Grisélidis

Grisélidis
De Grisélidis Réal
Avec Coraly Zahonero
  • Coraly Zahonero
  • En tournée dans toute la France
Itinéraire
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« La seule chose qui peut sauver l’humanité, c’est le travail collectif et le chemin qui mène au travail collectif commence dans le coeur de l’individu isolé. »

Cette petite sentence de Bertrand Russel me remonte le moral. Il faut donc continuer à se battre sans jamais se décourager. C’est tout.

Moi je ne supporte pas l’injustice et l’hypocrisie, il faut mettre sur la table la vérité, il faut la regarder en face et il faut l’accepter, il faut la soutenir, il faut la démystifier.

C’est possible, au lieu de la haine, du mépris, de l’incompréhension...

Grisélidis Réal  

 

Grisélidis est une adaptation et interprétation de Coraly Zahonero, qui reprend les écrits et interviews de Grisélidis Réal (artiste, prostitué, décédée en 2005) pour redonner vie à sa parole et son combat pour la liberté de ces femmes prostituées.

 

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22 août 2016
7/10
75
Après avoir donné quelques représentations au Studio-Théâtre dans le cadre des Singulis de la Comédie-Française, Coraly Zahonero a pris ses quartiers d’été au Petit-Louvre d’Avignon, petite chapelle intimiste, pour faire entendre à nouveau la parole de Grisélidis Réal, célèbre prostituée des années 60-70 qui a lutté pour les droits des « professionnelles du sexe », véritables princesses de l’amour.

C’est dans une salle comble que nous sommes partis à la découverte de cette figure emblématique de la prostitution, Grisélidis Réal, qui, bien plus que de contenter uniquement la satisfaction sexuelle des hommes, témoignait d’une compréhension infinie, tentant de soulager leurs souffrances. Celle qui est bouleversée par l’humanité de ses clients qu’elle voit comme des patients se met dans la peau des autres et aime les gens même si ce n’est pas toujours aussi simple. « Je suis passée de l’autre côté, celui dont on ne revient pas » dit-elle avant d’ajouter « si vous avez le courage de m’écoutez, vous prenez des risques ».

Des risques, nous n’avons pas eu l’impression d’en prendre en venant ce soir-là nous confronter à une féministe engagée. Sur le plateau, la métamorphose est bluffante. Coraly Zahonero nous offre bien plus qu’une incarnation : elle fait revivre la prostituée au grand cœur, la putain absolue. Elle exerce sur nous une sorte de fascination doublée d’une compassion qui nous la rend empathique d’entrée de jeu. Regard doux, diction irréprochable, parole crue pour traduire un profond désir d’amour, elle se raconte elle-même, se livrant sans retenue dans un portrait à la fois sensible et sincère. Le texte, documenté et parfaitement dosé, possède une force incroyable. Les mots, nécessaires, résonnent dans la salle et nos esprits. L’artiste-prostituée renaît grâce à la performance scénique d’une grande actrice, toute en pudeur, sincérité et générosité. L’émotion nous effleure, nous touche, nous emporte. L’humour s’invite pour alléger par petites touches un thème grave et une réalité forte mais cela se fait toujours avec bienveillance. Les silences, nécessaires, sont distillés à bon escient tandis qu’Hélène Arntzen au saxophone et Floriane Bonnani au violon nous envoûtent avec des airs jazzy aux saveurs gitanes qui contribuent à l’intériorisation et l’identification des paroles données avec une gouaille impressionnante mais surtout une passion intacte, au sens antique que l’on donnait à ce mot. .

Côté scénographie, un intérieur douillet et chaleureux, plein de vie et d’humanité, à l’image de sa propriétaire. Tout se construit avec amour et tendresse, aussi bien dans les déplacements que les regards, les mots, les gestes. Par instant, une douce mélancolie nous étreint mais cela ne dure pas. Ce seul-en-scène n’est pas conçu pour sombrer dans le pathos. Alors l’énergie se fait triomphante au fur et à mesure que la description d’un quotidien pas tout rose se fait. Un sublime écrin pour une parole nécessaire où « tout est inéluctable : la vie, la mort, la maladie, les fêtes, le théâtre… rien n’est définitif ».

Quand la beauté s’allie à la révolte, cela donne un regard plein d’humanité qui se pose sur la société, celle de l’époque, mais la nôtre également, à travers les putains que Grisélidis représente, elle qui a lutté toute sa vie pour que ses semblables accèdent au respect. Grisélidis c’est un texte, une actrice, une incarnation mais aussi et surtout un coup de cœur. « Le bonheur se gagne, se cultive et se rêve aussi ». Quelle magnifique découverte que ce monologue qui rend sur scène une parole oubliée, celle de la liberté humaine revendiquée par Grisélidis Réal dans un combat féroce afin de faire reconnaître, à sa juste valeur, l’utilité sociale d’une telle profession face à la souffrance des êtres. Il faudra guetter la reprise à Paris ou en province de ce bijou scénique empli d’humilité. En attendant, appliquons tous à la lettre le dernier conseil donné : « Je vous souhaite d’être vous-mêmes en vous foutant du reste ». Sage parole d’une femme qui avait tout compris de l’humanité et de sa complexité.
16 juil. 2016
9,5/10
80
"On ne se remet jamais d’une enfance massacrée"

Coraly Zahonero s’attaque à ce récit avec détermination et douceur à la fois. Accompagnée de deux musiciennes, Hélène Arntzen au saxo et Floriane Bonnani au violon, elle incarne la prostituée avec un mimétisme étudié jusque dans les moindres détails : coiffure, maquillage, bijoux et un petit accent suisse mâtiné d’une légère gouaille. Tour à tour provocante, humaine, douce, crue, elle raconte les clients, les bossus, les petits, les brutes, ceux qui veulent parler, ce qui veulent se sentir aimés. Elle raconte aussi son enfance, sa mère , le divorce, la fuite, la prison, et comment elle est devenue, elle a choisi, de se prostituer.

"On ne fait pas l’amour, on soulage des hommes qui ont besoin de nous"

L’atmosphère est cosy, tamisée, et la mise en scène est savamment étudiée : les intermèdes des musiciennes viennent adoucir en temps venu le récit, les silences savamment dosés de Coraly Zahonero apportent respiration et laissent planer les mots en suspens dans la salle. Des mots qui sont crus parfois, tendres souvent, et le récit devient saisissant d’humanité et de ferveur, d’humilité et de charisme. Dans la dernière partie, Grisélidis s’adresse à son amant disparu et le texte devient d’une sensualité troublante magnifiquement poétique.

Que dire de plus ? On se régale devant la magnétique Coraly Zahonero, l’humour toujours savamment distillé, la dénonciation de la morale bourgeoise et hypocrite qui combat la prostitution et l’utilise en même temps. Une femme singulière, donc, hors normes, que la sociétaire du Français rend encore plus fascinante, humaine, troublante.
9 mai 2016
7/10
112
Coraly Zahonero, deux musiciennes, un beau texte, un personnage fort. Un très bon moment de théâtre.
C'est cash, cru, fort, émouvant, sensuel.

La série des Singulis se clot sur un carton plein !
Réussite totale.
Hâte de voir les suivantes.
5 mai 2016
8/10
187
Honte à moi !
Je le confesse, non seulement je n'avais jamais rien lu de Grisélidis Réal, mais j'ignorais totalement tout de cette écrivaine, peintre, anarchiste et prostituée genevoise (1929-2005).

C'est donc dans cette parfaite ignorance que je me retrouvai au Studio-Théâtre de la Comédie française pour assister à ce quatrième monologue de la série « Singulis ».

Cette fois-ci, c'est Coraly Zahonero qui s'y colle.

On est tout d'abord stupéfait par la transformation physique de la comédienne : non seulement, elle présente une troublante ressemblance avec le personnage, mais elle a choisi de raconter ces textes avec l'accent vaudois, ce qui fonctionne parfaitement.

Pendant une heure, elle va dire les textes de cette femme si lucide sur son « métier » de prostituée.
Dès son entrée en scène, je devrais plutôt dire dès son entrée dans le public et sur le proscénium, Melle Zahonero donne le ton : « Si vous avez le courage de m'écouter, vous prenez des risques ».
Ces risques, ces textes, c'est en quelque sorte une sociologie de la prostitution : rien ne nous est épargné, rien n'est caché, tout est dévoilé.

Derrière les propos crus, derrière la réalité parfois sordide, c'est bien entendu le rapport à l'Autre qui transparaît : ce métier qu'on dit le plus vieux du monde est pour l'auteure un « métier de service public », un métier qui aide les hommes, un métier indispensable et nécessaire, totalement assumé en tant que tel.

Et dans ce registre-là, la comédienne excelle : tout à tour enjôleuse, caressante, sensuelle, mais également triste, perdue, tragique, émouvante, elle utilise une incroyable palette de jeu.
C'est un véritable émerveillement que de la voir, que de l'écouter raconter, dire, expliquer...

A tel que point que lorsqu'elle m'a fixé en racontant une des passes avec un micheton (j'étais à ma place favorite au troisième rang, en plein dans l'axe, à hauteur d'yeux) je me suis demandé si mes voisines n'allaient pas me regarder bizarrement en sortant de la salle.
Curieuse et saisissante impression !

Et puis également le registre de l'humour.
Car Coraly-Grisélidis nous fait énormément rire : les anecdotes concernant le client portugais aux "couilles énormes" (sic), ou le client à la fois nain et bossu sont des grands moments d'anthologie !
La salle rit de bon coeur.

Sont évoqués également les rapports épouvantables de l'auteure avec sa mère, (ceci explique-t-il cela ?), et puis également la condition féminine, avec la peur qu'inspirent les femmes à certains hommes, notamment ceux qui ont recours à la prostitution.
(Petite digression, je me suis rappelé les cours de Christian Ingrao, historien, universitaire français spécialiste de l'histoire du nazisme, qui démontre que le point commun de toutes les dictatures, de tous les fascismes, c'est justement la peur de femmes. Et je referme ma parenthèse.)

Alors bien entendu, une question se pose : pourquoi avoir choisi Grisélédis Réal et son monde, Melle Zahonero ?

Mes hypothèses :
- Le caractère anarchiste et paradoxalement très féministe de ces textes ?
- L'analogie tant de fois établie entre le métier de Mme Réal et le métier de comédienne ?
- L'actualité politique récente, avec la loi de pénalisation des clients ?
(A ce propos, la salle éclate de rire lorsque la comédienne, décrivant son métier, hurle « Mais il est où, le socialisme ? »)
- Les trois à la fois ?
Allez savoir....

Mention spéciale aux deux musiciennes qui accompagnent la comédienne, et notamment à Hélène Arntzen, excellente saxophoniste. (La symbolique de l'instrument est ici évidente. Suivez mon regard...)

C'est donc une heure formidable qui nous est proposée.
Une heure durant laquelle Coraly Zahonero nous raconte une histoire et surtout, un personnage.
Une heure en tête à tête avec une personne incroyablement intense.
Une heure de vrai théâtre.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor