Critiques pour l'événement Juste une embellie
19 sept. 2021
7/10
6
Juste une embellie est un texte de David Hare, le dramaturge, scénariste et réalisateur britannique, encensé par Hollywood et qui a écrit plus de trente pièces de théâtre.

On assiste, en quatre actes qui entretiennent une tension psychologique, à la rencontre entre Frances (Corinne Touzet) et Madeleine (Raphaéline Goupilleau) dans une maison reculée, implantée sur l’île de Wight.

La blonde comme la brune ont aimé le même homme, lequel les a aimées toutes les deux. Le spectateur décidera qui, de la charmante mère de famille coincée en banlieue avec ses gamins ou de la passionaria libre (voire libertaire) et militante aurait peut-être eu la préférence, en confrontant les paroles que le séducteur laissait échapper auprès de l’une à propos de l’autre, et réciproquement.

Elles sont aujourd’hui deux femmes abandonnées au profit d’une troisième, beaucoup plus jeune. Elles ont alors le choix de s’affronter, de s’allier, ou de se libérer d’une relation qui pourrait être le sujet d’une autofiction qu’écrirait l’une d’elles. La pièce est aussi une réflexion sur les combats politiques poursuivis par le Flower Power qui ne fut que juste une embellie avant un grand pas de coté.

Les deux comédiennes expriment avec talent tous les sentiments contradictoires que la situation peut générer. Il faut donc profiter de cette embellie et comprendre que courage et confiance en soi ne vont pas systématiquement de pair.
(Spectacle vu au festival d’Avignon 2021).
1 sept. 2021
7,5/10
10
‘The breath of life’, ou sa version française ‘Juste une embellie’ du dramaturge anglais David Hare, dans une traduction de Michael Stampe est proposé au Lucernaire en cette rentrée, après avoir été un succès au Festival d’Avignon.

Il faut un cadre magique comme l’ile de Wight pour nous raconter la rencontre improbable entre une femme mariée Frances et l’amante Madeleine, elle aussi délaissée, de ce mari. Ce même mari qui les a quitté toutes deux au profit d’une autre femme plus jeune.

Tout oppose ces deux femmes. On se dit que le règlement de compte va être sanglant mais il n’en est rien ! Bien sur il y a des échanges tendus, voir piquants, et des propos à la sauce douce amère sont échangés, la jalousie est évidemment présente. Mais il y a aussi des moments d’échange, de connivence voir une certaine sororité qui s’établit au cours de cette nuit particulière.

La mise en scène de David Lidon, assisté d’Alison Demay, est d’une élégante simplicité dans un décor chaleureux (Sophie Jacob) et sous de douces lumières (Denis Schlepp).

Les deux comédiennes jouent avec une justesse étonnante ces deux femmes : Corinne Touzet est Frances, une autrice à succès de fictions mais aussi l’épouse délaissée qui a besoin de comprendre pourquoi et comment tout son monde s’est effondré. Raphaëline Goupilleau est Madeleine, l’amante impliquée dans de nombreuses causes de défense des droits humains, solidement ancrée dans la réalité. Leur duel est touchant et intime. La confrontation est intense et leur rivalité met à jour des souffrances et des non dits. Il faut le dire : Elles sont magnifiques !

La question des rapports homme – femme est abordée avec délicatesse et humour. Le texte de David Hare nous met face à nos propres contradictions.

Un doux moment de théâtre !