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Chère Elena

Chère Elena
De Ludmilla Razoumovskaïa
Mis en scène par Didier Long
Avec François Deblock
  • François Deblock
  • Myriam Boyer
  • Gauthier Battoue
  • Julien Crampon
  • Jeanne Ruff
  • En tournée dans toute la France
Itinéraire
Billets de 20,00 à 37,50
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Quand Elena invite à entrer chez elle quatre de ses élèves venus à l'improviste lui souhaiter son anniversaire, elle ne se doute pas que se referme sur elle le piège qu'ils lui ont tendu.

Son refus d'accepter le marché qu'ils lui proposent transforment leur souhait en exigence et plonge bientôt Elena dans une nuit cauchemardesque au cours de laquelle face au chantage et à la manipulation dévastatrice, elle oppose sa croyance en des idéaux d'humanisme et d'exemplarité.

 

Dans la présentation de ce combat, confrontation dialectique et physique, l'auteur se garde de tomber dans un manichéisme caricatural. Il n'y aura, à terme, aucun vainqueur.

Pour la pièce Chère Elena, François Deblock a été récompensé du Molière de la Révélation Masculine 2015

 

L'avis de Pierre Galouise (rédac' AuBalcon) : "Chère Elena"… un titre enjoliveur qui attendrit par la douceur de ce "chère", le respect qu’il inspire et la bienveillance que dégage cette expression de salut. C’est dans cette atmosphère chaleureuse que s’ouvre la pièce de Ludmilla Razoumovskaïa. Quatre lycéens en uniforme d’école débarquent chez leur « chère » professeure de mathématique, madame Elena Sergueievna afin de lui souhaiter son anniversaire et de lui offrir un cadeau de valeur inestimable pour la modeste Elena : un jeu de verre en cristal.

Malgré l’embarras, la gentille prof’ finit par accepter ce luxe et invite ses élèves bien-aimés à fêter ce moment d’allégresse autour d’un verre de champagne aux lendemains des examens du lycée.
Seulement, l’apparente gentillesse des quatre étudiants s’avère vite être un stratagème pour demander à Elena la clé du coffre qui contient leur copies médiocres et qu’ils souhaitent changer afin d'avoir des résultats mirobolants et de prétendre à intégrer les universités qu’ils désirent.


Seulement, Elena refuse.
Seulement, ils insistent.
Que faire ?


Nous voilà plongés dans un huis clos terriblement angoissant sans aucune échappatoire possible. Ils sont quatre, bornés, persuadés d’être dans leur droit et enfin, très violents (âmes sensibles, s'abstenir, quelques scènes pourraient vous choquer). Elle est seule et n’a pour seule défense que sa verve et son honnêteté. S’engage alors une dialectique sur la jeunesse, son aspiration à devenir riche, à "bien vivre" plutôt qu’à "survivre" comme les êtres primaires de la génération d’Elena qui vit humblement avec sa mère malade. Malgré les pressions, elle résiste, se fait fouiller au corps, l’appartement est ravagé sous son regard impuissant. 

Cette thématique de l’intrusion forcée a été à l'origine de nombreux chef d’œuvres au cinéma souvent dans une perspective plus violente comme Funny Games de Hanneke, Les chiens de pailles de Peckinpah ou la scène du viol d’Orange mécanique de Kubrick. Pourtant ce sujet semble tout destiné à trouver son meilleur emploi au théâtre quand le public est enfermé dans cet espace, séquestré avec la victime.

Le texte de Ludmilla Razoumovskaïa écrit à la fin des années 70 fut bien vite interdit par l’Union soviétique qui y voyait une critique des valeurs du système en place. Et pour cause, ces jeunes étudiants assoiffés de richesse et de pouvoir sont à l’image d’une jeunesse qu’on a oublié d’éveiller aux principes fondamentaux du civisme, ils sont cultivés mais détournent leurs références littéraires pour justifier leurs actes, toutes les raisons sont bonnes pour écraser son prochain et avoir la plus grosse part de gâteau.

Il va sans dire que les comédiens sont tous d’une justesse désarmante, d’autant plus qu’il est rare de voir réunis sur scène un pilier du théâtre comme Myriam Boyer et de jeunes têtes fraîchement cueillies et encore inconnues comme le sont Jeanne Ruff, Gauthier Battoue, Julien Crampon et François Deblock. Malgré les dangers d’un huis clos dialectique où la parole peut parfois sombrer dans la répétition, la tension est telle qu’on est pendus aux lèvres de cette professeur naïve et de ses bourreaux.

Un spectacle palpitant à voir sans hésiter.

 

Note rapide
7,9/10
pour 10 notes et 7 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
10%
1 critique
Note de 4 à 7
10%
6 critiques
Note de 8 à 10
80%
Toutes les critiques
8 avr. 2016
9/10
157
Pièce loupée au Théâtre de Poche j'ai tout de même réussi à obtenir une place de dernière minute pendant la tournée !

Pour ma part cette pièce va se retrouver dans mon Top 5 : le sujet est toujours d'actualité, il a quelque chose d'universel. D'où provient le mal ? La fin justifie t'elle toujours les moyens ? Des interrogations qui s'entrechoquent et résonnent tout au long de cette descente aux enfers, même en sortant du théâtre. Le texte est en effet très riche, incite à la réflexion, questionne, c'est un vrai plaisir malgré le sujet difficile. Car oui, cette pièce n'est pas facile à regarder à cause de sa violence et de l'étouffement résultant de ce huis-clos.

Au niveau des acteurs je n'ai pas eu vraiment de préférence, tout allait bien ensemble, c'était équilibré dans les jeux des acteurs. Ils étaient tous excellents.

L'élément que l'on pourrait reprocher à cette pièce c'est la mise en scène que je n'ai pas trouvé très percutante ou originale.
6 mars 2015
8,5/10
314
Chère Elena de Ludmilla Razoumovskaïa est une pièce réussie.

Cruelle mais réussie.

Myriam Boyer (la femme de Patrick Dewaere dans Série Noire) joue à merveille son personnage de professeur humaniste et intègre : « Buvons un coup à votre humanité ! » déclare-t-elle à ses quatre élèves qui sont venus gentiment lui demander la clé du coffre où sont gardées les copies des examens finaux avec un cadeau d’anniversaire sous le bras… Quand elle découvre leur manigance, elle les renvoie dans leurs buts. Elle repousse Volodia le charmeur, qui propose de faire soigner sa mère par un éminent docteur, Pacha le rhéteur, qui invoque Dostoïevski et la mort de Dieu, le cynisme matérialiste de Lialia qui avoue vendre sa « virginité au plus offrant » et le nihilisme alcoolique de Vitia. Elle s’accroche à ses valeurs. Quand les lycéens la tourmente et lui reproche son intransigeante « morale étriquée et bureaucratique », elle réplique avec une intelligente émotion et se cramponne.

Volodia, le chef sadique de la bande, pousse ses camarades : « Vous travaillez mal, Messieurs, ça manque d’inspiration » et s’ingénie à désespérer l’enseignante pour qu’elle cède à leur demande. Est-ce que les étudiants vont basculer dans l’horreur du crime ? Une seule façon de le savoir…

La traduction de Joëlle et Marc Blondel est bonne, la distribution bien équilibrée entre les jeunes (j’ai déjà salué la performance de la doyenne), le plateau, la lumière et le décor sont bien utilisés pour nous plonger dans ce huis clos angoissant. C’est, somme toute, une belle mise en scène signée Didier Long. Petit défaut : ça va quand même parfois un peu vite dans la bouche des jeunes hommes, mais on leur pardonne car ça exprime bien l’essence de cette nouvelle génération « dynamique » des années 70 qui veut rompre les amarres avec les valeurs poussiéreuses des années 60 et obéir aux lois aveugles du marché.

Je termine sur cette réplique d’Elena à Volodia : « Tu te prends pour un génie du mal ? Vous êtes des petits-bourgeois… Je crache sur vos âmes mercantiles ! » Si vous n’avez jamais assisté à un drame soviétique, c’est l’occasion !
30 nov. 2014
6/10
287
J'ai trouvé cette pièce belle, bien écrite et très intéressante si on la replace dans son contexte historique des prémisses de la révolution soviétique.

Je n'ai pas totalement été emballé non plus. Ce huis clos a le défaut d'être trop étouffant. Dans une toute petite salle, avec cinq acteurs quasiment tout le temps sur scène, des paroles très dures, des cris et surtout des moments violents qui vont trop loin. Dans la scène du viol par exemple, ces gestes que l'on voit fréquemment au cinéma sont bien plus choquants quand ils sont joués à deux mètres de nous.
Le malaise est tel que je ne prends plus plaisir à regarder la pièce.

La fin met du temps à arriver, ça tourne un peu en rond.
10 nov. 2014
8,5/10
316
Ça démarre très adroitement par l'entrée en scène des 4 étudiants.

Leur arrivée tonitruante par la porte d'entrée où jusqu'ici seuls les spectateurs étaient passés, nous prend d’assaut. Situation qu'ils vont à présent chercher à reproduire avec leur professeur de mathématiques. Les voici devant la scène, prêts à pénétrer dans l'appartement de leur professeur avec pour prétexte de lui souhaiter son anniversaire.

Le décor est planté. Ils sonnent à sa porte et acceptent son invitation. Le piège tendu peut à présent se refermer sur cette femme. Les personnages s'installent progressivement sur scène et au travers de leurs répliques on perçoit leur trait de caractère jusqu'à identifier qui est le leader du petit groupe.

Surtout ne jamais se fier aux apparences... C'est sans doute ce que cette enseignante aurait dû se dire avant de les faire pénétrer dans son appartement. Cela va crescendo et chacun des personnages est bien campé. Mention particulière pour le leader des 4 étudiants dont le machiavélisme est sans limite. Bref, cette pièce est effrayante dans ce qu'elle décrit mais tellement savoureuse.

En tant que personnage moral, Myriam Boyer essaie de leur ouvrir les yeux, non pas sur leur geste mais sur les conséquences que celui-ci aura sur leur destin. Car il est bien ici question de destin, de position dans la société, de devenir quelqu'un afin soit de sortir de sa condition, soit de s'y maintenir. En cela, les questions que posent cette pièce sont très pertinentes.

Heureusement la morale reste sauve mais à quel prix !
29 oct. 2014
8,5/10
283
Un huis-clos d'exception, qui tient le spectateur en haleine, entre tension psychologique et réflexions historiques.

Le texte de Ludmilla Razoumovskaïa est délicieux, et on comprend rapidement pourquoi il avait du paraître sulfureux pour l'URSS de l'époque.
Le jeu est magnifiquement servi par une Myriam Boyer magristrale, qui place la pièce à son juste niveau et entraîne dans son sillage les 4 jeunes comédiens - dont 2 sont plus convaincants dans leur rôle que les 2 autres.

Le seul bémol serait à placer au niveau de la mise en scène et des décors : les déplacements ne sont pas suffisamment justifiés, la scénographie peu inspirée, et le plateau pas toujours utilisé de façon optimale.

La pièce reste un régal qui fait frémir et réfléchir, une très belle surprise donc que cette chère Elena.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor