Critiques pour l'événement Parvis
20 févr. 2023
8,5/10
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Ce spectacle nous invite à une découverte ou à des retrouvailles modernisées de la pièce culte de Jean Giraudoux « La Folle de Chaillot ». L’adaptation de Margaux Wicart est adroite et nous offre un moment de théâtre divertissant. Sa transposition dans le monde contemporain ne nous prive en rien de la puissance d’énonciation et de dénonciation de la pièce originelle créée en 1945. Au contraire, ses résonnances dans la vie sociale et politique actuelle, dans la culture ambiante, rebondissent tout le long sur les messages de Giraudoux, les sublimant par leur actualisation.

« À Paris, un complot se trame sur le parvis de Notre Dame ; La Présidente et le Prospecteur s’apprêtent à détruire la ville pour exploiter le pétrole fraichement découvert dans ses souterrains. Mais rien ne se passe comme prévu ! Quatre Folles hautes en couleurs, ferventes gardiennes des beautés et de l’âme de la capitale, pilotent la contre-offensive… »

Nous voici plongés dans un univers excentrique et loufoque, tâtant de l’extravagance, qui charrie son lot de piquantes vindictes sur la cupidité et la corruption des puissants. Le texte bouscule la réflexion comme un appel à la résistance contre l’oppression et à la défense d’un idéal de vie libre et éclairé, aimant et délibérément beau. Une problématique dont Giraudoux entrevoyait déjà avec lucidité l'importance qu'elle revêtirait plus tard et que Wicart restitue ici avec justesse.

« Ce qu'on fait avec du pétrole. De la guerre. De la misère. De la laideur. Un monde misérable » : Giraudoux faisait dire à Pierre.

Ne nous y trompons pas, le spectacle nous fait rire d’abord et penser ensuite. Le tout est absurdement drôle. Et c’est tant mieux.

Le texte de Margaux Wicart, malgré sa mise en scène un peu trop sage, restitue l’univers de Giraudoux en l’extrapolant, passe la rampe et nous offre un spectacle intelligent et plaisant.

Il y a du saltimbanque tendance théâtre de tréteaux dans la façon de cette jeune troupe enthousiaste composée par Rebecca Château, Gwenaelle Couzigou, Marie d’Hoir, Matthieu Le Goaster, Jérémie Lutz, Sybille Montagne et Margaux Wicart. Elles et ils nous montrent un engagement audacieux et dans l’ensemble réussi.

À noter les prestations remarquables de Jérémie Lutz dont le jeu fin et convaincant indique une maîtrise impressionnante de ses personnages (le sourd-muet, l’inconnu du métro et Pierre). Tout comme celles de Margaux Wicart (Irma) et Sybille Montagne (Aurélie), notamment leurs monologues formidablement touchants. Mentions spéciales pour les costumes au seyant superbe de Rebecca Château et pour la musique de Baptiste Charvet, savoureuse et bienvenue pour accompagner cet univers d’humour et de poésie.

Une adaptation intéressante et divertissante. Un moment sympathique. Une jeune compagnie à encourager sans aucun doute !