Expo Pierre Dac, Du côté d'ailleurs

À l'affiche du :
15 octobre 2020 au 28 février 2021
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Le mahJ présente la première exposition consacrée à Pierre Dac (1893-1975). Plus de 250 documents issus des archives familiales, extraits de films, émissions télévisées et radiophoniques éclairent le parcours personnel et l’œuvre de ce maître de l’absurde, qui présida à la naissance de l’humour contemporain. Qui sait que, dans les années 1950, Pierre Dac fut l’inventeur du schmilblick, cet objet au nom yiddish « qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout » ?

Qui se souvient du biglotron ? Qui a en mémoire la désopilante série radiophonique Bons baisers de partout, diffusée sur France Inter de 1966 à 1974 ?

Des années 1930 au milieu des années 1970, l’imagination et l’inventivité de Pierre Dac ont nourri la culture française d’un extraordinaire arsenal humoristique que l’exposition fera redécouvrir. Né André Isaac à Châlons-sur-Marne, Pierre Dac est issu d’une famille juive alsacienne qui choisit la France après Sedan. Il s’engage durant la Première Guerre mondiale, animé du désir de rendre l’Alsace-Lorraine à la France. Après l’armistice, il se tourne vers le métier de chansonnier ; ses sketchs, chansons, et surtout ses « pensées », lui valent un succès immédiat. Dans les années 1930, il produit les premières émissions d’humour à la radio (La société des loufoques, La course au trésor...), puis fonde l’hebdomadaire L’Os à moelle. Résistant de la première heure, il rejoint la France libre en 1943. Dans les Français parlent aux Français, au micro de Radio Londres, il mène une guerre des mots contre Radio Paris. Au lendemain de la guerre, Pierre Dac rencontre Francis Blanche, avec lequel il crée « Sans issue ! » aux Trois Baudets, puis le célèbre « Sâr Rabindranath Duval » et le feuilleton Signé Furax, la série la plus écoutée de l’histoire de la radio, tout en militant à la Lica, ancêtre de la Licra. L’exposition éclaire la créativité musicale et littéraire de Pierre Dac, ses modes d’expression très divers – et notamment l’utilisation de tous les nouveaux médias (cinéma, radio et télévision), tout en restant attaché au cabaret et au théâtre. Elle évoque ses compagnons de route : Francis Blanche, Jean Yanne et René Goscinny. Enfin, elle replace l’oeuvre de Pierre Dac parmi celles des maîtres de l’absurde (Beckett, Ionesco, Dubillard…), redevable tant à l’argot des bouchers qu’au Witz freudien, et aborde les résonances de sa judaïté dans son parcours personnel et ses choix artistiques.

 

Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple

75003 Paris

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19 oct. 2020
9,5/10
6
Qui ne connaît cette célébrissime et cultissime réplique, tirée du sketch de Pierre Dac et Francis Blanche « le Sar Rabindranath Duval » ?

« Lorsque Monsieur est dans de bonnes dispositions... ce tatouage représente d'un côté la cueillette des olives en Basse-Provence, et de l'autre un épisode de la prise de la Smala d'Abd El-Kader par les troupes du Duc d'Aumale en 1843. »

Seulement voilà, il serait très réducteur de résumer Pierre Dac à cette seule tirade, certes épatante.

Pierre Dac, c'est beaucoup plus que cet humour ravageur, loufoque, intelligent, sain, fait de situations surréalistes, de calembours, de jeux de mots ou de contrepèteries.
Pierre Dac, il faut aller le chercher « du côté d'ailleurs » !

C'est l'une des raisons qui assurément ont poussé le MAHJ, le Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme à présenter cette magnifique et indispensable exposition, qui rend hommage à un homme unique et à qui l'on doit beaucoup en matière d'humour et de loufoquerie, de presse écrite, de radio, de télévision, mais également en matière d'héroïsme et de Résistance à tous les fascismes en général et au nazisme en particulier, et ce dès 1933.

Et même de philosophie, oserais-je ajouter.
Oui, quelqu'un qui écrira « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir ! », est à coup sur un philosophe !

Cette expo est constituée de nombreuses et souvent rares archives, conservées précieusement par son ami et ayant-droit Jacques Pessis.
Jacques Pessis, bien connu des lecteurs de ce site, est non seulement journaliste, écrivain, scénariste, animateur radio, producteur télé, il n'est pas non plus seulement l'un des plus fins connaisseurs de la chanson française, c'est également le légataire universel de Pierre Dac.

Qui mieux que lui pouvait remplir la fonction de commissaire de cette exposition, avec l'historienne-documentaliste et conservatrice du MAHJ Hélène Hoog ?

L'exposition est logiquement organisée de manière chronologique.
Nous commençons donc par l'enfance alsacienne, l'adolescence, la jeunesse de André Isaac, sa participation et son lourd tribut familial à la guerre de 14-18, avec une grave blessure au bras, dont il gardera des séquelles toute sa vie, et la perte au front de son frère Marcel.)

L'entre-deux guerres verra les débuts du jeune André, qui prendra le pseudo de Pierre Dac, sur les conseils de Roger Toziny, patron du cabaret montmartrois La vache enragée.

Nous sont rappelés les spectacles dans ces cabarets souvent disparus aujourd'hui, par des photographies, des livrets de monologues, des partitions, ou encore des documents sonores que l'on peut déclencher par l'intermédiaire d'un boîtier-casque audio fourni avec le billet d'entrée.
Et c'est l'occasion de rire avec notamment les sketchs « Mon cœur est un feu de bengale », ou encore « La confiture de nouilles ».

Un passage important de l'exposition est évidemment consacré à L'os à moelle, le journal loufoque bien connu.

Ce sera également en 1936 ses débuts d'homme de radio, avec notamment la création de la première émission d'humour radio-diffusée « L'académie des travailleurs du chapeau ».
En 1937, il animera le célèbre jeu « La course au trésor », dans lequel les auditeurs doivent lui rapporter tout une liste d'objets plus hétéroclites les uns que les autres.

Et puis, c'est la guerre, et l'engagement de Dac dans la Résistance, son passage à en Angleterre, et sa participation à Radio-Londres. Il sera l'un des plus célèbres « Soldats du micro ».
Nous entendrons notamment sa digne et émouvante réponse au pétainiste Henriot lui demandant ce que « La France pouvait bien représenter pour le Juif-Dac ? », dans le texte intitulé « Bagatelle sur un tombeau ».

Une pièce rarement montrée participe à la conclusion de cette période de la vie de Pierre Dac, à savoir une lettre manuscrite du Général de Gaulle, le remerciant sincèrement et avec grande émotion de son engagement patriotique.

L'après-guerre, c'est le retour sur les planches, mais ce sera surtout l'occasion pour l'humoriste de continuer à innover en matière de radio et de télévision. (A noter la diffusion d'une rareté télé, à savoir Patrick Dewaere en redingote récitant avec le plus grand sérieux des méditations daciennes...)

Ne sont bien entendu pas oubliées les séries radiophoniques « Signé Furax », « Bons baisers de partout » ou encore « Malheur aux barbus », écoutées par des millions d'auditeurs.

La collaboration avec Francis Blanche aboutit aux plus célèbres pochades télévisées des années 50 : comme « Le water-pudding », la création du « Parti d'en Rire » et son programme, du « M.O.U. » (je vous laisse découvrir), et bien entendu « le Sar Rabindranath Duval », que l'on peut retrouver dans son intégralité à la toute fin du parcours.

Il faut noter que des moments interactifs vous permettent par exemple de rédiger vous aussi des fausses petites annonces à publier dans le journal L'os à Moelle.


J'ai donc passé trois heures formidables au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, en compagnie de celui qui inventa le mot « Schmilblick », que reprendra plus tard Coluche.
Pierre Dac, à qui de nombreux humoristes doivent beaucoup, est encore d'une rare modernité.

Je vous conseille plus que vivement cette exposition, dont le fond et la forme permettent de mieux appréhender l'œuvre et l'homme Pierre Dac, celui qui rappelait à raison que « Rien de ce qui est fini n'est jamais complètement achevé tant que tout ce qui est commencé n'est pas totalement terminé. »
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