Critiques pour l'événement Les Élucubrations d'un homme soudain frappé par la grâce
22 août 2019
9/10
5
A tous les fans de Baer, de ses chroniques de radio, de son humour décalé, de ses envolées lyriques ... Go go go !!

Un vrai show du début jusqu'à la fin, une maîtrise parfaite de la scène et de la mise en scène à tel point - et c'est là que l'on reconnaît un vrai comédien - que l'on ne sait pas à certains moments s'il joue ou s'il improvise. Un vrai régal pour les yeux et les oreilles !

On a qu'une envie à la fin de la pièce, c'est d'aller boire un coup avec lui, et qu'il continue à nous faire rire !
Une mention spéciale pour le rôle du barman, interprété brillamment par Christope Meynet (le soir où j'y suis allée).
1 juin 2019
8/10
6
Pourquoi ce spectacle m’attirait-il ? Sans doute à cause de la tête d’affiche, et sûrement pas grâce à son titre – les titres à rallonge, j’ai tendance à me méfier. Je suis un peu un mouton. Je ne savais pas vraiment ce que j’allais voir, sinon que c’était interprété par un comédien en qui j’avais parfaitement confiance. Voilà un papier qui s’avère plutôt difficile à écrire, car ce qu’il nous présente n’est pas franchement descriptible : c’est un peu tout et rien à la fois.

Edouard Baer entre par la porte de la salle : il est un comédien qui s’est échappé de son théâtre, juste à côté – après tout, ce n’est pas ça qui manque sur le boulevard – car il devait jouer Les Élucubrations d’un homme frappé par la grâce mais la grâce était absente, ce soir. Il ne la sentait pas. Il devait incarner André Malraux mais il nous pose la question : peut-on réellement arriver comme ça et devenir André Malraux ? La réponse est sur toutes les lèvres. Le sourire aussi. Il commence à parler, parler, parler, et plus rien ne l’arrête.

On retrouve le Edouard Baer que l’on peut connaître grâce à Radio Nova : celui qu’on imagine presque un peu camé tant il est hors du temps, hors des mots, presqu’hors du monde. Il est rêveur, il raconte tout et n’importe quoi, il enchaîne des situations sans vraiment de lien mais ce pour notre plus grand bonheur. Il est probablement l’un des seuls à pouvoir faire ça – l’autre nom auquel je pense, évidemment, c’est Fabrice Luchini. Ce spectacle ressemble un peu à ce qu’il a pu présenter, sur son amour de la littérature, sur les grands textes qui l’ont accompagné dans sa carrière.

Mais c’est tout de même exprimé différemment. D’abord dans la forme, c’est beaucoup plus modeste, rien que par son entrée en scène. Mais dans le ton également : il est franchement dans le partage là où Luchini peut davantage être dans la recherche de l’absolu. Pour Baer, c’est un moment avec le public. C’est parce qu’il a une passion pour ce qu’il dit et qu’il voudrait presque nous la transmettre qu’on est pendus à ses lèvres. Il y a également quelque chose de profondément humain dans la manière dont il s’approprie ces textes et tente de se cacher derrière : il met en valeur ce qu’il dit, jamais sa personne. Et puis il faut bien reconnaître qu’il a une réelle présence et un charme fou : même dans les tirades les plus étranges, les moins poétiques, on est sur un petit nuage théâtral.

Le spectacle est, malgré tout, un peu bancal : si le comédien convainc sans problème, son texte a quelques petits défauts. L’ensemble est prenant, sans doute, mais certaines liaisons apparaissent un peu fabriquées : ainsi, lorsqu’il sort certains livres pour en lire des passages, cela manque d’authenticité et jure avec un ensemble qui pourrait presque donner l’illusion d’une longue improvisation. C’est là-dedans qu’il est le meilleur. On aimerait d’ailleurs que certains moments durent encore et encore : comme lorsque, grand amateur de théâtre de boulevard et de Jacqueline Maillan, il reproduit les entrées en scène classiques que l’on peut retrouver dans ce type de pièce. Il tente peut-être trois ou quatre entrées ainsi qui sont un régal absolu et l’on aimerait que ses tentatives ne finissent jamais. Ce sont, ainsi, de petits instants de grâce.

Finalement, le spectacle portait bien son nom !
10 mai 2019
8/10
4
Attention, OTNI (Œuvre Théâtrale Non Identifiée) !

Ce spectacle est difficile à raconter ; c’est même difficile de savoir avec précision ce que l’on en a pensé. Une chose est sûre, je me suis laissée embarquer dans ce spectacle. C’est un doux mélange entre des réflexions sur le courage, la lâcheté, la liberté, l’absurde… autour de textes de Boris Vian, d’Albert Camus, d’André Malraux, de Romain Gary, de Jean Rochefort… et la vie plus terre à terre d’un comédien qui vient de s’enfuir de son spectacle pour se réfugier dans un autre.

C’est là tout le génie d’Édouard Baer : réussir à nous transporter dans son univers et à nous en faire ressentir un vrai plaisir. Le même plaisir que celui d’un enfant que l’on emmène voir une surprise : ne pas savoir à quoi s’attendre mais se laisser emporter et griser par cette découverte.

Ce spectacle semble déconstruit, sans queue ni tête mais ce n’est qu’en surface. Et c’est drôle avec une vraie faculté d’autodérision de la part d’Édouard Baer.

Il y a des similitudes avec les lectures de Fabrice Luchini (que j’aime beaucoup). Mais Édouard Baer a ce pouvoir d’attirer la sympathie, d’être proche des gens. On ne sent aucun « snobisme » dans ce spectacle, il nous fait simplement « entrer dans sa tête » et partage avec nous ses réflexions.

Une phrase du spectacle le résume à merveille : « Le désordre, c’est la vie ». Alors, laissez-vous emporter sans vous poser trop de questions !
26 avr. 2019
9/10
31
On dirait qu'on serait au Théâtre Antoine.
Sur scène, y'aurait qu'à mettre un comptoir en zinc, avec des rangées de bouteilles derrière, et des tables en bois devant.

Un bistrot, quoi !
Avec déjà sur scène une espèce de régisseur et barman à la fois qui s'active devant nous...

Soudain, d'un coup d'un seul, y'aurait un type qui surgirait en trombe du fond de la salle, dans la travée centrale...
Fuyant on ne sait qui, on ne sait quoi...
Se fuyant lui-même ?

Et puis, bon, on se rendrait bien compte que c'est Edouard Baer, qui aurait déserté, abandonné le théâtre voisin où il devait jouer pour se réfugier dans le nôtre, à nous le public...

Et lui de nous dire dans un premier temps le pourquoi du titre de son spectacle...
Les élucubrations, la grâce, un homme...

Un gars qui s'interrogerait sur le courage, la lâcheté, sur les raisons de sa présence, de son existence. Des questions fondamentales, somme toutes

Avec sa voix et son débit reconnaissables entre tous.

Avec sa façon imagée qui n'appartient qu'à lui de dire les mots, avec ses formules très drôles, souvent proches d'un surréalisme totalement délibéré : « Quand vous poussez un caddy à 13h30, vous ne pouvez pas être Malraux à 20h30 ».
Le tout alors que son agent resté dans l'autre théâtre n'arrête pas de l'appeler sur un téléphone qui n'est pas branché.

Et Baer d'engager la conversation avec le régisseur/barman, incarné de façon épatante par Christophe Meynet, qui lui apprend que le décor dans lequel les deux hommes se trouvent va servir à une pièce intitulée « Dernier bar avant la fin du monde ». Peut-être une adaptation scénique du film réalisé par Edgar Wright avec les grands Simon Pegg et Nick Frost. Peut-être une évocation de ce troquet de l'avenue Victoria, dans le 1er arrondissement... Allez savoir...

Et Baer d'enchaîner très subtilement ses mésaventures loufoques, burlesques.
Nous allons énormément rire.
Ce type devant nous, c'est un cousin actuel de Vladimir, d'Estragon, attendant un moderne Godot, s'attendant peut-être lui-même, cherchant un sens à tout ça, une échappatoire, une issue...

Et puis bientôt nous allons comprendre.
Ce spectacle est un prétexte pour le comédien-humoriste-homme de média à nous faire découvrir son panthéon personnel.

Un véritable hommage à ceux qui lui ont fait aimer les mots, les textes, les bouquins. Les mots qui font s'évader, les mots qui permettent de résister, aussi.
Nous allons comprendre comment Malraux et son discours-hommage à Jean Moulin a pu fasciner un petit garçon prénommé Edouard, comment Romain Gary avec son roman « La nuit sera calme » a pu impressionner et marquer à jamais ce môme devenu ado.

Des auteurs également qui ont su poser la question de la connaissance de soi, de la raison ou non d'être, d'exister, qui ont su interroger le libre-arbitre, les choix de vie...
Brassens, Vian, Thomas Bernhard.

Des écrivains qui ont repoussé les limites, aussi, jouant avec leur existence, les excès, les débauches...
Bukowski, notamment...

Plusieurs fois, nous entendrons le quatrième mouvement de la suite N°4 de Haendel, la fameuse sarabande d'Haendel, celle du film Barry Lindon, de Stanley Kubrick. Une autre référence...

Edouard Baer est un grand enfant, qui sous couvert d'un humour ravageur, se livre devant nous.
Son écriture est comme à l'accoutumée fine, précise, acérée, faite de situations désopilantes, avec cette sorte de faux dilettantisme, cette espèce de pseudo regard désabusé sur le monde, qui font le charme de l'homme.

Ce spectacle est unique. Une vraie originalité transpire en permanence tout au long de cette heure et demi.
Nous rions beaucoup, nous sommes également émus par cet artiste, qui derrière l'image d'humoriste, d'amuseur, de guignol public, laisse transparaître un vrai lettré doublé d'un homme d'une très grande sensibilité.

Je vous recommande plus que vivement les élucubrations-prétexte de cet homme-là. La grâce est effectivement au rendez-vous.