Critiques pour l'événement La Tempête
23 avr. 2023
8/10
7
Le spectacle commence par une tempête plus vraie que nature, l’illusion est parfaite malgré de modestes moyens.

Le décor est dépouillé mais met en valeur le jeux des comédiens. Cette dernière pièce de William Shakespeare révèle le pire et le meilleur des hommes.

L’excellent Jérôme Pradon, dans le rôle de Prospéro, déclame avec passion le texte du dramaturge anglais.

La sensible Marion Preïté, et le bondissant et virevoltant Ethan Oliel interprètent plusieurs personnages dans une mise en scène rythmée.

Juste une petite fausse note, la faiblesse mélodique de la partie chantée.
2 mars 2023
8/10
10
Avis de Tempête sur la Huchette

"La Tempête", c'est cinq actes et une vingtaine de personnages, tous plus étranges et improbables les uns que les autres. "La Tempête", c'est une île déserte, peuplée de sorcières, d'elfes, de monstres et de magie. "La Tempête", c'est un navire pris dans la houle qui se brise sur les côtes, et échoue dans le royaume auto-proclamé de Prospero, mi-homme, mi-mage, et qui a fait sombrer l'équipage grâce à l'intervention de son esprit Ariel. "La Tempête", c'est l'une des dernières pièces de Shakespeare, et la quintessence de son esprit baroque.
Et "La Tempête" vu par le metteur en scène Emmanuel Besnault, c'est un peu tout ça, mais à trois comédien.ne.s et six personnages, dans l'étroite (mais si plaisante) salle du théâtre de la Huchette, avec des costumes et un décor simples mais bourrés d'ingéniosité. Un drap, quelques planches et des lumières bien placées : voilà notre île qui se dresse sur cette petite scène, sur laquelle évoluent des acteurs pleins de talent, qui n'hésitent pas à mouiller la chemise pour endosser chacun de leurs rôles, et opérant des changements de costumes dignes des transformistes. Le passage d'un personnage à un autre est si réussi que l'on doute parfois de la présence d'une seule et même personne derrière deux masques différents.
N'imaginez pas que la réduction du texte et des protagonistes fait perdre sa saveur à l'histoire, au contraire, celle-ci est ramenée à l'essentiel et ce qui est souvent nébuleux chez le dramaturge anglais devient bien plus évident, tout en conservant l'atmosphère merveilleuse et les principaux enjeux de la pièce. On retrouve la patte d'Emmanuel Besnault tant appréciée dans "Fantasio" l'an dernier, qui sait parfaitement utiliser l'espace et colore tout d'un aspect de conte de fées, notamment ici avec l'utilisation de la musique qui donne un côté "Disney" (mais Disney shakespearien tout de même) au spectacle. Cela est très appréciable (surtout que la jeune comédienne, Marion Préïté, chante merveilleusement bien), peut-être est-ce un peu too much à la fin (il faut aimer l'idée d'un texte théâtral chanté) mais les défauts sont vite effacés par la qualité du jeu et les très bonnes idées de mise en scène.
Je finirai d'ailleurs sur une de ces trouvailles malicieuses, dont l'auteur baroque aurait pu être fier : si nous n'avons pas assez de comédiens pour jouer tout le monde, laissons le public faire partie de l'histoire et devenir lui-même un habitant de cette grotte isolée. Comment ? Plongez au cœur de la Tempête pour le savoir...