Critiques pour l'événement Acting
31 janv. 2018
9,5/10
146
Je ne partage pas le peu d'enthousiasme lu plus haut. Je me suis régalée grâce au trio brillant de comédiens: chacun est finalement une béquille humaine pour un autre. Le temps en prison finit par se réinventer et ils survivent, jouent et surjouent au sens enfantin du terme. Ils n'ont que cela à faire alors ils le font, avec humour, tendresse, maladresse, passion. Grâce au challenge de "dresser" Gepetto pour lui faire faire l'acteur, Robert voit un temps un but à sa vie en cellule et se bat pour un autre. Quant à Horace, mutique, il tient sa place avec talent. Bosso muet, c'est un défi relevé. Bravo pour ce texte qui émane d'un auteur qui aime les acteurs et bravo aux acteurs qui aiment leur métier.
30 déc. 2016
8,5/10
254
Merci à ce trio qui a su nous mener tambour battant dans ce "tragi-comique" qui, loin d'être ennuyeux, nous a fait passer du rire à l'émotion. Dommage pour ceux qui n'y ont pas trouvé leur compte, peut-être n'ont-ils pas vu à quel point chacun des acteurs a empoigné son personnage et l'a habité jusqu'au bout. Très belle mise en scène également avec les jeux de lumière savamment orchestrés et la présence de l'écran télé.

Belle soirée et le public l'a bien manifesté.
Merci les artistes !
30 oct. 2016
9/10
76
C’est une pièce sur le théâtre. Une pièce qu’il faut entendre, entre ses lignes, comme un hommage fou à cet art millénaire, qui mêle inné, acquis, grâce et mystère, auquel certains se brûlent et se consument, et qui est, pour d’autres, plus rares heureusement, comme un simple gagne-pain. « Acting » a été écrit par un homme qui, pour l’avoir pratiqué pendant de longues années, d’abord comme acteur, puis comme metteur en scène et auteur, connaît tout, ou presque, de cet art là et de ceux qui s’y adonnent.

Une pièce sur le théâtre, direz-vous ? La belle affaire ! Ce n’est pas la première ! Certes, mais celle-là, signée Xavier Durringer, a une force singulière, explosive, qu’elle tire de la personnalité de ses protagonistes.

Nous sommes dans une cellule de prison. A jardin, le coin cuisine et les toilettes. A cour, des lits superposés, dont deux seulement sont occupés. L’un par un dénommé Gepetto (Kad Mérad), un petit escroc écervelé qui gratte maladroitement une guitare en rêvant de paillettes. L‘autre par Horace (Patrick Bosso), un hurluberlu muet et inquiétant qui, jour et nuit, affûte des brosses à dents pour en faire des armes redoutables.

Un matin, cliquetis de clefs, grincement de porte, un nouveau détenu fait son entrée. Il s’appelle (Robert). C ‘est un acteur de théâtre de haut vol. Il a été condamné pour meurtre.

Entre Gepetto et Robert va s’engager un dialogue surréaliste. Parce qu’il pense que cette profession n’est qu’un tremplin qui permet d’accéder rapidement à la notoriété, le premier va demander au second de l’aider à devenir acteur. Hiatus ! Car Robert, dont les grands textes du Répertoire sont la passion exclusive, considère ce métier comme un sacerdoce. « Plus belle la vie » contre Shakespeare et la méthode Stanislavski ! Sous le regard très attentif d’Horace, un match va s’engager, qui sera captivant. Dans la cellule, qui se fera tour à tour, scène, loge et coulisse, deux hommes que tout oppose vont tenter de jouer au maitre et à l’élève. L’un, tel un mentor, tentant d’inculquer à l’autre (qui, au début, n’y comprend rien, ou ne veut rien comprendre), ce qu’est, ce que doit être un interprète… Au centre de leurs échanges, menés comme des rounds, la mise en abyme du métier d’acteur, si gratifiant parfois, si douloureux souvent, si difficile tout le temps. Le ton est celui de la comédie. Mais sous chaque réplique, on sent que la tragédie sourd…

On a rarement vu, sur une scène, l’art théâtral magnifié à ce point. Magnifié et analysé, mis à nu aussi. Secrets, tours, astuces, défauts, trucs, dérives, idées reçues, effrois, beautés…dans cet « Acting », rien de ce qui le constitue n’a été oublié. Xavier Durringer a situé les protagonistes de sa pièce en prison. Ce stratagème dramaturgique lui permet de montrer que le théâtre peut se jouer de tous les enfermements, qu’il permet tous les « ailleurs », toutes les illusions, toutes les évasions. Son écriture est orale, percutante, canaille, populaire et concrète. Chaque mot en a été pesé. Les acteurs peuvent s’y arc-bouter. Quant à sa mise en scène, elle est à la fois simple, subtile, sans chichi, et laisse toute la place au texte et aux comédiens.

Les comédiens… Parlons en, justement ! Quel plateau ! A ma gauche, Niels Arestrup, souverain dans son rôle de Pygmalion, tour à tour bourru, passionné, intransigeant, désespéré, tragique, mais en même temps capable de grande patience, de douceur et même de tendresse, envers son « élève ».Son magnétisme, et sa voix, à la fois grave et mordorée, qui empoigne à merveille la prose de Durringer, impressionnent et prennent aux tripes. Et quel phrasé ! Quelle diction ! S’il était clown dans un duo, Niels Arestrup en serait celui qui porte le chapeau blanc et l’habit de lumière. Son partenaire, Kad Mérad, lui, serait l’autre, l’Auguste, l’homme de toutes les maladresses et de toutes les bêtises. Il y a six ans que cet immense comédien n’était pas remonté sur un plateau de théâtre. Il y est comme chez lui. La naïveté abrutie de son personnage lui va comme un gant. Il y fait preuve d’une finesse de jeu et d’un tempérament comique qui atteignent des sommets. Kad Mérad a été musicien. Cela se voit. Il « swingue » son rôle. Mais soudain, quand il s’attelle au monologue d’Hamlet, la salle se fige, les larmes montent aux yeux.

Au milieu de ces deux là, un autre acteur fait aussi un remarquable travail. Il s’agit de Patrick Bosso. Sauf à l’extrême fin de la pièce, il n’a pas un mot à dire. C’est donc très difficile pour lui. Mais ce qu’il parvient à exprimer par les seules forces de son regard et de ses attitudes est assez prodigieux.

Happé par la télévision et le cinéma, Xavier Durringer avait déserté le théâtre depuis longtemps. Il signe ici un retour magnifique, avec l’un des plus beaux faces à faces vus sur les planches depuis des lustres. Ce face à face parle de l’art théâtral, et en son arrière-plan, de cette chienne de condition humaine. Tragédie ? Comédie ? Sauf au dénouement on ne le saura pas, tant ce texte nous balade entre rires et larmes. Ce qui est sûr, c’est que cet « Acting, conçu comme un chant d’amour au métier d’acteur, ne parle au fond que de l’homme, de sa grandeur et de sa petitesse. Ce qu’on voit et entend, c’est que chacun de ses mots est porté par des acteurs au sommet, qui méritent tous les dithyrambes. (Théâtre des Bouffes Parisiens- Paris).
13 oct. 2016
9/10
35
L’intrigue se déroule dans le huis-clos intense et prenant de trois personnages emprisonnés. Gepetto et Horace voient arriver dans leur cellule Robert, comédien et metteur en scène, venant d'être condamné à 18 ans fermes pour meurtre. Ils vont partager leur cellule et peu à peu partageront des brides de vies, entre retenues et confidences. Pour tromper le temps et oublier l’ennui, l'emprisonnement et ses empêchements, Gepetto demande à Robert de lui apprendre le métier de comédien. Il accepte. Ils vont alors tous les deux, comme des fauves en cage, se livrer avec passion dans cette aventure, sous l’œil attentif d'Horace.

Les situations s’enchainent avec fluidité. Les répliques portent l’intrigue avec adresse, permettant des jeux savoureux, rieurs ou tristes, allant chercher quand il le faut dans la profondeur des émotions. Abordé avec humour et légèreté le texte soigne aussi les scènes de tension et les contours des personnages trempés et complémentaires. Des pointes caustiques parsèment les séquences chargées d’affects. L’auteur construit une mise en scène qui n’encombre pas l'attention, centrée sur le texte avec la précision nécessaire pour mettre en valeur les jeux.

Belle idée que de raconter ainsi le sort de trois hommes privés de liberté qui trouvent dans l'amour du théâtre une libération de leurs imaginaires, de leurs mémoires et de leurs désirs. Xavier Durringer situe la pièce dans ce contexte clos où tout est possible. Une tragi-comédie sur le faux-semblant, l’être et le paraître, le paradoxe du mensonge et de la vérité. Sur le métier d’acteur en somme.

Les comédiens sont très bons. Kad Merad fait rire mais pas que. Il joue avec finesse le rôle de l'élève-comédien, sans lourdeur ni surjeu. Patrick Bosso étonne dans son rôle muet de tiers, pas simple du tout à jouer. Il le rend sympathique et chaleureux.

Niels Arestrup en professeur de théâtre brille comme nous nous y attendions. Un très grand comédien dans un rôle de comédien ! Délicate entreprise certes, mais il maîtrise son art avec la facilité des grands. On oublie qu'il joue, tant sa puissance de jeu est époustouflante. Il nous cueille en nous montrant un personnage qui aime le théâtre plus que sa vie, avec la poésie de sa tendresse et l'animalité de sa passion. Un comédien rare et éblouissant.

Une pièce très bien jouée, traversée d'émotions multiples, se révélant une agréable surprise. Un propos et des scènes sur l'art de l'acteur réussis. n spectacle saisissant et passionnant.
7 oct. 2016
9/10
30
J'ai été voir cette pièce samedi soir.
Et... J'ai adoré...
J'adore le théâtre. J'y vais au moins deux fois par mois.
Et cette pièce fait partie de mes préférées.
Merci Niels Arestrup vous êtes définitivement un acteur sublime. A chaque mot que vous prononcez je suis aux anges...
Merci Kad Merad vous avez le rôle du "clown" et vous êtes magnifique.
Merci Patrick Bosso vous avez sûrement le rôle le plus difficile et vous captez toute notre attention.
Enfin et surtout... Merci le théâtre. J'ai vécu un beau moment...
2 oct. 2016
8,5/10
305
Car le théâtre c'est avant tout une convention, cette histoire bien que peu réaliste est terriblement théâtrale.

Et ce huit clos entre trois hommes différents enfermés dans une même cellule avec un temps infini qui se déroule devant eux et finira par les unir, est une occasion magnifique de parler de manière accessible et sincère du "métier" d'acteur. Quand monsieur tout le monde rencontre un idole, un acteur. Et toutes les questions et stéréotypes habituels sont ici déballés, ça sent le vécu, on s'y retourne forcément. Même si des fragilités subsistent tout au long de la pièce, j'ai aimé ce numéro d'équilibriste entre un théâtre privé accessible aux répliques et aux sketchs et têtes d'affiche attendus et l'écriture plus ciselée et profonde, d'un scéno mentale d'un théâtre public pour amateurs. Cette frontière est ténue et souvent idiote mais là, elle est le sujet même de l'histoire : quelle place à la culture dans notre quotidien aujourd'hui.
Quant aux acteurs, même si Kad Merad est enfermé dans son rôle de beauf sympathique dans lequel il excelle, la présence silencieuse de Bosso est inquiétante, quant à celle de Niels Arelstrup, elle est grandiose, vivace, puissante et fragile à la fois. De grands moments de théâtre se profilent alors en toute simplicité, sans la grandiloquence pédante du Théâtre de créateurs, des moments où ceux qui seront venus pour voir les vedettes et ceux qui écument les salles de spectacle se retrouvent et sourient ou s'émeuvent ensemble. Et la leçon de théâtre de Niels est magistrale, et la réponse de Kad pas si évidente que ça (faire le guignol n'est pas choses aisée quoiqu'on en pense). Et le théâtre dans tout ça, il est reçoit un ode en prose inattendue. Et ça fait du bien !