Critiques pour l'événement -M- en concert
4 juin 2019
8,5/10
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On connaissait bien entendu « Je suis -M- »
Dorénavant, il faudrait plutôt écrire et dire « Je suis hyper -M- »

-M- homme orchestre...
-M- jouant non seulement de la guitare, de la basse, mais également du piano, de la batterie, s'auto-samplant souvent, et ce parfois le tout en même temps...
-M- seul au milieu de la scène, entouré de gadgets, d'automates et de machines à musique plus ou moins virtuelles, plus ou moins factices.

Pour cette tournée très électro, plus de musiciens live, seuls deux « machinistes et DJ » à jardin, lanceurs de boucles rythmiques, de nappes de synthé et de chœurs pré-enregistrés.
-M- comme nu-M-érique.

Autant l'avouer tout de suite, je regrette le fait de ne plus voir jouer ni entendre un batteur, un bassiste, des choristes, des claviéristes, et autres musiciens en chair et en os.

Ce premier concert à la Seine Musicale est une énorme machinerie, dédiée à un musicien certes épatant, virtuose, charismatique, mais un musicien bien seul, ai-je trouvé.
Sans vouloir jouer la carte du « c'était mieux avant ma pôv' dame », je me suis rappelé les échanges musicaux d'anthologie avec les potes zicos des concerts précédents. C'est terminé. (Aucun contact avec ses deux compères alchimistes de l'électronique...)

Oui, nous aurons droit à une grosse machinerie électro, aux tempi pratiquement identiques concernant les morceaux les plus rapides, une machinerie très très très très forte (j'ai noté une pointe à 109 db à auteur de console FOH (en façade), c'est beaucoup, une machinerie avec une débauche de projecteurs asservis et de projections video souvent psychédéliques en tous genres.

Et en 3D. (On nous distribue d'ailleurs dès l'entrée une paire de lunettes spéciales avec les fameux plastiques bleu et rouge pour chaque œil.)

Heureusement, le talent de guitariste et le charisme de Matthieu Chedid est intact et bel bien là.
Sans conteste, et l'hommage qu'il rendra à Jimmy Hendrix en est la preuve, cet homme fait toujours partie des plus grands guitaristes actuels. La technique est toujours phénoménale, quelle que soit la guitare, quel que soit l'instrument à six ou quatre cordes.

Les moments consacrés aux soli sont toujours des moments ahurissants, passionnants, que ce soit sur scène, dans la fosse, ou dans les travées et gradins. (Il se servira une nouvelle fois des rambardes en guise de bottle-neck.)

Il sait toujours comme peu d'artistes en France travailler sa salle, et faire vibrer, participer le public. Ce type a un charisme phénoménal.

Il surgira d'une trappe sous la scène, après un petit film.
« Une corde à la guitare », « Mama Sam », « Je dis M », « Qui de nous deux » seront interprétés devant un rideau noir avec un peu de video.
Puis -M- disparaît.

Soudain, le fond de scène s'ouvre, en forme de la lettre chérie, le voici qui revient éclairé violemment en contre, "la pintade dorée" sur la tête. Les projecteurs asservis se mettent en route.
Ce sera « Lettre infinie », « Superchérie », « L'alchimiste ». Il nous demande de « faire la mer », mais « avec moins d'animaux », répondant ainsi aux nombreuses mouettes montant du public...

Première guest star : Melle Billie, sa fille de 17 ans, qui vient chanter... « Billie ». Logique.

La séquence hyper-électro peut continuer de plus belle avec « Mister M », « Psyko Bug ».

Puis, vient le passage du piano dans la fosse.
Sur une petite estrade mobile, -M- arrive au milieu du public. Ce sera « En tête à tête », et puis « la belle étoile ».
Avec la deuxième guest on ne peut plus prestigieuse : Melle Vanessa Paradis.
Enorme ovation !

Une olla sera organisée, remerciements au public. « L.O.Ï.C.A. » et puis un solo de batterie chedidien.
Force est de constater que l'homme est meilleur guitariste que batteur...

Et voici « le complexe du corn-flake » précédé donc de l'hommage à Hendrix et à Nirvana.
Et c'est le grand tour jusque dans les derniers gradins de la salle.

Retour sur scène et noir final.

Les rappels arriveront, avec notamment « Un autre paradis » au piano, de dos, avec un cadreur qui le filme, pour obtenir au final une image de face projetée permettant de filmer également tous les portables allumés du public. (Vous suivez ?)

Et puis bien entendu, des incontournables parmi lesquels «L'onde sensuelle » et « Machistador ». La Seine musicale tremble de nos applaudissements.

Plus de deux heures de concert, donc
Un show énorme, monstrueux de techniques numériques, de matériels sophistiqués, de technologies du spectacle à la pointe du progrès.

Un spectacle où le public en a pour son argent.

Mais un spectacle d'un artiste sans musiciens, donc.
Eloge de la solitude ?
Dites, Seb Martel, Vincent Segal, Cyril Atef, Joseph et Emilie Chedid, Magic Malik et consorts, vous ne pourriez pas demander à -M- de venir rejouer avec lui ?
Attention, Matthieu Chedid, à ne pas vouloir trop verser dans le tout à l'égo...