Critiques pour l'événement Oscar et la Dame Rose
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Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur du roman a su donner une adroite théâtralité à ce beau texte, sans sombrer dans l'émotion facile ni excessive.

La mise en scène de Steve Suissa comme les décors, les lumières et les accessoires, justes et simples, permettent au spectacle de nous faire vivre progressivement cette fin de vie avec humour, humeurs et humanité.

Judith Magre est simplement magistrale, elle arrive à nous émouvoir, à nous faire sourire, à nous faire rire. Le tout sans pathos et avec la fluidité qu'on lui connait dans son texte et ses déplacements.

Une grande dame pour un grand moment de théâtre.
6 oct. 2015
8,5/10
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Comment traiter l’agonie d’un enfant sans tomber dans le pathos ou le vulgaire ? Peut-on transposer cet événement tabou sur scène ?

Avec Oscar et la Dame Rose, Éric-Emmanuel Schmitt opte pour un conte sensible, loin de tout misérabilisme et sort la carte du loufoque merveilleux. Judith Magre illumine le Théâtre Rive-Gauche en bonne fée grossière. Une parenthèse enchantée aussi touchante que délicate. Après Danielle Darrieux et Anny Duperey, Schmitt a confié le rôle de Mamie-Rose à une autre légende du théâtre, Judith Magre. Presque quatre-vingt dix printemps au compteur et un appétit de jouer communicatif. Dans ce monologue difficile à aborder car bipartite, cette mamie en or vaut le détour.

Quand elle incarne Oscar, son air maussade et émerveillé à la fois la rajeunit prodigieusement. Quand elle endosse le costume de l’ex-catcheuse Rose, elle se montre d’une dévotion et d’une tendresse folle. Au fond, Judith Magre incarne la mamie qu’on aurait tous souhaité avoir : sa bienveillance et sa friponnerie en font une confidente idéale et le public ne s’y trompe pas en lui réservant un triomphe lors des saluts. Bouleversante et espiègle, elle porte la pièce sur ses frêles épaules vigoureuses.

Steve Suissa l’accompagne avec tact et réactive la fantaisie originale du texte en créant une atmosphère réconfortante et ludique. Le joli décor débordant de joujoux de Nils Zachariasen irisé de lumières bleutés évoque une chambre-cocon aussi bien qu’une chambre froide. Quelle bonne idée aussi d’avoir utilisé des peluches pour incarner les amis aux noms bizarres d’Oscar (Einstein, Pop-Corn…) ou un ballon bleu symbolisant Peggy Blue, la petite copine de notre garnement. Enfance et mort cohabitent alors dans un entre-deux onirique ravissant et troublant.

Oscar et la Dame Rose a conquis des millions de lecteurs car Schmitt a su inventer un conte atemporel et émouvant sur un sujet très touchy sans se vautrer dans une démonstration larmoyante. Judith Magre met du baume au cœur dans cette aventure si brève et si intense.