L'Ombre

L'Ombre
  • Théâtre du Gymnase
  • 38, boulevard de Bonne-Nouvelle
  • 75010 Paris
  • Bonne Nouvelle (l.9)
Itinéraire
Evénement plus programmé pour le moment
Achat de Tickets

Une femme raconte ses 37 ans de mariage le temps de la cuisson du poulet.

Ses jours, ses nuits appartiennent à Georges, Georges et ses costumes trois pièces, Georges et sa cravate pliée en huit, Georges qui n’aime pas le bruit, Georges qui l’ennuie. Et si la vie pouvait être autre chose, de l’autre côté de la rue, dans la petite épicerie orange… sans Georges.

Note rapide
0 critique
Note de 1 à 3
0%
0 critique
Note de 4 à 7
0%
2 critiques
Note de 8 à 10
100%
Toutes les critiques
14 déc. 2019
9,5/10
0 0
Je connais Alma Brami comme romancière depuis quelques années. J'ai été étonnée qu'elle écrive pour le théâtre mais cette surprise est très heureuse.

Alma Brami avait été révélée lors de la rentrée littéraire 2008 avec son premier roman Sans elle, couronné par de nombreux prix. Son talent s'était confirmé avec Ils l'ont laissée là en 2009, Tant que tu es heureuse en 2010. C'est pour ton bien en 2012 (Mercure de France), puis avec Lolo en 2013, dans la collection "Miroir" dirigée par Amanda Sthers (Plon). Salué par la critique, son sixième roman J'aurais dû apporter des fleurs sorti en folio Gallimard en août 2016, a reçu le prix talent de la Forêt des Livres. L'année suivante c'était Qui ne dit mot consent, toujours au Mercure de France. L'Ombre est sa première pièce de théâtre.

Quelle bonne idée d'avoir repris un texte qu'elle avait conçu dans une version adaptée au festival Le Paris des Femmes pour le faire évoluer en un seule en scène qui soit un spectacle à lui tout seul.

Elle a écrit un monologue aux petits oignons pour Dédeine Volk-Leinovitch et comme je regrette de n'avoir pas remarqué la pièce cet été pendant que j'étais en Avignon où elle fut jouée au Théâtre de l'Observance !

J'ai retrouvé l'écriture de par exemple Qui ne dit mot consent ... en plus incisif. Car après avoir serré le veston du mari contre elle en riant, après avoir annoncé qu'on était mardi, jour de fête, célébré depuis 37 ans par un poulet, toujours identique, mais farci différemment pour respecter le rituel sans pour autant lasser, après nous avoir relaté la vie incroyablement heureuse que Georges lui a fait vivre, cette femme s'enflamme et finit par nous confier tout ce qu'elle a sur le coeur.

Elle vit dans le quartier de Maison-Blanche et elle fait ses courses rue Vandrezanne. Elle a posé tout à l'heure quelques sacs sur la gazinière tandis que Mireille Mathieu s'égosillait à chanter Une histoire d'amour. Composée en 1971 par Francis Lai et écrite par Catherine Desage, c'est la musique du film Love Story qui fut un succès planétaire et qui a fait pleurer toute une génération. Le ton est donné. Il est probable qu'il y a un drame qui couve.

En attendant de le découvrir on assiste à la préparation des patates et à leur enfournement. La viande sera posée dessus plus tard. On est dans la veine de Un coeur simple, avec une héroïne "ordinaire" qui a vécu 37 ans de contraintes sans se plaindre, à faire semblant d'apprécier une vie étriquée qui ne correspondait sans doute pas à ses aspirations mais dont elle se satisfaisait parce qu'elle croyait que c'était cela l'amour.

Pourtant elle n'est pas aveugle. Elle analyse le moindre comportement de sa voisine, de son boucher, de son épicier ... et de son mari. On la devine à la fois forte et fragile et on n'est pas étonné de la voir craquer lentement mais sûrement, en un crescendo d'amertume. Jusqu'au dénouement final dont je ne vous dirai rien mais qui peut surprendre, même si je l'ai trouvé atrocement logique.

Le texte est un savant dosage d'humour, de suspense et de psychologie. Emaillé de répétitions, d'argumentations, de justifications, d'expressions et de proverbes parfois réinventés. Elles sont des millions à avoir perdu l'accès au monde extérieur et à être devenue l'ombre d'un amour qui s'est mué en tyran domestique. Quand on aime tout passe, jusqu'à ce qu'un jour un détail reste en travers de la gorge.

La bande son est très juste et pourtant éclectique entre une chanson de Mireille Mathieu, l'Impromptu No 1 in C Minor, Op 90 de Schubert et la musique et la musique de science-fiction de Hans Zimmer pour Interstellar.

L'Ombre est un des meilleurs spectacles que j'ai vu depuis quelques semaines. Dédeine Volk-Leinovitch est exceptionnelle. La mise en scène de Dimitri Rataud est parfaite. Les lumières sont précises et font vivre un décor minimal mais suffisant. Alma Brami peut (doit) continuer à écrire pour le théâtre et pour cette formidable comédienne. Je courrai voir sa prochaine pièce !
9,5/10
0 0
... Un monologue théâtral brillant. Un texte captivant et ficelé serré. Une interprétation littéralement stupéfiante. À ne surtout pas manquer !
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor