Critiques pour l'événement Après la pluie
10 déc. 2017
3/10
14 0
Nous sommes au 49e étage d’un de ces buildings comme on en voit à La Défense et qui accueille une grande entreprise de finance. Pour s’échapper du boulot un instant, les employés montent dans cet endroit ouvert d’où on peut regarder le ciel, observer les gens, se demander combien de temps on mettrait pour tomber en bas. Ils viennent ici pour fumer, en cachette, puisqu’une loi récente interdit de fumer dans les lieux publics. Voilà.

J’ai la désagréable impression d’enchaîner les spectacles qui se veulent miroirs du quotidien et qui me déçoivent sur bien des niveaux. Je n’ai pas saisi l’intérêt profond de cette pièce. Le texte est misogyne et daté : j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à ces secrétaires qui parlent chiffons et critiquent le pédé de l’entreprise pendant que la seule femme « d’affaire » est traitée en grande insensible et carrément qualifiée d’homme. Et je vous passe sur cette secrétaire qui entend des voix dans sa tête et se sent plutôt mal dans sa peau, dont le diagnostic est donné par une collège : « tu es mal baisée », et qui une fois « bien baisée » se sent comme une nouvelle femme ! Et oui, on en est là. Quant aux hommes, eux, ils rêvent de devenir « des femmes comme avant », c’est-à-dire des « radis ». Oui, oui, littéralement des radis.

Pourquoi monter ce texte ? Je m’interroge. J’ai tendance à mettre en avant des raisons politiques : après tout, ce texte est catalan, et la situation actuelle de l’Espagne étant ce qu’elle est, cela pouvait peut-être donner envie de redécouvrir des auteurs de cette nation. Alors oui, je suppose (et j’espère) que ce texte est écrit au second degré et que derrière ces personnages caricaturaux se cache une critique en bonne et due forme de cette société profondément misogyne qui a du mal à sortir de ses clichés. Peut-être aurait-on pu trouver une autre manière de faire passer le message ? 2h de caricature, de conversations frivoles, d’enchaînements de clichés, c’est long.

D’autant que je suis également restée insensible aux coupures brutales dans le texte, à ces parties poétiques ou étranges qui semblent sorties de nulle part, comme l’annonce abrupte de la stérilité d’une employée ou le brusque délire sur les oiseaux qui passent. J’ai manqué l’ironie, le message ou l’idée (bien) cachée derrière la partition. Et je passe le fait qu’après avoir passé le début du spectacle à me faire un torticolis pour apercevoir autre chose que des barres au milieu des visages des comédiens, j’ai fini par totalement m’affaler dans mon siège pour pouvoir apercevoir le tiers haut de leur corps en entier grâce à un nouvel angle de vu – certes, le décor est très beau, mais il aurait fallu songer aux premiers rangs, ou assumer et ne pas mettre en vente les quatre premiers rangs…

Et pourtant, comme toujours dans cette Maison, on ne peut pas reprocher grand chose aux comédiens. Enfin si, peut-être, on reprochera à Rebecca Marder un peu trop de récitation et pas assez d’incarnation. Mais le reste de la Troupe soutient ce texte autant qu’il le peut – et ça fait quand même plaisir de voir autant de femmes sur scène. Anna Cervinka est délicieuse – il faut dire que ces rôles de nunuches lui vont si bien ! Clothilde de Bayser, qu’on attendait moins dans ce type de rôle, remplit la mission en forçant un peu le trait – mais n’est-ce pas le texte qui veut ça ? Veronique Vella est en parfait décalage avec les deux comédiennes, elle apporte une douce humanité dans un rôle qui se voudrait poétique. Cécile Brune s’impose sans difficulté dans ce rôle de femme d’affaire aux « qualités masculines », mêlant à son autorité naturelle une touche de sensibilité bienvenue. Du côté des hommes, saluons les belles performances d’un Nâzim Boudjenah en pleine forme surfant tranquillement sur les clichés, de Alexandre Pavloff, torturé et assumant des propos bien trop catégoriques, et enfin Sebastien Pouderoux qui rejoint Véronique Vella sur son jeu en décalage, avec ses espèces d’envolées lunaires.
8 déc. 2017
1,5/10
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Spectacle tout en longueur et sans aucun intérêt à la Comédie Française (salle Vieux Colombier).

En bref, des employés de bureau se retrouvent en cachette sur le rooftop de leur immeuble de travail pour fumer des cigarettes, ce qui est totalement interdit. Ils discutent, sur des platitudes au début puis se confient un peu plus en fin de pièce sur leur vie. Ils attendent la pluie, qui n'est pas tombée sur leur ville depuis plus de deux ans.

Ce que je n'ai pas aimé :
- la pièce sonne très faux : tant le texte que les personnages. Le texte tout d'abord, a aucun moment on ne croit à ces conversations de bureau. Les personnages s'insultent tous (ce qui n'arrive jamais dans l'univers ultra polissé de l'entreprise), n'ont aucun tabou, ou alors quand ils se livrent c'est dramatique (ce qui n'arrive jamais en entreprise non plus). A se demander si l'auteur a déjà travaillé en entreprise avant de vouloir prétentieusement en décrire les rapports de force. Les personnages sonnent faux aussi, dans leur crise, leur joie, leur peine...
- Manque total d'intéret de la pièce, alors que le sujet était intéressant
- La pièce est vulgaire : les paroles, les clichés, le jeu des comédiens

Les rares choses que j'ai apprécié tout de même :
- la vitesse de la propagation des rumeurs au travail
- la mise en scène : très belle salle du Vieux Colombier, avec une belle scène et de belles lumières

Vraie déception à la Comédie Francaise ! A tout ceux qui ont aimé, et qui ne sont pas d'accord avec ma critique, je suis dispo pour en discuter.