Alex vizorek est une pieuvre d'art

303

Ce n’est pas si souvent qu’on s’inflige avec tant d’enthousiasme un one man show déjà visionné 3 fois. 

 

 

 

Surtout durant le mois d’août quand on pourrait faire comme tout le monde et partir en vacances dans l’unique objectif de poster sur les réseaux sociaux une photo de son gros orteil sur fond de ciel bleu. C’est donc guillerette et militante du Paris au mois d’août que je redécouvrais le spectacle d’Alex Vizorek humblement dénommé : « Alex Vizorek est une œuvre d’art » qui se joue depuis un an au Petit Hébertot jusqu’au 23 août prochain.

 

Alex Vizorek c’est un peu l’homme à tout faire du moment, c'est pas pour rien que je me suis fendue d'un jeu de mot digne des unes de Libération, « la pieuvre d'art » aux multiples tentacules : chroniqueur dans la matinale de France Inter, co-animateur dans l’émission Le septante-cinq minutes, avec Charline Vanhoenacker, humoriste sur scène, plus rare à la télé mais pas oublié, la presse se l’arrache dans tous les sujets qui dénoncent l’invasion belge en France des nouveaux maîtres de l’humour, et pour cause.

 

En une heure dix, ce jeune blondinet à bouclettes nous assure une initiation à l’art, ouverture sur le Carnaval de Dvořák et on attaque sur LA question, celle qui nous anime tous autant que nous sommes, mélomanes musicophiles ou phobes, juillettistes et aoûtiens, sagittaires et gémeaux nous sommes tous autant rongés par ce sujet houleux :  Comment et surtout pourquoi devient-on cymbaliste ?

 

 

 

 

Heureusement, un cerveau est disposé sur scène pour éviter tout risque d’hémorragie neuronale. Ainsi, Alex Vizorek parcourt les grandes questions de la vie (les bergers allemands sont-ils toujours négationnistes ?) à travers un cours sur l’art il nous apprend à différencier un tableau fauviste d'un tableau avec un fauve par exemple et autre délices intellectualico-artistico-humoristico-mique.

 

Dans une satire de la culture « à la française », ce talentueux humoriste se déjoue des codes habituels du one man show pour tenir un spectacle doctoral et savoureusement drôle. Pour l’avoir vu auparavant on peut constater plus d’interactions avec le public, une influence certainement due à ses apparitions au Caveau de la république et qui donnent au spectacle une allure de conférence interactive. D'ailleurs le public s’en donne à cœur joie et joue le rôle de la bonne classe d’élèves en soif de culture.

 

Car la culture est partout et on brasse parfois autant de poésie dans la littérature de Zweig que dans les paroles du tube de notre bien-aimé poète Carlos « tirelipimpon ». Étrangement, on constate parmi les spectateurs une majorité de personnes d’un âge respectable (pour pas dire des vieilles biques et des vieux rabougris). Le mot « art » ferait-il peur aux personnes d’un âge florissant (pour pas dire pétasse hystérique et boutonneux hipster) dans un spectacle d’humour ou serait-ce le côté bon gendre à la bouclette rebelle qui séduit ce public quinquagénaire ?

 

Toujours est-il que ce spectacle mérite d’être vu par tous non seulement parce qu’on y apprend des choses (dans 'Mort à Venise' de Visconti, le type meurt à la fin, et oui) mais en plus on rit à gogo (surtout quand le type meurt à la fin, et oui). Dans la lignée du professeur Rollin, Alex Vizorek nous sert un spectacle hors-norme qu’on peut modestement qualifier d’intelligent, drôle et ludique et rien que ça.

 

Enquête autour d’une bonne bière avec Alex Vizorek de son vrai nom Alexandre Wieczoreck que je m’entraîne à prononcer avec un accent polonais avant notre rendez-vous.

 

 

 

 

 

 

 

Bonjour,  Alexandre Wieczoreck, selon vous…

 

Je vous arrête tout de suite, c’est « Alex Vizorek », on en a discuté avec mon producteur qui a fait des tests sur des gens et Alexandre Wieczoreck ça faisait un peu trop violoniste… « et le quatrième violon : Alexandre Wieczoreck ! ».

Tandis qu’Alex Vizorek avait quelque chose de plus drôle. Et puis j’ai francisé mon nom polonais d’origine qui a plein de consonnes parce que pour le mec qui tapait mon nom sur google c’était vraiment une saloperie.

 

 

 

Et pourquoi le « V » et pas le « W » ?

 

Parce qu’en France vous ne savez pas prononcer le « w ». Par exemple, nous on dit [ouagon] et vous vous dites [vagon] pourtant vous vous rendez bien compte que si le « w » se prononçait comme un « v » ça ne servirait à rien d’inventer deux lettres. Donc [vagon] ça n’existe pas. Pour éviter cette confusion j’ai donc choisi le « v » pour « Vizorek ».

Mon père déjà qui était chanteur avait enlevé des lettres à son nom mais pas encore assez, je me suis donc dit « continuons », peut-être qu’à moyen terme mon fils ou ma fille portera mon nom d’artiste « Jean-Pierre Vizorek » mais en même temps c'est vrai que ça enlève le joli truc slave.

 

 

Alors Alex Vi-zo-rek (je reprends mon accent franco-français…) êtes vous une œuvre d’art ?

 

C’est toute l’ambiguïté avec la pipe. « Ceci n’est pas une pipe », d’instinct on a envie de dire « bien sûr que c’est une pipe ça se voit !», c’est une phrase de Magritte très connue, et je pense qu’une personne sur 10 se fait la réflexion en lisant le titre mais c’est pas grave, les neuf autres se diront que c’est prétentieux mais comme j’ai une tronche de con sur l’affiche ils se disent que ça doit être du décalage.

 

 

Attendez un instant, je veux m'assurer de quelque chose, vous voulez dire que c'est du second degré ?

 

Exactement. C’est pour les gens comme vous que je l’ai écrit comme ça. Au départ, je voulais quand même mettre « art » dans le titre j’aimais assez bien comme titre « art discount » qui est drôle, mais il parait que le hard discount c’est vraiment très déconsidéré en France tandis qu’en Belgique ça veut juste dire que c’est moins cher.

On l’a pas gardé parce qu’on ne voulait pas que ça ait cette connotation de mauvaise qualité, c’est dommage parce que le jeu de mot était bon « art discount », je me serai mis dans un caddie ça aurait été extrêmement drôle et ça s’est pas fait.

 

 

A ce propos, j’ai une question concernant l’affiche, une question qui je vous préviens est plutôt très politique. J’espère que vous n’aurez pas de problème à vous prononcer sur ce sujet à débat. Vous avez le droit de ne pas répondre. Mais ce serait mieux que vous répondiez. Enfin disons que ça m'arrangerait.

Votre affiche était auparavant dans les tons gris. Je vois depuis quelques temps qu’elle est passée aux tons roses... Avez-vous été touché par le complot sur la théorie du genre ?

 

Énormément. Comme vous le savez en Belgique on est très en avance sur le sujet. Nous on a le droit d’euthanasier des petits enfants. Ce que je conseille d’ailleurs si vos enfants sont pénibles, n’hésitez pas à traverser la frontière, inventez leur une maladie très grave et hop, zigouillez les.

 

On est tellement en avance que pour nous le mariage gay c’était il y a dix ans donc le rose n’a vraiment pas de connotation. En fait, c’est surtout l’affiche d’été, qu’on a utilisé pour le festival d’Avignon ces deux dernières années.

 

 

Qui sont les humoristes actuels que vous vénérez, à part Kev Adams ?

 

Vous faites bien de le préciser parce que je l’aurais cité en premier. Sinon j’aime vraiment Gaspard Proust, Arnaud Tsamère, Ben, François Rollin bien sûr, Jean-Jacques Vanier. Et récemment j’ai encensé Chris Esquerre, pour une fois que je disais du bien de quelqu’un et qu’en plus je le pensais vraiment.

 

 

 

Vous êtes selon les dires de votre collègue et néanmoins compatriote Charline Vanhoenacker de France Inter le fils de Michel Drucker et de Frédéric Lopez. Comment est-ce génétiquement possible ?

 

( Rires ) Je suis gentil. Enfin, je fais semblant d’être gentil. Mon côté Michel Drucker c’est que j’essaie de me dire qu’il y a toujours quelque chose à sauver chez quelqu’un.

 

 

 

Dans votre émission Le Septante cinq minutes, est-ce dur d’avoir la position ambiguë de l’humoriste qui interviewe des invités parfois humoristes eux-mêmes? Ne devenez vous pas alors une sorte de lapin chasseur ? Et d'ailleurs mangez-vous du lapin ?

 

La vraie casquette gênante c’est chroniqueur / humoriste, les gens pensent que je suis un chroniqueur qui a eu envie de monter sur scène pour rentabiliser ses soirées alors que c’est l’inverse je suis d’abord un humoriste et on est venu me chercher sur scène.

 

C’est vrai qu’aujourd’hui la majeure partie de ma rémunération vient de la radio. Pourtant j’estime encore que mon vrai métier c’est sur scène. Quand on a nous a associé Charline, journaliste, et moi, humoriste, pour faire une émission d’animation, on s’est tout les deux dit qu’on allait nous faire faire un métier qu’on ne sait pas faire. Cela dit on invite plutôt des gens qu’on aime bien, c’est mon côté Drucker, en plus connaissant bien le métier des humoristes je vais toujours trouver un axe pour aborder leur carrière différemment pour les mettre en valeur, je sais aussi là où je ne dois pas aller.

 

 

 

Dans cette émission vous demandez à vos invités de dire du bien de telle ou telle personne. Vous me voyez venir. Pouvez-vous à l'inverse me dire du mal de ces personnes :

 

Oh non, pas ça pitié.

 

 

On va commencer par Kev Adams, ça vous apprendra.

 

( Long silence puis, mûrement réfléchi ) Capillairement il est complètement inabouti. Et je pense que son t-shirt « je m’aime » a vieilli, il pourrait passer à quelque chose d’autre, c’est bien, j’ai fait deux critiques !

 

 

Et Walter ?

 

En off je peux dire beaucoup de choses ( rires ). En vrai c’est un gars avec qui j’ai commencé, on avait fini le cours Florent et la fin de Florent c’est pour tout le monde un gros vertige parce que contrairement à ce que tu crois ni Luc Besson ni Rohmer t’appellent pour te dire « C’est le moment de venir jouer dans mon film », et avec Walter on s’est un peu serré les coudes on a écrit des sketches ensemble tout l’été qui a suivi…

Ah si j’ai une critique ! Il est complément nul en cuisine.

C’est toujours chez moi qu’on se retrouvait et c’est moi qui faisais à manger. On travaillait la journée et le soir on se lisait l’un l’autre.

 

 

Puisque vous mentionnez le Cours Florent, des choses vilaines à dire sur le directeur François Florent ? 

 

Il a été invité au Septante cinq minutes l’année passée et je l’ai trouvé charmant. Mais je pense bien connaître le défaut de l’école : tous les postes sont gérés par des artistes.

 

 

***

 

Afin de conclure je vous invite à répondre à ce test psychologique réalisé par une équipe de chercheurs afin d'établir votre degré d'humoristicité, répondez avec le plus de sincérité :

 

Êtes-vous toujours Belge ?

 

A- Une fois

B- Deux fois

C- Nombre de fois indéterminé

« Plein d’fois » dit-il avant d’enchaîner blême « C’est pas ce qu’on a trouvé de plus drôle mais vous me direz si Walter a fait mieux ». Ce qui montre que l’artiste est rongé par la concurrence et le communautarisme du royaume belge, de toute évidence.

D- Drago Malefoy, le méchant blond dans Harry Potter.

 

 

Pensez-vous qu’une bonne blague sur les belges c’est…

A- Fin

B- Drôle

« Moi ça m’a toujours fait rire. J’aime bien la blague du verre d’eau : 'Pourquoi sur la table de nuit d’un belge il y a un verre d’eau plein et un verre d’eau vide ? Parce que quand tu te réveilles la nuit parfois t’as soif, mais parfois t’as pas soif.' C’est ni intelligent ni intellectuel, mais c’est drôle. »

C- Intelligent

D- Intellectuel

 

 

 

Selon vous, rire de la famine dans le monde... (plusieurs réponses possibles)

 

A- C'est essentiel

B- Ça donne faim

« Je félicite l’auteur » dit l’humoriste complètement ébahi devant la finesse littéraire du journaliste pétri de talent et d'éloquence, ndlr.

C- C'est mal.

D- Ça n'a rien à voir avec mon spectacle mais il peut m'arriver de faire des blagues en cachette sur ce sujet loin des médias et de tout ce qui pourrait me mettre en porte à faux vis-à-vis de mon public aimé.

« Je coche ça d’office, pas pour les blagues sur la famine mais sur les arabes, les juifs, les handicapés, ça ce sont des blagues que je ne fais pas. Je vais pas dire que mon spectacle est consensuel, mais il y a peu de gens qui sortent en se plaignant, Piero Manzoni (créateur de la Merda d’artista) n’étant jamais venu... Après je dirai que ce n’est ni essentiel ni mal mais les deux ensemble. Il n’y a pas de mauvais sujet mais il faut toujours faire gaffe. La seule bonne sortie c’est que quoi que tu dises tu vas te faire engueuler mais par tout le monde, ça c’est un axe amusant ! Moi j’aime assez bien faire rire tout le monde. »

 

 

Ce dessin est-il rigolo ?

 

A- Oui

B- Non

C- Ça dépend du contexte

«  C’est drôle parce qu’avec la question et le dessin tu gagnes un rire, et là tu en gagnes un deuxième c’est ce qu’on appelle « repasser à la caisse » dans un spectacle, quand t’as fait une bonne vanne, si derrière tu peux remettre un tiroir qu’on n’attend pas et qui est drôle c’est gagné. »

D- Ça ne dépend pas du tout du contexte

 

 

Ce dessin est-il plus rigolo que le dessin précédent ?

 

A- Oui

B- Non

C- Oui et non

D- Préfère ne pas se prononcer sur le sujet

« C’est la meilleure réponse car ça change le rythme. Je dois retourner la feuille pour lire la suite des questions j’espère juste qu’il n’y en a pas encore vingt-cinq autres.» A penser pour la prochain interview : faire moins de questions.

 

  

Selon vous, la meilleure incarnation de l'humour avec un grand U serait :

 

A- Cyril Hanouna parce qu'il rit très fort.

« Je coche celle-là par « Michel Drucker attitude ». Cela dit j’aime bien son émission finalement 'Le masque et la plume' c’est 'Touche pas à mon poste' de haut niveau. »

B- Une chambre d'enfant dans un hôpital au service des grands brûlés parce qu’on peut le montrer du doigt et rigoler très fort.

C- Vous parce que manifestement vous êtes payé pour ça.

D- Bergson, parce que comme vous le rappelez dans votre spectacle, c'est un véritable « stakhanoviste de la gaudriole ».

« Je coche aussi celle là parce que c’est ma feinte. »

 

 

 

Résultat du test :

 

Bravo, vous êtes très fort !

C’est prouvé Alex Vizorek gagne le label Humoristicité d’AuBalcon.fr, un trophée qui n’a pas de prix.

 

 

Toutes les actualités du jeune homme à retrouver sur son site officiel : www.alexvizorek.com

 

 

 

 

Cet article a été écrit par notre chroniqueuse Louise Pierga, autrement appelée Pierre Galouise :

 

 

 

Un commentaire ? Une question ? Une remarque sur une fôte d'orthaugraffe ? Une demande en mariage pour Pierre Galouise ? Des insultes ou une proposition pour nous imprimer des cartes de visites ?

N'hésitez plus, écrivez-nous.