Critiques pour l'événement Un amour impossible
8,5/10
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Une rencontre magnifique entre deux comédiennes exceptionnelles. Intense moment de théâtre d’actrices. Bulle Ogier et Maria de Medeiros incarnent une relation duelle et profonde avec un brio qui touche et qui transcende le texte, nous laissant cois.

Un texte tout entier dédié à la relation brisée de Rachel et Christine. Une mère, sa fille, un secret. Captivant notre attention sur leurs regards, leurs corps qui parlent autant que leurs propos, nous essayons de deviner ce qui se passe, pour enfin comprendre ce qui s’est passé.

L’une et l’autre portent le poids de leurs souffrances, de leurs meurtrissures comme des déchirures qui ne seront jamais soignées et avec lesquelles il leur faut vivre. Une remontée douloureuse vers les sources de l’horreur pour découvrir la honte et le mépris et pour se parler enfin après avoir pu poser des mots sur leurs maux.

Christine Angot signe ici l’adaptation théâtrale de son roman homonyme. Après « l’inceste » et « une semaine de vacances », elle poursuit son parcours aux accents autobiographiques sur les relations au sein de la famille, sur l’indicible et le cri, sur la compassion et la révolte.

L’écriture de la pièce est directe et précise. La violence des mots nourrie des répliques simples et parfois cruelles. Nous assistons à la reconstitution du puzzle de ces amours impossibles.

Amour impossible pour son père, homme pervers qui méprisera celles qui l’ont aimé par l’humiliation de Rachel, devenue mère de son enfant et l’inceste auquel il soumet Christine, sa propre fille.

Amour impossible pour un amant. L’homme que l’on croyait si gentil, pour qui la passion d’une femme a caché l’entendement d’une mère, révélant une résignation et une culpabilité incommensurables.

Amour impossible pour sa mère qui n’a rien vu, qui n’a rien ressenti, qui a abandonné sans le voir sa fille à son bourreau. Fille devenue femme, Christine semble avoir trouvé le point d’équilibre dans son travail d’écriture, cathartique et militant.

La mise scène de Célie Pauthe choisit une épure soignée, quasi froide, renforçant par la simplicité matérielle et le peu de mouvements, l'importance de ce qui se joue entre les deux femmes.

Nous sommes pris par le jeu des comédiennes qui donnent toute la crédibilité à leurs personnages par l’intensité et la puissance des sentiments qu’elles font ressortir.

Un grand moment de théâtre avant tout pour les jeux magnifiés et sublimes de Bulle Ogier et Maria de Medeiros.