Iphigénie en Tauride

Iphigénie en Tauride
  • Théâtre des Champs-Élysées
  • 15, avenue Montaigne
  • 75008 Paris
  • Alma Marceau (l.9)
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La condition humaine au travers du filtre de la tragédie lyrique : le chef-d’œuvre de Gluck où il renonce à tout apparat pour exposer la chair du drame à vif.

 

 

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30 juin 2019
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Fin de saison brillante au Théâtre des Champs Elysées, qui nous offre la première version d’Iphigénie en Tauride, 1779, -créée en français- œuvre testamentaire, en quelque sorte, de Gluck.

Avec cet ouvrage, le musicien ouvre, définitivement, une voie nouvelle à la tragédie en musique : apparition des chœurs, récitatifs accompagnés de l’orchestre, ouvertures d’envergure, abandon des intrigues secondaires, concision dramatique et retour aux sources du mythe. Et c’est superbe !

L’histoire, inspirée d’Euripide, on la connait : Iphigénie a été sacrifiée par Agamemnon, afin que la flotte grecque puisse partir pour la guerre de Troie, pour venger le rapt d’Hélène et la récupérer… Clytemnestre pour venger sa fille immolée aux dieux, assassine son époux à son retour. Leur fils Oreste tue sa mère, pour venger son père. Bref une malédiction sans fin ! Mais Diane avait veillé au grain lors du sacrifice… et avait subrepticement remplacé l’innocente Iphigénie par une biche et l’avait transportée en Tauride où elle était devenue prêtresse de Diane.

Ce lieu est cependant loin d’être paisible. Y règne un roi, Thoas, qui pour calmer ses terreurs et conjurer les Dieux demande, exige le sacrifice de tout étranger qui se présente sur ses terres car une prophétie lui a annoncé qu’il serait tué par un étranger. Manque de chance, c’est justement Oreste, fuyant sa mère patrie, sous une fausse identité, accompagné de son ami Pylade qui se présente. La malédiction une fois encore est en marche…

L’ouvrage commence ici, avec les lamentations d’Iphigénie sur la malédiction de sa race. Très belle langue du livret pour servir la musique émouvante de Gluck. Les interprètes d’excellente diction, même ceux dont le français n’est pas la langue maternelle, nous délivrent de la nécessité de lire le sur-titrage, nous permettant ainsi de nous concentrer sur la scène. Mais c’est bien qu’il y ait du sur-titrage. Certains théâtres en font l’économie : par exemple l’Athénée et quand les chanteurs articulent mal, on ne peut pas suivre, même en français (cf. une récente expérience avec le testament de la tante Caroline) Très belle interprétation : Une merveilleuse mezzo- soprano, Gaelle Arquez, Iphigénie (une étoile montante à suivre !) vêtue d’une longue robe noire, qui chante et danse aussi, avec brio, il faut le dire, au milieu de danseurs et danseuses qui occupent le plateau tout entier, danseurs avec lesquels elle se retrouve presque continuellement.

Ces danseurs qui interprètent tour à tour, scythes, euménides, grecs, guerriers, etc…dans une chorégraphie toute en fureur et en violence, sont un peu encombrants…Les solistes n’ont d’autre choix que de partager l’espace. Il leur faut parfois enjamber les corps, au risque de perdre de vue le chef. La scène, une sorte de boite à 3 panneaux sombres, où s’inscrivent les noms des héros de la malédiction Agamemnon, Iphigénie, Clytemnestre avec un jeu de lumières qui agrandit les silhouettes. La scène est nue. Carsen aime bien ce genre de dispositif… qui est devenu chez lui, une sorte de marque de fabrique. Du coup, le chœur est relégué dans la fosse. On ne voit que les têtes ! Mais leurs chants sont sublimes. Oreste, incarné par le baryton Stéphane Degout, tourmenté et poignant est exceptionnel Les autres interprètes ne sont pas en reste : très grande homogénéité du plateau. Très belle intervention de Catherine Trottmann, Diane, depuis l’Olympe, le 1er balcon du TCE, signifiant pardon et fin de la barbarie. La malédiction prendra fin, les dieux ne seront plus en colère et Oreste pourra rentrer à Mycènes pour y régner, car ses remords ont effacé ses forfaits. Et Iphigénie sera rendue à la Grèce étonnée.

Thomas Hengelbrock, désormais parisien, et ayant le dit-il « un fort désir du répertoire français, après 30 ans d’environnement germanique » dirige son Balthasar Neumann Ensemble tantôt en protagoniste du plateau vocal, tantôt en soutien de son discours. Ça se joue encore ce dimanche : alors n’hésitez pas, vous devriez oublier la chaleur de l’extérieur et vibrer avec la musique de Gluck.
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Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor