A plates coutures

A plates coutures
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Pas de misérabilisme, pathos ou regard défaitiste.

Ici, on fabrique du glam, du sensuel et du luxe. On compose des chants de résistance à partir des hits qu'on écoute à la radio, on lutte. On vit tout simplement. Dans un décor sobre et froid, peignant rigoureusement un atelier de confection de lingerie fine, les comédiennes et le musicien interprètent avec brio l'histoire de ces femmes, appelées aujourd'hui " Les Lejaby ", combattant pour la sauvegarde de leur emploi mais aussi pour rester vivantes et dignes.

 

Cette pièce a été écrite par l'auteure, metteure en scène et comédienne Carole Thibaut, artiste fidèle des Métallos. Dans une écriture forte et poétique, nourrie de la rencontre avec ces ouvrières, quatre comédiennes et un musicien racontent la lutte, la résistance, les bouleversements que ce conflit a provoqué dans leurs vies. La mise en scène enchante les voix, chorégraphie les corps, rythme les gestes répétitifs au son d'une musique entraînante.

 

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15 mai 2016
8/10
90 0
Carole Thibault à l'écriture et Claudine Van Beneden à la mise en scène se sont inspirées du combat mené par les anciennes ouvrières de Lejaby lors de la fermeture de leur usine à Yssingeaux.

Une fermeture violente, programmée pour satisfaire les besoins de profit d'actionnaires invisibles au mépris du bon sens, de la loi et en toute inhumanité. Elles étaient vaincues ... et pourtant ces femmes vont se révolter, occuper l'usine, mobiliser une région et les médias pour garder leur emploi et leur dignité... Si elles ont perdu le premier, la dignité elles l'ont conservée.

Cette pièce retrace non seulement l'histoire d'une lutte sociale, du travail en usine, de la mesquinerie des petits chefs, des traitrises, des promesses évasives des politiques mais également l'histoire plus personnelle des individus, de ces femmes fortes ou fragiles et de la solidarité qui les unit.

Elles sont 4 sur scène, ouvrières attachantes en blouse de travail, accompagnées d'un musicien acteur qui joue les différents rôles masculins. Des notes d'humour, et des reprises de chansons aèrent agréablement le récit. Malgré ce contexte noir de crise et de souffrance humaine, de petites touches optimistes éclairent cette pièce et révèlent le plus essentiel : l'humanité.

Nous avons beaucoup aimé.
14 mai 2016
9/10
94 0
Vivre l’expérience de l’ordinaire, voilà donc le bel objectif du spectacle A plates coutures qui nous replonge dans le Made in France avec des images d’archives poignantes en ouverture de représentation.

Puis, quand la sonnerie de l’usine retentie, elles sont quatre ouvrières à rejoindre leur poste à l’usine Lejaby. Assises derrière leur petite table individuelle de travail, elles répètent inlassablement les mêmes gestes, vifs et précis. C’est cela que l’on appelle le « savoir-faire ». Mais que vaut-il au moment de déposer le bilan ? Alors nous pénétrons dans le récit de ces tranches de vie d’ouvrières qui ont tant donné de leur vie personnelle mais aussi d’elles-mêmes à leur usine. L’inclusion de la sphère familiale au travail s’est faite par le biais de l’amitié qui soude le groupe que nous suivons, souvent par une parole chorale car c’est la voix de toutes les victimes des plans sociaux, de la mondialisation et des lois de délocalisation qui s’exprime.

Sur le plateau, il y a Josy (charismatique Chantal Péninon), déléguée du personnel, Solène (touchante Barbara Galtier), la timide mère de famille que la situation fragilise de plus en plus mais qui vacille quand le patron lui refuse son droit d’allaiter, Anto (dynamique Claudine van Beneden qui signe aussi la mise en scène) qui fut la première à crier sa souffrance et Géraldine (géniale Angeline Bouille), la fille paumée au langage franc, parfois vulgaire, dont le micro-short et ses airs de camion volé ne sont qu’une façade pour dissimuler un cœur en or.

Malgré le plan social, elles se retrouvent toutes à l’usine le matin, comme pour tenir des sortes d’assemblées générales. Cela aide à tenir et elles font leur « pute ouvrière » pour sauver ce qui est perdu. « Le pouvoir, c’est les journalistes » alors elles n’hésitent pas à médiatiser leur histoire. D’ailleurs, la scénographie prévoit un espace à jardin avec des caméras qui diffusent les images en gros plan en fond de scène. Bien sûr, ce n’est pas la guerre, juste une fermeture d’usine comme il en existe beaucoup (nous pensons évidemment aux ouvriers de Continental à Clairoix) mais les filles vivent la lutte comme un combat semblable. Les passages face caméra apportent une valeur ajoutée avec une dimension de témoignage comme pour garder trace d’une vie passée qui ne reviendra plus, tout en ancrant une image sur un texte fort dans nos mémoires. Des touches d’humour piquées ça et là sur l’ouvrage viennent oxygéner la représentation qui réveille les consciences. Il existe quelques inégalités de rythme mais qu’importe ! Elles font leur révolution avec audace mais toujours avec classe en alternant récits de l’intime et vie d’ouvrière en lutte. Et si parfois la direction d’acteurs semble un peu floue, chacune apporte sa pierre à l’édifice et nous replace dans le tourbillon de la vie. La fin, déstabilisante car ouverte, laisse entrevoir, ou pas, un avenir radieux à creuser selon la sensibilité du spectateur et cette façon de ne rien imposer est fortement louable.

A plates coutures, c’est une histoire collective féminine qui laisse éclater tout un travail poétique qui surplombe le propos du simple fait divers. Les chansons détournées viennent apporter de l’eau au moulin et ancrer certaines paroles plus profondément en nous comme c’est le cas avec l’air du Déserteur de Boris Vian par Serge Reggiani qui nous rappelle « qu’après trente ans d’usine, la Chine est préférée pour implanter l’usine » ou encore sur Désenchantée de Mylène Farmer : « mariages, baptêmes, on a tout fait ensemble. Nos vies tissées en amitié. C’est notre boulot, notre métier... ».

Le texte est empreint d’humanité. Les femmes ont pris en main leur destin, et cela ne se fait pas sans mal. Pourtant, ici, pas de pathos et l’aspect âpre et violent se traduit par des sonorités assourdissante sous les doigts de fée de Simon Chomel, qui interprète aussi l’horripilant patron. Nous nous laissons porter par un ensemble cohérent et fluide qui ne nous bouleverse pas toujours mais qui nous touche forcément, tant le sujet est transposable à bien d’autres situations sociales qui retentissent dans la vie intime.
9,5/10
70 0
Agréable et touchant spectacle musical qui révèle un brillant témoignage construit à partir d’un recueil de paroles des ouvrières et de recherches documentaires sur la fermeture des ateliers de fabrication textile Lejaby, dans les années 2010/2012 en Haute-Loire.

L’auteure Carole Thibaut a répondu à la demande de la compagnie Nosferatu, présente sur le territoire, souhaitant mettre en scène la lutte singulière et sans concession des femmes de ces ateliers. Lutte pour l’emploi et plus encore pour l’identité et l’intégrité personnelles et sociales des femmes, pour leur liberté de vivre dignement.

Chansons, scènes jouées, monologues narratifs ou explicatifs, séquences vidéo, musiques instrumentales, bruitages et sons enregistrés… Cet entrecroisement habile d’expressions nous captive du début à la fin, nous enchante et nous émeut. Colorée des nombreux regards croisés riches de sens, la dramaturgie de ce spectacle réussit à dégager la puissance et la beauté de ce combat. Comme un exemple de lutte, comme un cri de l’histoire ouvrière à ne pas laisser s’envoler dans les poussières de l’oubli.

La musique de Simon Chomel, qu’il interprète en direct, accompagne les tensions comme les respirations de la pièce, renforçant l’impression de vivre au présent ces moments avec « Elles ».

« Elles » sont jouées par les comédiennes Angeline Bouille, Barbara Galtier, Chantal Péninon et Claudine Van Beneden (qui assure aussi une adroite et inventive mise en scène). Avec de nouveau Simon Chomel qui jouera aussi dans quelques scènes. Toute l’interprétation, qu’elle soit chantée, mimée, jouée ou chorégraphiée se révèle toujours juste et précise. Nous offrant la sincérité et la puissance dramatique nécessaires pour faire de ce spectacle un temps fort où le message social et politique se conjugue avec une théâtralité réussie.

Du théâtre militant qui n’oublie d’être plaisant voire divertissant, comme on les aime : Intelligent et cultivé. Faisant appel autant à notre réflexion qu’à nos émotions. Rare, à ne pas manquer.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor