Splendid’s

Splendid’s
De Jean Genet
Mis en scène par Arthur Nauzyciel
Avec Xavier Gallais
  • Xavier Gallais
  • James Waterston
  • David Barlow
  • Neil Patrick Stewart
  • Timothy Sekk
  • Daniel Pettrow
  • Rudy Mungaray
  • Jared Craig
  • Ismail Ibn Conner
  • Michael Laurence
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

En anglais. Au 7e étage du Splendid’s Hôtel, sept gangsters sont encerclés par la police. Ils ont kidnappé la fille d’un milliardaire américain. Aucun doute sur l’issue à venir : elle leur sera fatale. Sous le regard d’un flic qui trahit son camp pour les rejoindre, ils tentent de retarder l’assaut.

Genet s’abandonne avec sensualité à une imagerie hollywoodienne, pare ses malfaiteurs d’une douceur vénéneuse, et raconte comment huit hommes respirent à l’unisson les dernières minutes de leur vie. La parole s’y déploie et circule d’un corps à l’autre, comme un chant d’amour et de mort. Écrite pendant les années de prison de Genet, la pièce fut achevée en 1948 et enthousiasma Sartre, qui la trouvait plus forte que Les Bonnes.

Mais Genet renia l’oeuvre, dont une copie fut retrouvée après sa mort, en 1993.

 

Accompagné d’une équipe artistique fidèle, Arthur Nauzyciel poursuit avec Splendid’s son travail au plus près du texte. En mêlant acteurs français et américains, en faisant jouer la pièce en anglais, il a imaginé son spectacle comme la matérialisation du rêve de l’auteur – entre film noir et apparition. Splendid’s est une pièce qui mérite bien son nom.

Note rapide
4,5/10
pour 2 notes et 2 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
50%
1 critique
Note de 8 à 10
50%
Toutes les critiques
23 mars 2016
9/10
45 0
Encerclés par la police, sept bandits sont retranchés au Splendid’s Hôtel où ils exécutent la fille d’un milliardaire américain qu’ils ont kidnappée. Tentant de retarder l’assaut final dont l’issue ne peut que leur être fatale, ils se lancent dans un véritable chant d’amour et de mort où les corps, retranchés entre quatre murs d’un vert d’espérance, s’expriment dans un ballet de sensualité pour être ce qu’ils n’ont jamais été, le temps d’un huis-clos renfermant des rêves intimes et inavouables sur fond de violence et de sexualité bridée faiblement éclairés par la lumière tamisée d’un couloir et brisant les chaînes de certains tabous de la sexualité masculine où chacun peut s’offrir « le luxe d’être lâche » au moment de passer de la vie à la mort bien que l’on « n’abandonne jamais sans regret ».

La représentation s’ouvre avec la projection du seul film de Jean Genet, Un chant d’amour, réalisé clandestinement en 1950, où il transcende de façon délicate et sensuelle le désir sexuel passionné des prisonniers épiés par le regard envieux d’un maton retranché derrière le judas de la cellule. Les corps sont filmés de manière délicate, exprimant un amour physique, tendre et charnel, une sexualité crue et explicite qui met nos sens en émoi sans jamais verser dans la vulgarité. Dans Splendid’s, véritable prolongement de l’œuvre tournée en 35mm, film muet et en noir et blanc, qui se déroule sans transition, comme la bande-son et version colorisée de deux créations complémentaire, la figure du gardien de prison se retrouve pleinement dans le rôle du policier fasciné par les gangsters qu’il a rejoint en trahissant les siens pour mieux les infiltrer et les faire tomber. La grande Jeanne Moreau prête sa voix rauque et sensuelle à la journaliste qui commente sur les ondes les événements de cette prise d’otage qui se déroulent à l’intérieur de l’hôtel. Quand au fiévreux Xavier Gallais, il envoûte le plateau par ses revirements et fait monter la température par son charisme brûlant et langoureux, expression d’un désir inné et émanent de chaque pore de sa peau. Tous les éléments sont réunis pour instaurer une tension palpable et oppressante, tension aussi bien psychologique pour ceux qui sont à l’extérieur que sexuelle pour ceux qui errent avec leurs fantasmes entre les quatre murs de l’hôtel où les portes, surmontées par deux visages communiquant faiblement par une bouche ouverte et prête à réceptionner le désir de l’autre au niveau de l’arrête d’un couloir comme c’était déjà le cas dans le film à travers un minuscule trou dans la cloison, sont alignées et rappellent sans mal la géométrie des cellules carcérales.

La pièce a survécu à son auteur qui a détruit son manuscrit pour ne pas voir son œuvre mise en scène. Cependant, une copie a été retrouvée chez son éditeur et il aurait été bien dommage de garder ce chef-d’œuvre inconnu, magnifique mise en abyme du Journal du voleur où Jean Genet racontait ses errances d’ancien prisonnier et de délinquant, homosexuel fasciné par la beauté des bandits, du mal et de la violence. Arthur Nauzyciel nous offre, en montant la pièce un anglais, un véritable voyage dans une langue qui viendrait explorer chaque parcelle d’un corps beau, désirable, à la fois illusoire et réel. La représentation est un fantasme élégant, d’une grande sensualité injectée comme un doux venin dans des corps délectables. Œuvre provocante et subversive, elle ne peut laisser indifférent même si, pour notre part, nous avons trouvé cela esthétiquement très beau et fascinant, d’une intensité marquante qui a su nous plonger délicatement dans un doux flottement, entre désir et réalité. Un souffle onirique splendide qui dérange, interpelle et déstabilise mais qui fait de cette pièce particulière jusque dans son dispositif scénique un bijou magnifié sous le regard expert d’Arthur Nauzyciel, plus sulfureux que jamais.
20 mars 2016
4,5/10
43 0
Avec Splendid’s, on s’attend à une déferlante de sueur, d’érotisme, de tension. Fasciné par l’univers carcéral (qu’il a connu de l’intérieur en tant que détenu), Genet y projette ses fantasmes de grandiloquence hollywoodienne sur fond de huis-clos sombre. Si la version qu’en propose Arthur Nauzyciel à la Colline bénéficie d’une intensité de jeu palpable, elle manque paradoxalement de promiscuité et de fièvre. En privilégiant la forme opératique du cauchemar, le directeur du CDN d’Orléans souligne la mise en abyme de ce jeu de rôles en laissant un peu de côté les relations entre cette Pléaide de gangsters.

Pourtant, la soirée commence par une odeur moite de transgression et de sexe. Nauzyciel a opté pour la projection d’Un chant d’amour en guise de préambule. Ce court film muet tourné sous le manteau en 1950 avait subi l’ire de la censure. Un maton épiait avec un plaisir non dissimulé des prisonniers en train de se masturber avec langueur. Pulsion scopique oblige, on flirte ici avec les interdits entre désir et refoulement, projection et contenance. Terriblement sensuelle, poétique, cette déclaration d’amour n’a pas pris une ride.

Ensuite, sept voyous enfermés dans un hôtel de luxe attendent la venue de la mort après avoir kidnappé et assassiné la fille d’un millionnaire. Compte à rebours fatal, ce ballet mortifère joue la carte du dernier rôle : quitte à plonger dans le Styx, autant s’offrir un dernier coup d’éclat. Travestissement, transfert de personnalité, retournement… Et quand en plus, un flic (Xavier Gallais, bien dérangé) décide de trahir son camp et de prouver sa fidélité, l’affaire se corse. Le nouveau venu refuse d’abdiquer mais les loubards sont bien fatigués de leurs sales coups… Alors, capituler ou résister ?

En mal de lâcher-prise
Assisté de Damien Jalet, Nauzyciel soigne les poses de ses acteurs : transformés en tableaux vivants, ils deviennent stylisés par leurs mouvements. Cet agencement des corps est renforcé par la disposition du décor, pensé comme un grand corridor d’hôtel avec une multitude de portes. Les entrées et sorties sont parfaitement millimétrées, tout témoigne d’une grande maîtrise. Un peu trop d’ailleurs. On pourra longtemps chercher le lâcher-prise, le souffre lancinant des attirances. Cette version pêche par trop de cogitations cérébrales. Il faut dire que le texte de Genet n’aide pas vraiment : ultra bavard, il désamorce toute tentative de rapprochement, de pause. Le débit kalachnikov et l’anglais sous-titré ne facilitent pas non plus la compréhension. On a constamment l’impression d’être pris en otage et d’étouffer… C’est peut-être volontaire après tout.

Si Nauzyciel s’attache à retranscrire cet univers cauchemardesque et mental en déréalisant l’affaire à coup de jeu maniéré et distancié, le huis-clos proprement spatial, lui, n’opère pas car la scénographie imposante et largement ouverte sur le dehors accroît d’autant plus l’éloignement physique des acteurs. Le spectacle aurait sans doute mieux convenu à la petite salle de la Colline.

En confrontant le court film de Genet à sa propre mise en scène, Nauzyciel se tire une balle dans le pied : là où un chant d’amour mêlait onirisme et sexe crasse ; saleté et sublimation ; son Splendid’s manque d’accroche terrienne, de contact. Trop perché sur les cimes d’un rêve noir éthéré, son travail peine à emballer malgré des comédiens investis. Dommage.
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor