Théâtre de l’intérieur, de l’intime, à forte résonance psychologique, LA DANSE DE MORT est celle des espérances empêchées et des frustrations, des rancœurs et des renoncements. Danse à laquelle chacun dans ce couple morbide semble vouloir échapper mais s’y résout irrémédiablement.

Bousculés tout le long de leur vie commune par les erreurs vécues, jugées comme des échecs, les deux époux Edgar et Alice s’affrontent comme toujours depuis 25 ans. Les sujets ne manquent pas. Ils dévoilent avec intensité la violence des relations, la cruauté des sentiments, le machisme autoritaire, la famille échouée, la rédemption des actes, l’espoir d’une autre vie et la crainte de la mort.

Sujets prédominants chez Strindberg, symbolisant la recherche permanente d’un amour attendu et inassouvi, comme une impossible quête du bonheur.

Une ile. Une garnison. Un capitaine vieillissant et malade, Egdar. Une épouse impuissante et révoltée, Alice. Le cousin Kurt vient les visiter. Catalyseur des révélations, il écoute et tente des remédiations. Les humiliations et les mensonges qu’il découvre, les actes de démence et les machinations qu’il observe le troublent, le font douter, jusqu’à le conduire à la fuite.

La mise en scène de Stuart Seide montre les personnages au plus près de leurs sombres aspects, crument, dévoilant l’abject de leur férocité, le grotesque de leur prétention vaine et la médiocrité de leur puissance. Nous percevons le balancement entre amour et haine, entre compassion et répulsion, qui taraude ce trio familial qui n’en est pas.

Jean Alibert (Edgar), Pierre Baux (Kurt) et Hélène Theunissen (Alice) jouent habilement ce trio. Ils nous présentent avec aisance et conviction ces êtres massacrés par eux-mêmes. Enfermés dans leur déni et privés d’espoir, prisonniers de leurs vacuités du désir de vie. Ils nous touchent et nous surprennent. Karin Palmieri (Jenny), dans le rôle court et ingrat de la domestique, réussit la gageure d’illustrer le mépris qu’ils inspirent aux autres, à la réalité extérieure.

Un beau Strindberg. Un texte effroyable et implacable servi par un spectacle tout en tension, admirablement joué.
27 septembre, 20h45, Paris

Alice (Hélène Theunissen) et Edgar (Jean Alibert) doivent fêter leurs noces d’argent. En entrant en scène, les deux personnages s’assoient sur deux chaises face au public. Ils ont l’air de deux fantômes, de deux êtres vidés de toute possibilité d'émotions. Ils parlent comme des robots, comme s'ils répétaient ces phrases chaque matin.
Plus la pièce se déroule, plus la relation entre le couple devient malsaine. L’arrivée de Kurt, un cousin d’Alice, n’arrange rien.
La scénographie d’Angélique Croissant souligne une forme de déshumanisation. En effet, les murs sont gris, couleur plus qu’impersonnelle, les objets présents sont des objets communs. Il semble y avoir, accrochés au mur, des cadres qui pourraient contenir des photos mais ces cadres sont vides. Le décor accentue l’aspect morbide, profondément dérangeant, de ce couple. La volonté de chacun de ses membres de dominer l’autre ne peut conduire qu’au déchirement.
La mise en scène de Stuart Seide parvient, et ce n'est pas une mince réussite, à faire sentir au spectateur cette atmosphère pesante.
Les comédiens jouent leurs partitions à merveille dans un spectacle à la hauteur de leur talent.