Dossier Paradis

Dossier Paradis
  • A la Folie Théatre
  • 6, rue de la Folie-Méricourt
  • 75011 Paris
  • Saint Ambroise (l.9)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 30,00
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Au bureau. Elle tape, il téléphone. Elle réserve, il annule. Elle annule. Il oublie, il signe, il oublie. Où est le Dossier Paradis ? Lui, c'est le patron. Elle l’assiste, le seconde, le secoue, le soutient.

Et les dossiers tombent, toujours plus, toujours plus vite, toujours plus fort. Et l'argent rentre, toujours, toujours - pour quoi faire ?

Il est fatigué, elle est fatiguée, il faut embaucher. Où est passé le dossier ? La vie en entreprise - exaltante, tourbillonnante, drôle, terrifiante.

 

Pièce de théâtre physique et poétique sur fond de vie au bureau ardente et chaotique.

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2 critiques
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Toutes les critiques
6 avr. 2016
8/10
85
Difficile de résumer la pièce sans paraphraser le texte de présentation sur le flyer distribué à l’entrée alors autant vous en faire part, cela sera plus simple pour vous faire une idée de ce qui vous attend avec Dossier Paradis, une trépidante chronique sur la vie en entreprise : « Au bureau. Elle tape, il téléphone. Elle réserve, il annule. Elle annule. Il oublie, il signe, il oublie. Où est le Dossier Paradis ? Lui, c’est le patron. Elle l’assiste, le seconde, le secoue, le soutient. Et les dossiers tombent, toujours plus, toujours plus vite, toujours plus fort. Et l’argent rentre, toujours, toujours – pour quoi faire ? Il est fatigué, elle est fatiguée, il faut embaucher. Où est passé le dossier ? »

Voilà, Dossier Paradis, c’est tout cela à la fois. Un rythmé effréné, un texte saccadé et alerte, une allégorie parfaite d’un bouillonnant monde du travail où tout va très vite. « L’enfer, c’est les autres » disait Sartre. Mais ici, l’enfer c’est bel et bien l’univers de l’entreprise, stressant et aliénant, pris dans la tourmente des contraintes toujours plus nombreuses et plus oppressantes. L’écriture de Catherine Richon est proche de l’environnement créatif de Jacques Tati qui aurait collaboré avec Ionesco pour accoucher d’une pièce contemporaine, reflet d’une réalité de travail que l’on occulte trop souvent, théâtre d’un enfermement dans une course à la performance et une quête de reconnaissance, jusqu’à l’épuisement. Car ici, le burn-out n’est jamais très loin, à la portée du patron et de son assistante, faisant face tant bien que mal à la pression que l’on fait peser sur eux.

Dans une scénographie épurée, composée de deux bureaux disposés en reflet, Delphine Kuehn et Dan Kostenbaum donnent de leur personne. Elle, dans sa jupe jaune, son haut rouge et sa veste stricte, semble la plus solide dans ce duo épatant au bord de la crise de nerfs. Lui, travaille sans relâche et lorsqu’il perd pied, il s’effondre littéralement. Tout bouillonne, s’accumule, se superpose dans un dynamisme incroyable retranscrivant à merveille ces journées qui défilent à plus de cent à l’heure. Les deux acteurs sont fabuleux et nous entraînent avec eux dans cette chronique d’un burn-out annoncé.

Dossier Paradis est une plongée vertigineuse dans le monde machinal et infernal de l’entreprise jusqu’à épuisement. Un déroutant portrait mais cela vaut le coup de s’accrocher et d’accepter d’être bousculé dans notre confort de spectateur. Ainsi, nous accédons à une création originale avec le regard d’une grande acuité de l’auteur posé sur le quotidien dévastateur du travail en conditions extrêmes.
Voici une surprenante et intéressante comédie macabre sur l’univers du travail et ses lignes de douleur, dénonçant cet univers qui peut être une prison où l’on se laisse enfermer jusqu’à l’épuisement.

Le spectacle semble être une allégorie de l’enfermement, rythmée par la quête haletante de la performance permanente, du « toujours mieux » au « j’en peux plus ». Composé de ces petits riens quotidiens qui font tout de tout, il nous montre comment ce brulot implacable s’empare de chaque geste, chaque pensée, et oriente chaque choix et chaque désir.

C’est cette danse infernale que Catherine Richon a écrite et met en scène, comme une pantomime pour deux robots, parfois ralentie pour extraire et nous livrer des attitudes ou des propos de cette folle course meurtrière. L’homme et la femme semblent s’agiter l’un à côté de l’autre, s’interpellant sans pour autant se voir ou se parler vraiment. Glaçante ronde de mots qui s’affole et forme une mélopée absurde trempée dans le vocabulaire usuel.

Les comédiens Delphine Kuehn et Dan Kostenbaum jouent ce duo en enfer. Très à l’aise dans cette sorte de théâtre gestuel psalmodié, ils interprètent la partition avec finesse et précision. Ils apportent toute la violence et la résignation nécessaires pour nous faire vivre la progression inexorable de ces deux prises de guerre du Burn-out, vers leur fatalité.

Une pièce forte, aux contours oniriques et un spectacle bien joué qui nous conduit inévitablement à réfléchir et à choisir quelle place pour « Playtime » dans notre vie.
8 mars 2016
7/10
105
Un espace quasiment vide, avec pour seuls éléments de décor deux tables équipées d’un téléphone et d’un clavier.

Deux comédiens, un homme, une femme. Il est le Patron, elle est l’Assistante.
Des dialogues secs, saccadés, des phrases, ordres, réponses, scandées et répétées, lâchées telles quelles, dans une économie de mots et de verbes. Ils sont deux et se répondent ou s’interpellent. Le dossier le plus important, c’est le dossier Paradis. Il rythme leurs journées, leurs phrases, leurs déplacements. Catherine Richon, forte de son expérience passée au sein d’un office notarial en tant qu’assistante, dépeint ici l’aliénation qui peut naître dans l’urgence des tâches à effectuer, dans la course folle des journées qui défilent à toute allure où tout devient machinal, mécanique, presque irréel.

Ces journées où l’humain devient une machine qui exécute sans penser jusqu’à ce que la machine s’enraye. Sans penser mais en parfaite harmonie, quand les deux humains/robots n’ont plus besoin de se parler tant leur collaboration est efficace : elle anticipe, il agit, il demande, elle a déjà fait, il cherche, elle trouve, elle suggère, il pense qu’il a décidé, il repousse, elle annule, il hésite elle décide. Il agit, elle acquiesce.

Les dialogues sont brefs, secs, presque litaniques et allitératifs. Delphine Kuehn et Dan Kostenbaum oscillent entre clowns tristes et comédiens, ils jouent avec leurs corps, se frôlent, s’enlacent presque, ou se rattrapent dans une partition millimétrée. C’est un théâtre à la fois corporel et expérimental, une sorte d’expérience qui peut être déstabilisante au départ puis qui petit à petit réussit à emporter le spectateur dans sa spirale.

Intéressant.
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Originalité
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor