Critiques pour l'événement Chère Elena
8 avr. 2016
9/10
157
Pièce loupée au Théâtre de Poche j'ai tout de même réussi à obtenir une place de dernière minute pendant la tournée !

Pour ma part cette pièce va se retrouver dans mon Top 5 : le sujet est toujours d'actualité, il a quelque chose d'universel. D'où provient le mal ? La fin justifie t'elle toujours les moyens ? Des interrogations qui s'entrechoquent et résonnent tout au long de cette descente aux enfers, même en sortant du théâtre. Le texte est en effet très riche, incite à la réflexion, questionne, c'est un vrai plaisir malgré le sujet difficile. Car oui, cette pièce n'est pas facile à regarder à cause de sa violence et de l'étouffement résultant de ce huis-clos.

Au niveau des acteurs je n'ai pas eu vraiment de préférence, tout allait bien ensemble, c'était équilibré dans les jeux des acteurs. Ils étaient tous excellents.

L'élément que l'on pourrait reprocher à cette pièce c'est la mise en scène que je n'ai pas trouvé très percutante ou originale.
6 mars 2015
8,5/10
314
Chère Elena de Ludmilla Razoumovskaïa est une pièce réussie.

Cruelle mais réussie.

Myriam Boyer (la femme de Patrick Dewaere dans Série Noire) joue à merveille son personnage de professeur humaniste et intègre : « Buvons un coup à votre humanité ! » déclare-t-elle à ses quatre élèves qui sont venus gentiment lui demander la clé du coffre où sont gardées les copies des examens finaux avec un cadeau d’anniversaire sous le bras… Quand elle découvre leur manigance, elle les renvoie dans leurs buts. Elle repousse Volodia le charmeur, qui propose de faire soigner sa mère par un éminent docteur, Pacha le rhéteur, qui invoque Dostoïevski et la mort de Dieu, le cynisme matérialiste de Lialia qui avoue vendre sa « virginité au plus offrant » et le nihilisme alcoolique de Vitia. Elle s’accroche à ses valeurs. Quand les lycéens la tourmente et lui reproche son intransigeante « morale étriquée et bureaucratique », elle réplique avec une intelligente émotion et se cramponne.

Volodia, le chef sadique de la bande, pousse ses camarades : « Vous travaillez mal, Messieurs, ça manque d’inspiration » et s’ingénie à désespérer l’enseignante pour qu’elle cède à leur demande. Est-ce que les étudiants vont basculer dans l’horreur du crime ? Une seule façon de le savoir…

La traduction de Joëlle et Marc Blondel est bonne, la distribution bien équilibrée entre les jeunes (j’ai déjà salué la performance de la doyenne), le plateau, la lumière et le décor sont bien utilisés pour nous plonger dans ce huis clos angoissant. C’est, somme toute, une belle mise en scène signée Didier Long. Petit défaut : ça va quand même parfois un peu vite dans la bouche des jeunes hommes, mais on leur pardonne car ça exprime bien l’essence de cette nouvelle génération « dynamique » des années 70 qui veut rompre les amarres avec les valeurs poussiéreuses des années 60 et obéir aux lois aveugles du marché.

Je termine sur cette réplique d’Elena à Volodia : « Tu te prends pour un génie du mal ? Vous êtes des petits-bourgeois… Je crache sur vos âmes mercantiles ! » Si vous n’avez jamais assisté à un drame soviétique, c’est l’occasion !
10 nov. 2014
8,5/10
316
Ça démarre très adroitement par l'entrée en scène des 4 étudiants.

Leur arrivée tonitruante par la porte d'entrée où jusqu'ici seuls les spectateurs étaient passés, nous prend d’assaut. Situation qu'ils vont à présent chercher à reproduire avec leur professeur de mathématiques. Les voici devant la scène, prêts à pénétrer dans l'appartement de leur professeur avec pour prétexte de lui souhaiter son anniversaire.

Le décor est planté. Ils sonnent à sa porte et acceptent son invitation. Le piège tendu peut à présent se refermer sur cette femme. Les personnages s'installent progressivement sur scène et au travers de leurs répliques on perçoit leur trait de caractère jusqu'à identifier qui est le leader du petit groupe.

Surtout ne jamais se fier aux apparences... C'est sans doute ce que cette enseignante aurait dû se dire avant de les faire pénétrer dans son appartement. Cela va crescendo et chacun des personnages est bien campé. Mention particulière pour le leader des 4 étudiants dont le machiavélisme est sans limite. Bref, cette pièce est effrayante dans ce qu'elle décrit mais tellement savoureuse.

En tant que personnage moral, Myriam Boyer essaie de leur ouvrir les yeux, non pas sur leur geste mais sur les conséquences que celui-ci aura sur leur destin. Car il est bien ici question de destin, de position dans la société, de devenir quelqu'un afin soit de sortir de sa condition, soit de s'y maintenir. En cela, les questions que posent cette pièce sont très pertinentes.

Heureusement la morale reste sauve mais à quel prix !
29 oct. 2014
8,5/10
283
Un huis-clos d'exception, qui tient le spectateur en haleine, entre tension psychologique et réflexions historiques.

Le texte de Ludmilla Razoumovskaïa est délicieux, et on comprend rapidement pourquoi il avait du paraître sulfureux pour l'URSS de l'époque.
Le jeu est magnifiquement servi par une Myriam Boyer magristrale, qui place la pièce à son juste niveau et entraîne dans son sillage les 4 jeunes comédiens - dont 2 sont plus convaincants dans leur rôle que les 2 autres.

Le seul bémol serait à placer au niveau de la mise en scène et des décors : les déplacements ne sont pas suffisamment justifiés, la scénographie peu inspirée, et le plateau pas toujours utilisé de façon optimale.

La pièce reste un régal qui fait frémir et réfléchir, une très belle surprise donc que cette chère Elena.
9,5/10
219
Chère Elena nous plonge au cœur d'une société en pleine dérive. Face à l’intègre Elena se dresse une jeunesse qui remet en cause les valeurs morales de ses aînés. Celle qui toute sa vie a lutté pour des idéaux, qui a choisi l'enseignement pour transmettre ses valeurs avec amour et passion, voit en quelques heures s'écrouler le monde pour lequel elle s'est battue.

À l'aube de leur vie d'adulte ces quatre lycéens ont déjà tout vécu, ou tout du moins le pensent-ils. Et surtout ils n'ont plus foi dans ces valeurs qui leur ont été enseignées : le travail, le respect, la lutte pour un avenir meilleur. Nés après la chute du mur de Berlin ils ne rêvent que d'argent facile et de plaisirs illusoires.

La talentueuse Myriam Boyer est une Elena toute en nuance, émue, idéaliste, battante, révoltée, abattue. Face à elle 4 jeunes à suivre qui incarnent 4 personnalités perturbées pour ne par dire perturbantes. La mise en scène et la scénographie construisent l'intrigue comme un thriller.

Une des première grosses claques de la rentrée théâtrale. Chère Elena est un coup de poing salutaire, un spectacle qui donne à penser tant il nous dérange, sans oublier qu'il nous rempli d'émotions.

À voir sans hésitation aucune. Un propos fort porté par Myriam Boyer entourée de 4 talentueux comédiens en devenir.
5 sept. 2014
9/10
95
La lumineuse Myriam Boyer, entourée d’un quatuor remarquable de jeunes comédiens, fait sa rentrée au Théâtre de Poche dans une pièce politique brûlante de Ludmilla Razoumovskaïa.

Chère Elena dresse le bilan sans fard d’une Russie plombée par l’omniprésence d’un capitalisme outrancier et la mise à mal de valeurs devenues obsolètes. Didier Long signe un thriller glaçant et impitoyable où l’ambition de la jeunesse transformera une fête d’anniversaire apparemment anodine en un champ de ruines et de cendres.

Vous ne sortirez pas indemnes de cette Chère Elena. La pièce prend littéralement aux tripes et interroge la relativité de nos principes et de nos valeurs. Posant comme postulat que l’être humain constitue un infatigable rêveur, Ludmilla Razoumovskaïa dénonce les dérives du consumérisme et l’appât du gain comme ultime morale. Didier Long offre une mise en scène rigoureuse, haletante et sombre d’une pièce qui ne l’est pas moins. Rajoutez un casting en or et vous obtiendrez l’une des pièces immanquables en ce début de rentrée théâtrale !

Foncez.