Candide, si c’est ça le meilleur des mondes…

Candide, si c’est ça le meilleur des mondes…
De Voltaire
  • Théâtre de la Cité internationale
  • 17, boulevard Jourdan
  • 75014 Paris
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La pensée caustique de Voltaire est redevenue d’actualité.

Ce n’est pas ce qui a motivé Maëlle Poesy et Kevin Keiss lorsqu’ils ont décidé d’adapter Candide à la scène, mais plutôt l’envie de creuser la question : comment se construit une identité ? Raconter l’histoire de Candide, c’est suivre le parcours d’un antihéros qui décale notre lecture du monde. En embarquant avec lui dans ce voyage autour de la terre, sa quête devient notre quête : il est où « le meilleur des mondes » auquel nous aspirons ?

 

Le Candide mis en scène par Maëlle Poesy fait l’expérience de la folie des hommes, de leurs absurdités mais aussi de la nécessité pour chacun de partager son histoire, avec l’assurance que raconter c’est déjouer le destin. Un Candide qui invente ce qu’il peut, comme il peut, pour résister à la violence du monde, entre inquisition et tremblement de terre.

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La critique de Phane (rédac' AuBalcon) : 8/10. Comment représenter le déplacement, le voyage, les kilomètres, dans la boite noire qu’est le théâtre ? 

Grande question que s’est posée Maëlle Poesy, à laquelle elle a répondu ingénieusement et admirablement bien : avec un décor composé de trois structures métalliques, de quelques bâches, et de beaucoup d’accessoires, on va pouvoir suivre Candide sur le champ de bataille entre les Bulgares et les Allemands, ou peinant à tenir debout pendant le tremblement de terre à Lisbonne, ou encore arrivant au bel Eldorado peuplé d’or et de moutons rouges.

Les comédiens nous font faire un véritable tour du monde, en lançant de la fausse neige devant un ventilateur pour aveugler Candide par exemple, ou en déclenchant un grand bruit assourdissant en même temps que des jets de lumière derrière les bâches pour nous faire croire à une explosion de bombes.

5 comédiens sur scène : un conserve le rôle de Candide durant toute la pièce tandis que les autres parcourent la scène et les coulisses pour changer d’identité aussi vite que de répliques. Leur exploit est de nous faire croire à ce voyage, autant initiatique que réel, et de nous faire vivre cette histoire invraisemblable, tout en nous montrant leurs artifices théâtraux en toute franchise. Jamais théâtre n’a été aussi « vrai » : il assume sa part d’artifices en plongeant le spectateur dans une histoire rocambolesque et lui maintient la tête dans l’eau jusqu’à la fin.

Le filtre de la théorie du « meilleur des mondes » du maitre Pangloss recouvre cette mise en scène qui nous montre sans trucage les violences de ce monde pas aussi formidable que le décrit le philosophe, et qui pourtant parvient à conserver un caractère merveilleux et presque enfantin grâce à la performance et au jeu des acteurs, ainsi qu’aux procédés techniques utilisés pour les décors. Le viol de Cunégonde, par exemple, nous paraît dépourvu de toute cruauté et de violence grâce à la manière dont l’actrice le raconte et la façon dont l’accepte Candide, mais aussi car on a choisi de ne pas montrer cet événement.

Ce spectacle est un véritable enchantement, pour les petits comme pour les grands : on redécouvre le conte de Voltaire, qui est pourtant la tarte à la crème de nos années lycée et collège. Le rythme soutenu est intense, mais les comédiens se débrouillent à merveille, et nous font rire aux éclats (bravo à Pangloss, aussi attachant que désespérant, qui nous explique la cause et les effets du meilleur monde possible avec la ferveur d’un croyant). On voit évoluer cette histoire jusque dans le corps des comédiens et on y croit, avec un réel plaisir d’enfant !

 

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24 janv. 2016
7/10
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La malice et l’imagination de Maëlle Poésy redonnent un lustre brillamment énergique à Candide. Au Théâtre de la Cité Internationale, la jeune metteur en scène fait la part belle aux trouvailles ingénieuses en adaptant le célèbre conte philosophique de Voltaire. Avec trois fois rien, la future artiste du In avignonnais attise une créativité en ébullition, soutenue par cinq comédiens protéiformes et talentueux.

Pourtant, le pire était à craindre au début de la représentation : le quintette s’aligne docilement pour exposer le cadre général de l’intrigue et répartir les rôles. La forme adoptée, trop didactique, plombe d’emblée l’ambiance. Si la truculence de l’interprétation se fait déjà ressentir, l’aspect emprunté et artificiel de cette entrée en matière s’éternise et tombe à plat. Il aurait fallu tailler directement dans le vif du sujet au lieu de fusionner la double casquette de la narration et du jeu.

Pour notre plus grand bonheur, passée cette introduction statique, le rythme ne cesse d’aller crescendo et Maëlle Poésy rectifie rapidement le tir en centrant son travail sur l’ardeur folle d’une aventure ramassée sur elle-même. Transposer Candide sur scène ne va pas de soi puisque Voltaire bringuebale son anti-héros à travers mers et continents. En optant pour la carte de la simplicité, Poésy ne se perd pas en chemin et parvient grâce à trois structures métalliques à esquisser les contours d’une galère ou d’un bûcher géant. La fluidité des changements de décor à vue augmente cette impression de vitesse effrénée.

La jeune femme mise tout sur la suggestivité et l’intelligence d’un spectateur apte à saisir au vol les signes que lui tend la metteur en scène pour se les approprier. Des confettis dorés suffisent à évoquer l’Eldorado ; un ventilateur propage de la fausse neige et des gouttes d’eau ; le bruit des mouettes renvoie à l’embarcation sur un bateau. Rien de bien original mais mis bout à bout, ces multiples effets construisent une dramaturgie cohérente et très prenante.

Conte à toute allure
La succession maîtrisée des épisodes de la vie de Candide met en lumière le parcours initiatique du jeune homme qui se transforme à la fin du conte en paysan revenu de tout, mûr et plein de sagesse. La démarche empirique de Voltaire, qui contrecarre l’optimisme absurde défendu par le maître à penser Pangloss (double de Leibniz), se soude à merveille à l’entreprise théâtrale fondée sur la vivacité de la retransmission d’expériences. Ces tranches de vie rendent compte de l’évolution idéologique de l’ingénu qui abandonne sa crédulité au fur et à mesure des épreuves endurées. Et Poésy parvient, par le biais de la scène et de son immédiateté (secondée par la puissance de la gestuelle, l’artiste étant danseuse de formation), à mesurer et traduire ce bouleversement intérieur : le niais ignorant la violence de la guerre deviendra un meurtrier pour sauver ses intérêts.

Il faut bien dire aussi que la distribution est à la hauteur des enjeux d’un tel texte. Dans le rôle-titre, Jonas Marmy réussit à confondre dans son jeu une silhouette frêle d’enfant innocent et la carrure d’un amoureux prêt à tout pour retrouver sa Cunégonde, quitte à tuer. Coup de foudre aussi pour Roxane Palazzotto, absolument géniale dans une kyrielle de rôles (de Pangloss au chef de l’armée en passant par un abbé voleur ou un habitant accueillant). Elle peut tout jouer, avec à chaque fois la capacité de renouveler son interprétation comme si de rien n’était. Caroline Arrouas, Gilles Geenen et Marc Lamigeon (suivante à tomber) ne déméritent pas.

En somme, Maëlle Poésy s’impose comme une artiste à suivre de près avec son Candide de bric et de broc intelligemment adapté puisqu’il conserve la charge acide et comique d’un Voltaire au sommet de sa forme. Avec beaucoup d’idées, la magie du théâtre peut opérer à fond les manettes dans cet appel à la résistance et à la tolérance. Utile par les temps qui courent…
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor