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Réparer les vivants

Réparer les vivants
De Maylis de Kerangal
  • En tournée dans toute la France
Itinéraire
Billets de 17,00 à 38,00
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Une course contre la montre, tissée d’histoires intimes, de pratiques cliniques et de questionnements.

Une langue musicale, rythmique portée par l’urgence.

Un texte qui palpite de vie.

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"Ce qu'est le coeur de Simon Limbres..." Ainsi commencent le livre de Maylis de KERANGAL et l'adaptation théâtrale mise en scène par Sylvain MAURICE pour cette création au théâtre de Sartrouville. C'est la première phrase lancée par Vincent DISSEZ quelques secondes après avoir pris place dans la très belle scénographie d'Eric SOYER. Belle et solennelle : sur le fond noir de la salle et des pendrillons une structure en arc, noire elle aussi, surplombant un tapis roulant, noir, tandis que la plateforme accueille une Joachim LATARJET et ses instruments de musique. Au fond une rangée de lumière blanche jette sa lumière froide et fait jaillir des éclairs d'acier.

Vincent DISSEZ se lance alors dans le récit de cette journée tragique. 24h de drame et d'espoir. Simon Limbres a 19 ans. Il aime la vie et Juliette, il aime la musique et la mer. Ce dimanche matin il croisera son destin au retour d'une virée de surf. L'accident de voiture a l'issue duquel il est déclaré en mort cérébrale. Le choc. L'hôpital. Les parents. La possibilité d'un don d'organe. Pour Pierre Revol et Thomas Remiges la possibilité de sauver des vies, pour que la mort de Simon ne soit pas vaine.

La scénographie, le jeu, la musique, la mise en lumière, le rythme et le phrasé du texte, tout concourt à créer une atmosphère tendue. Si au départ on a un peu de mal à rentrer dans l'histoire de Simon, la voix, la musique captent l'attention. Le récit se déroule dans un premier temps entièrement tendu vers le constat de l'état de Simon et l'attente de la décision des parents. La batterie fait entendre ce cœur qui bat encore. La musique et les lumières rythment ces moments de doute, d'angoisse, d'espoir, ces accélérations et ce tempo qui parfois ralenti, accorde au spectateur des pauses. Vincent DISSEZ semble en équilibre sur ce tapis roulant qui avance, inexorablement vers la fin de cette journée compte à rebours. Colère, Déni. Incompréhension. Stupeur. La tension monte. Le public est figé, silencieux, tendu dans l'attente d'un mot.

Un mot qui vient comme une libération pour tous. Alors le spectacle entre dans une seconde phase, plus clinique. Dans sa présentation de sa création Sylvain MAURICE écrit "Réparer les Vivants est un grand livre grâce à son style : une langue magnifique, une narration haletante, des personnages hauts en couleur". S'il a su garder la précision, la beauté de l'écriture de Maylis de KERANGAL et le rythme de ce récit, il manque l'épaisseur des personnages. Ceux qui n'ont pas lu le livre seront happés par l'histoire mise en scène d'une manière très clinique, reprenant la précision technique de l'auteur. Ceux qui ont lu le livre regretteront de ne pas y trouver tous les petits détails qui font de chacun des acteurs de cette journée des êtres humains de chair et de sang, animés par leurs passions et leurs émotions.

Une adaptation d'une grande qualité mais des choix mettant l'accent sur l'aspect médical qui font perdre au roman sa force d'évocation de l'humain. Néanmoins une scénographie, une mise en scène et une interprétation procurant d'intenses émotions.
11 avr. 2016
8/10
100 0
Un texte puissant et une mise en scène électrique, qui prend aux tripes.

Très belle performance d'acteur et de musicien.
20 févr. 2016
9,5/10
82 0
J'ai vu Réparer les vivants en avant-première au Théâtre de Sartrouville (78). J'ai été éblouie. Comme tous les spectateurs. Même si le dispositif scénique est un peu froid, un peu raide ... il fonctionne si parfaitement qu'on ne peut que plébisciter le spectacle.

J'avais lu le livre après avoir rencontré son auteure, Maylis de Kerangal, il y a quasiment un an, à Antony (92). L'adaptation théâtrale me semblait impossible. J'avais d'ailleurs été surprise de voir que Emmanuel Noblet s'en était déjà saisi et avait présenté sa création en Avignon l'été dernier. Je n'y étais pas et je ne ferai donc pas de comparaison. avec la version de Sylvain Maurice qui, je l'ai appris depuis, a fait d'autres choix artistiques.

Le directeur du théâtre de Sartrouville (depuis janvier 2013) n'a pas monté l'oeuvre in extenso et a fait des coupes mais j'ai retrouvé l'essentiel des propos de Maylis de Kerangal. J'ai eu le sentiment d'entendre le livre en revivant, en plus fort, les émotions qu'il avait provoqué en moi. J'aurais été curieuse d'entendre l'avis de l'auteure mais elle n'était pas parmi nous pour cette avant-première, étant en voyage en Scandinavie.

De retour d'une session de surf dans le pays de Caux, trois lycéens sont victimes d'un accident sur la route qui les ramène au Havre. Simon, 19 ans, blessé à la tête, est déclaré en état de mort cérébrale. Ses parents ayant autorisé le don d'organes, le récit suit le parcours de son coeur et les étapes d'une transplantation qui bouleverse de nombreuses existences.

Sylvain Maurice a sollicité les spectateurs avec beaucoup d'humilité en demandant qu'on lui donne nos avis, critiques et suggestions : le spectacle se finalisera grâce à vous. Il était aussi touché que nous ayons été si nombreux à faire le déplacement alors que le plan Vigipirate renforcé stresse tout le monde. Il faut continuer à vivre, merci, a-t-il ajouté.
Cette petite phrase est touchante à plus d'un titre car c'est aussi le sujet de la pièce. Ce sont majoritairement des compliments qu'on avait envie d'adresser à toute l'équipe.

J'ai eu le sentiment de voir un spectacle abouti. beaucoup de lycéens étaient dans la salle et leur qualité d'écoute est si rare que c'est bien là le signe d'un travail scénique et d'un jeu d'acteur très justes.

S'il faut émettre une opinion je dirais que les lumières sont parfois peut-être un peu aveuglantes. le spectacle commence plein feux. Les spectateurs n'ont pas l'habitude de se trouver ainsi exposés. C'est quand le texte annonce que soudain tout s'est emballé, nous sommes plongés dans le noir, comme si nous avions basculé dans une autre temporalité.

La musique et les bruitages accompagnent le comédien. Des claquements de langues retentissent et on croit percevoir le fracas des vagues. Plus tard la musique électronique évoquera les pulsations cardiaques. La guitare électrique grince et le pire est à craindre. Nous vivons désormais au rythme de la transplantation.
Et au moment de l'accident tout s'assombrit; le tapis devenant la métaphore d'une boite rectangulaire comme un cercueil.

L'idée du tapis est judicieuse. C'est bien à une course pour la vie que nous assistons. Si au début de la pièce on voit Simon danser sur cet espace, à la toute fin on aura l'impression de le voir surfer sur l'océan, de nouveau pleinement vivant.

Tout est clair : depuis que Maurice Goulon a publié en 1959, un article sur les signes avérés du coma dépassé chez une série de patients sans activité cérébrale et incapables de respirer seuls, l'arrêt du coeur n'est plus le signe de la mort mais l'abolition des fonctions du cerveau, ce qui a initié l'essor des greffes d'organes.

La question du don est délicate. Les parents n'ont pas beaucoup de temps pour se prononcer et invoquer la générosité est "trop facile" comme dit le père avec colère. A-t-on le droit de refuser ? le corps de Simon n'est pas un stock d'organes sur lequel faire main basse !

La question de la culpabilité aussi. Du père à l'égard du fils à qui il a enseigné la folie dangereuse du surf. La question du pardon aussi : c'est ce que tu lui as donné de plus beau répondra la mère.
L'oralité qui est si importante dans l'oeuvre de Maylis de Kerangal sert la pièce. On entend chaque mot et chaque mot dégage tout son sens. Vincent Dissez donne vie à tous les protagonistes retenus par Sylvain Maurice, effectuant un travail remarquable.

On pourra regretter que l'ellipse soit faite sur l'infirmière, la petite amie de Simon et laisse peu de place aux parents. Mais il fallait faire des choix et l'ensemble est cohérent. Et le parti pris de faire résonner plusieurs voix dans un même corps est pleinement réussi.
Eric Soyer (qui travaille aussi pour Joël Pommerat) a conçu un décor qu'il modèle avec des lumières qui découpent des lieux différents, jusqu'au plus intime de Simon au moment où le clampage remet son coeur en route dans une autre poitrine. Le plateau est alors comme irradié de rouge.

Et la lumière monte quand il est question du rituel funéraire du héros grec pour lui garantir une place dans la mémoire des hommes. Joachim Latarjet accompagne les vingt-quatre heures de cette vie en suspens et sa présence au-dessus de la scène l'intègre au dispositif.

Je recommande vraiment ce spectacle tout autant que la lecture du livre. Avant, après, cela ne me semble pas déterminant pour apprécier. Il se pourrait qu'ensuite vous souhaitiez prolonger en (re)lisant Platonov d’Anton Tchekhov car c'est à lui que Maylis fait référence avec son titre tiré d’un dialogue entre Voïnitzev et Triletzki, dans lequel le premier demande : "Que faire Nicolas ?" au second qui répond : "Enterrer les morts et réparer les vivants."
8 févr. 2016
8/10
87 0
Quatre heures. Quatre heures, c’est le laps de temps maximum qui doit s’écouler entre le moment où le cœur est retiré d’un corps en état de mort cérébrale et le moment où il est transplanté dans la poitrine d’une autre personne. Quatre heures d’urgence pendant lesquelles une course contre le temps est engagée, une course contre la mort et pour la vie. Le roman de Maylis de Kerangal, paru en 2014 et plusieurs fois primé, raconte cette course folle à partir de l’accident de Simon Limbres. Simon avait 19 ans, il venait de surfer, lui et ses amis ont raté un virage. Simon est en état de mort cérébrale, son cœur est intact.

De la déclaration de mort cérébrale, l’annonce aux parents de Simon, le déclenchement de la greffe (sélectionner un receveur, listes d’urgences, choix de compatibilité, annonce au receveur, préparation de la greffe), le metteur en scène Sylvain Maurice garde l’essentiel : l’aspect clinique, hospitalier, médical. L’urgence de transplanter, sauver une vie à partir d’une autre vie. Aller vite, aller à l’essentiel, et garder l’essence du texte, l’urgence, la froideur médicale, l’application méthodique et rigoureuse qui s’impose pour le corps médical. Ecarter volontairement l’humain derrière le corps, pour se consacrer à la science. Oublier les sentiments, garder la froideur, être opérationnel, efficace. Sauver une autre vie, puisque celle-ci est perdue, aller vite.

Le dispositif scénique est froid, mécanique : un tapis roulant sur lequel évoluera Vincent Dissez, surplombé d’un portique où joue Joachim Latarjet, le musicien qui accompagne le récit. Les lumières, crues, blanches, évoquent le bloc opératoire mais aussi l’aspect clair-obscur de l’entre vie et mort. Vincent Dissez, raconte, parle, court, ralentit, danse sur ce tapis roulant. Il est le Dr. Révol, le médecin qui annonce la mort, il est Thomas Rémige, infirmier coordinateur des greffes, il est Sean, le père de Simon, il est Marianne sa mère ou Claire, qui recevra le cœur de Simon. Il est hypnotique et solaire, fascinant. Les musiques de Joachim Latarjet sont douces, vives, pop ou électro et épousent le texte elles-aussi.

Une course folle, donc, urgente, une frénésie clinique, une énergie pressante. Sylvain Maurice a fait le choix volontaire d’écarter la dimension émotionnelle du récit pour mettre en exergue l’urgence, la précision, la concentration. Si la dimension humaine est bien présente (l’annonce de l’accident, le désespoir des parents de Simon, leur refus d’accepter, puis la résignation, l’acceptation), elle est réduite a minima pour éviter tout débordement de pathos. On en oublie parfois ce qui faisait battre le cœur de Simon, tout ce qui était impalpable et chimique, tout ce qui faisait qu’il n’était pas seulement un cœur, un organe, mais aussi un jeune homme.

Un spectacle beau et froid.
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Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor