Que viennent les barbares

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Myriam Marzouki s’interroge : qui aujourd’hui n’est toujours pas perçu comme Français et pourquoi ?

Rappelant à nous des personnages historiques, la fiction fait naître les étincelles de rencontres improbables, susceptibles d’éclairer notre présent.

Artiste d’un théâtre de la pensée qui s’engage dans les enjeux de notre époque, Myriam Marzouki détricote les imaginaires qui font que les peaux non blanches n’entrent pas dans la carte postale française.

À quelle altérité renvoie cette surface de l’apparence que nul ne choisit ? À quelle peur ? À quelles histoires ? Que viennent les Barbares fait de la scène un laboratoire imaginaire et poétique qui tente de saisir ce qui nous sépare et ce qui nous unit.

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Alors ?
A l'origine du spectacle, Myriam Marzouki, dans sa note d'intention, expose sa thèse selon laquelle il serait impossible, aujourd'hui, avec "les migrations, les exils" - qui "sont devenus un phénomène massif" - de vivre qu'avec "des gens qui nous ressemblent".

Elle se questionne sur l'identité française contemporaine, celle de demain. Le passé n'est invoqué que pour pointer du doigt le malvenu récit national. Point d'étonnement à lire que Myriam Marzouki ait pris notamment comme source l'ouvrage de Patrick Boucheron (Histoire mondiale de la France). Cela étant annoncé, ma crainte de découvrir une pièce militante et prête à penser m'envahit. Mais puisqu'il faut vaincre ses préjugés, j'y suis allée. J'ai découvert un texte anachronique mi-documentaire mi-fictionnel présentant un patchwork ciblé de personnages. Le spectacle englobe autant l'identité américaine que l'identité française, à en croire le choix des personnages. Il est étonnant de présenter ainsi le spectacle comme traitant exclusivement de la question de la citoyenneté française. De même, dans le giron des discriminations, le texte en profite pour instiller des interrogations sur la place des femmes dans l'Histoire.

Sauf que la pièce ne les met certainement pas à l'honneur. Les personnages féminins fictionnels sont déplorables : l'une est une journaliste qui ne comprend pas en quoi ses questions racistes peuvent choquer et l'autre, une fonctionnaire à "l'office national français universel de l'intégration totale", perchée sur ses talons, serrée dans sa jupe fourreau, bonne à réciter bêtement les valeurs de la République française et à lâcher un pet. Fort heureusement, ces deux mêmes personnages sont interprétés sans trop grande grossièreté par la comédienne Claire Lapeyre-Mazérat. Tirer à boulets rouges sur les discours raciste et misogyne n'est pas un gage de qualité. Pourtant, étonnamment, le spectacle dans son ensemble est une réussite. Il enchaîne les saynètes indépendantes avec fluidité et beaucoup de poésie. Les comédiens interprètent différents rôles mais ont chacun leur spécificité. Yassine Harrada, malgré sa petite taille et sa faible corpulence, parvient à être crédible en Mohamed Ali. Il est gracieux, souple et a le rythme dans la peau. Louise Belmas représente la révolte (Jean Sénac et une militante).

Marc Berman apporte beaucoup d'humour (un animateur et Claude Lévi-Strauss). Samira Sedira fait des apparitions en Toni Morrison et en Marianne. Enfin, la prestance et le texte de Maxime Tshibangu en font l'élément fondamental du spectacle. Il jouera James Baldwin et Jean-Baptiste Belley. Le plateau se module à chaque fois pour offrir un nouvel espace de jeu.

Le spectacle offre une séance de remue-méninges au public : qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Quelle est notre fierté collective ? Identifiez-vous à autrui ? Qu'est-ce qui nous différencie ? Les réponses ne seront peut-être pas les mêmes, et c'est justement ce qui fait la grandeur de l'Homme : réfléchir.
14 mars 2019
9,5/10
29 0
Nous sommes tous des barbares, mais certains seraient-ils plus barbares que d'autres ?
Le barbare : l'étranger, celui qui n'est pas comme vous, pour les Grecs et les Romains.

« Il paraît que les barbares doivent arriver aujourd'hui,
Et pourquoi le Sénat ne fait-il donc rien ?
[…]
Les barbares ne sont pas arrivés, [...]
Et maintenant qu'allons-nous devenir, sans barbares ?
Ces gens-là, en un sens, apportaient une solution.»

Ce poème de Constantin Cavafis, écrit en 1904, est le point de départ et la conclusion de ce remarquable spectacle conçu et mis en scène par Myriam Marzouki.

On entend, on voit ici et là de grands débats, de savantes émissions, des livres soi-disant érudits qui posent ce genre de questions étranges : « Qu'est-ce qu'être Français ?», « qu'est-ce que l'identité nationale ? »

Myriam Marzouki adopte un angle de vue radicalement opposé, faisant émerger un questionnement complexe : « Qui est perçu comme l'Autre, irréductiblement décalé du « Nous » national ? »

Car d'un point de vue sociologique, ethnographique, il est désormais fini le temps de penser que l'on peut vivre au milieu d'êtres identiques à soi.
Et de poser une nouvelle et essentielle question : « Qu'est-ce qui fait le « Nous » aujourd'hui, en France ? »
Cette France qui n'a toujours pas entièrement « digéré » la colonisation et surtout la décolonisation.

A partir de ces interrogations, elle a écrit en compagnie de Sébastien Lepotvin un texte et une dramaturgie passionnants !

De ces questions-là, une entreprise théâtrale est mise en place. C'est l'une des principales réussites : il y a le fond et la forme.

Nous allons assister à une série de rencontres parfois improbables, anachroniques, surréalistes, où sont mis en scène les thèmes de l'altérité, de la différence, et de ce qu'il est convenu d'appeler d'un étonnant nom-composé « le vivre-ensemble ».

Nous rencontrerons une journaliste débutante interviewer dans les années 70 Toni Morrison et James Baldwin, un reporter parisien très Chapatte-Couderc interrogeant Mohammed Ali sur son ring, Jean-Baptiste Belley aux prises avec une emblématique fonctionnaire de l'O.N.F.U.I.T., l''Office National Français Universel de l'Intégration Totale qui se pose en gardienne du « dogme républicain. ». Nous verrons aussi Claude Lévi désirant ajouter Strauss à son patronyme, lui aussi confronté à cette employée.

Durant tout le spectacle, les choses sont dites, signifiées clairement, mais surtout de façon souvent drôlissime.

Le fond et la forme, vous dis-je ! C'est malin, c'est intelligent au possible !

Les six épatants comédiens évoluent au sein d'espaces matérialisés par des sortes de grands blocs de bois, par un petit bar, un bureau, quelques chaises. Sans oublier un ring.
La scénographie se transforme en permanence.

Ce décor permettra de conclure le propos en deux séquences très réussies.
Tous les protagonistes seront rassemblées dans une danse : tous évolueront ensemble, chacun à sa façon, respectant celle des autres. Le symbole est évident.

Et puis les blocs de bois seront retournés, se transformant en une espèce de galerie de musée.
Les personnages seront exposés, alors que sera dit le poème cité plus haut.

Oui, un jour, même s'il y a encore du boulot, les comportements humains de discrimination, de refus de l'altérité, de la différence, ces comportements réducteurs éthnocentrés seront considérés comme une aberrante curiosité.

Il faut absolument se rendre à la MC93 de Bobigny afin d'assister à ce spectacle.
C'est un spectacle qui rassemble, qui redonne confiance et courage !
Un spectacle qui fait du bien !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor