The Scarlet Letter

The Scarlet Letter
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
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De Sidney Olcott à Wim Wenders, de Hugo Pratt aux scénaristes de Nip/Tuck ou de Mentalist, nombreux sont les auteurs qui se sont inspirés de l’œuvre fondatrice de Nathaniel Hawthorne, notamment de La Lettre écarlate publiée en 1850.

Il y a là matière à inspirer l’artiste, metteure en scène, auteure et interprète espagnole Angélica Liddell. Son œuvre entière, depuis La Maison de la force jusqu’à la Trilogie de l’infini, est le reflet de sa souffrance intérieure en écho aux violences du monde.

Si c’était autrefois la religion qui censurait, rejetait, c’est aujourd’hui l’empire de la raison qui domine la pensée puritaine de notre société.

Dans un déchirant cri de souffrance, Angélica Liddell nous rappelle que l’humanité trouve son fondement dans la culpabilité du premier homme, c’est sur cette base qu’elle libère ses tourments, porteuse des stigmates de nos infractions à la morale et de nos mauvaises consciences.

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17 janv. 2019
8/10
1
J’ai vu mon premier et dernier Angelica Liddell il y a à peine plus de quatre ans. Je me rappelle avoir été assez fascinée par ce que je voyais, sans vraiment saisir tout le propos. Je relis aujourd’hui l’article que j’en avais sorti et je me rends compte que la perception de ce nouveau spectacle n’est finalement pas si loin de ce que j’avais ressenti alors. Et de la même manière qu’il y a quatre ans, je me demande bien ce que je vais pouvoir vous raconter, tant il est question dans ces spectacles de voir et de percevoir plutôt que d’intérioriser et de réfléchir. En tout cas, sur le moment…

Tout commence par le roman de Hawthorne. La lettre écarlate, c’est ce A inscrit sur la poitrine d’Hester, condamnée pour Adultère. Une condamnation dénoncée par Angélica Liddell, et qui lui sert de prétexte à épingler une société qu’elle considère trop puritaine. On se retrouve rapidement bien loin de #MeToo, sur ce plateau où tout semble permis, où une certaine forme de violence est revendiquée, et où l’immoralité fait loi. Si il y a bien encore un endroit au monde où on peut se l’autoriser, c’est bien au théâtre. Et la démonstration est convaincante.

Je n’ai pas lu The Scarlet Letter et je l’ai parfois regretté. Si le point de départ est le même, l’adaptation est par la suite très libre mais m’aurait peut-être permis d’éclaircir certains points. Pour une adepte du théâtre de texte, les propositions de Liddell peuvent avoir quelque chose de très déconcertant mais j’étais préparée. Préparée à ne pas intellectualiser, à ne pas toujours chercher la transcription verbale brute de ce qu’elle pouvait nous proposer visuellement. Et cette préparation psychologique a été une belle initiative, car voilà un spectacle qui ne m’a pas laissée indifférente.

Le spectacle est inégal. Certaines scènes sont plus obscures que d’autres, et j’ai eu l’impression que Angélica Liddell expédiait, peut-être volontairement, les scènes entre Arthur et Esther. Ce ne sont d’ailleurs pas les scènes qui m’ont le plus scotchée. Mais ils y a des scènes qui vous prennent tellement aux tripes que c’est vite pardonné. Ce spectacle me laisse de nombreuses images phares en tête, et le mélange des corps tel que l’organise Angélica Liddell est d’une beauté à couper le souffle. Il se passe sur scène quelque chose de l’ordre du magnétisme.

L’envoûtement est d’autant plus total que la bande son qui accompagne le spectacle est totalement folle et m’a totalement emportée malgré les mélanges de rythme, de genre, les ruptures et les propositions toujours plus excentriques. Devant ces tableaux qui se succèdent, dont certains portent en eux quelque chose de grandiose, je me suis retrouvée dans un état second, avec parfois mon cerveau déconnecté. Tant et si bien que, lors d’une scène où retentit un morceau de Lully – que mon inconscient reconnaît comme attaché à un sentiment de vive émotion – je me retrouve soudainement émue, je n’en comprends pas tout de suite l’origine, puisque j’ai sous mes yeux Angélica Liddell serrant deux à deux les sexes de ses partenaires comme lors d’un encouragement sportif. Moment étrange que cette dichotomie intérieure révélant un état de quasi-transe.

Mais j’ai aussi entendu Angélica Liddell et ce qu’elle avait à dire du monde d’aujourd’hui. C’est peut-être le côté le plus frustrant de mon spectacle, car ses monologues, qui se transforment rapidement en dénonciation, sont subjuguant. Je pense notamment à sa description du vieillissement des femmes à la fois drôle, cynique, amer, instigateur mais surtout brillant. On en veut à nouveau, on en redemande. Et je suis frustrée car ces parties-là sont encore trop disséminées dans le spectacle. Elle n’a pas que le talent de la scénographie mais aussi celui de l’écriture et du message, d’autant plus audible qu’il va à l’encontre de tout ce qu’on peut entendre aujourd’hui. Etonnamment, elle s’autorise tout mais ne choque jamais. On est ici pour l’art. L’art transcende tout. CQFD.
16 janv. 2019
8/10
1
Angélica Liddell fait partie de ces artistes dont on sait déjà ce qu’on va voir. Elle provoque le malaise, la fascination, va beaucoup parler, ne pas épargner ses partenaires de jeu ni elle-même par la même occasion. Elle sait également comment mettre le public dans sa poche (l’utilisation de chansons populaires en est un exemple).

Pourtant on y revient. Parce qu’elle est une artiste entière, audacieuse, qui ne ménage pas sa peine et ce n’est pas forcément si fréquent. Mais qu’osera-t-elle faire cette fois-ci ? La nudité (masculine) sera très présente (ces hommes qui resteront nus même aux saluts). Parce qu’elle sait créer des images d’une beauté époustouflante (ces grands rideaux rouges qui tombent sur elle, par exemple). Parce qu’elle a toujours quelque chose d’intéressant à dire, parfois à contre-courant de l’air du temps. Elle porte une autre voix, persévère dans sa propre voie. Elle parle de la vieillesse et surtout de l’artiste qui est au centre de tout, qui, sans public, n’est rien. Elle regrette l’aseptisation de l’art. Liddell déclare sa flamme aux Artaud, Foucault… Qu’en serait-il aujourd’hui ?

C’est certain, on y reviendra.

Ps : Note pour plus tard, le rang B à la Colline c’est le premier rang. On n’appréhende pas tout à fait de la même façon les images en face de nous que si nous avions été au rang Q. Mais on fait comme si on était tout seul face à la scène. On ne remarque pas les spectateurs laissés sur le bord de la route. Zéro parasitage.
13 janv. 2019
9/10
37
Lettre ou ne pas lettre ?
"La lettre écarlate", c'est un roman de Nathaniel Hauwthorne, publié en 1850.
L'auteure et metteure en scène espagnole Angelica Liddel s'est emparée de cette œuvre pour montrer ce qui entrave, muselle, atrophie, étouffe notre société.

Autrefois, nous dit-elle dans sa note d'intention, c'était la religion qui censurait, rejetait. Maintenant, c'est autre chose... (Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur la place et le rôle en matière de religion aujourd'hui... Ceci est un autre débat...)

La Señorita Liddel va nous démontrer que de nos jours, c'est « l'empire de la raison qui domine la pensée puritaine de notre monde ».

Aujourd'hui, nous voulons du Sade sans Sade, du Nietzsche sans Nietzsche, nous voulons du light, de l'édulcoré, du Artaud sans Artaud, du Baudelaire sans Baudelaire. C'est ce que nous pourrons lire sur le rideau rouge du fond de scène grâce à la projection des surtitrages et de certains textes en Français.

Aujourd'hui, la morale règne insidieusement en maîtresse, jamais frontalement, dans un message quasi subliminal, sous couvert d'une pseudo-libération des mœurs et des images qui n'est qu'illusion.

Elle va également nous rappeler que l'humanité trouve son fondement (nous verrons que « fondement » est un terme particulièrement approprié...) dans la culpabilité du premier homme, du premier couple, du premier crime...
Nous le verrons, ce premier couple, se recueillir sur la tombe de Hauwthorne. Et puis il y aura le couple Arthur et Hester... Le couple actuel.

Elle arrivera, Hester, en la personne de la metteure en scène-comédienne, en robe à crinoline noire, telle une sombre ménine. Elle sera rejointe par huit pénitents en capes et toques pointues noires.

Ils se dévêtiront et deviendront une nouvelle humanité qui va se livrer à ce que Melle Liddel appelle « les stigmates de la morale et de nos mauvaises consciences ».
Les comédiens dans le plus simple appareil se livrent à des chorégraphies impudiques, soulevant et faisant tournoyer des tables, faisant virevolter leur sexe, se logeant des bouquets de fleurs entre les cuisses, et j'en passe... Nous n'ignorerons plus rien par exemple de leur sillon inter-fessier...

Et puis viennent quelques scènes relatives à la sexualité, avec des scènes plus ou moins simulées.
J'ai compris le propos de l'auteure en constatant que c'était les plus jeunes spectateurs autour de moi qui étaient les plus « choqués ». Je me souviens, vu mon grand âge, dans les années 80, de certaines scènes sur des plateaux de théâtre ayant pignon sur rue, des scènes beaucoup mais beaucoup plus osées.

Que s'est-il passé en presque quarante ans pour que les jeunes gens soient choqués de scènes somme toute pas si terribles que ça ?
Je crois que c'est une partie de la question que nous pose fort justement Angelica Liddel, que de s'interroger sur ce recul.

Avec également le recul de l'image de la femme et de la condition féminine.
La comédienne va interpréter pendant dix bonnes minutes une litanie d'horreurs, de lieux communs sur les femmes et leurs supposées turpitudes. C'est évidemment à prendre au second degré, et ceci déclenche l'hilarité du public.

Ces deux heures ont une vraie beauté formelle, avec des images à couper le souffle, le tout dans des tentures rouge écarlate. (Forcément...)

Les comédiens se livrent totalement et donnent vraiment de leur personne...
Il règne une sorte d'électricité dans l'air, à la fois sur le plateau et dans les rangs des spectateurs. (Certains sont partis avant la fin de la représentation.)

L'interprétation d'Angelica Liddel est magnifique. Elle passe des chuchotements aux cris, elle peut hurler, rouler sauvagement les « r ». Elle aussi donne de sa personne ! Je vous laisse découvrir.
Quelle énergie ! C'est une sacrée performance d'actrice, largement saluée aux applaudissements.

Le message de ces deux heures est on ne peut plus salutaire, et doit être constamment rappelé, parce qu'il ne faut jamais le perdre de vue : ce sont les artistes qui le mieux peuvent sortir le monde de sa torpeur et de sa bien-pensance.
Oui au droit de choquer, de provoquer, oui au droit à l'offense !
Un spectacle coup de poing, qui peut déranger, mais qui ne laisse personne indifférent.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Originalité
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor