Critiques pour l'événement Nobody
24 oct. 2016
8,5/10
140
Le dispositif filmique est assez incroyable avec des cadreurs d'un immense talent.

C'est un Ovni dans le paysage théâtral, mais ce spectacle sera certainement une référence à l'avenir dans la performance filmique.
3 oct. 2016
8/10
163
Falk Richter... Un des plus grands auteurs du 21ème siècle selon moi. Il offre une vision de notre société, ce qu'il appelle "Le système" très engagée, révoltée, critique, et documentée (par exemple dans sa pièce Hotel Palestine, ou Le système). Cet auteur allemand arrive à peindre la société sous l'emprise américaine d'une façon bouleversante, et cruellement vraie. C'est donc avec grand plaisir que j'ai assisté à un regroupement de ses textes sur scène. De plus que le cut-up est très bien fait, la pièce se déroule de façon logique et construite.

On a donc sur scène un grand rectangle, où l'on voit à travers des vitres un large open space dans une firme type américaine. Cette disposition scénique, qui m'a rappelée les blocs sur scène de 2666 par Julien Gosselin, marche merveilleusement bien. On est dans une vraie construction du 4ème mur, mais qui n'est pas du tout déplaisante. Les lumières très blanches et très claires qui illuminent ces bureaux blancs et noirs accentuent l'effet de vide, de froideur que nous transmet le texte de Falk Richter. Le décor sert à la performance filmique (à l'aide de deux cameramen), on passe d'une salle à l'autre facilement, les transitions sont naturelles et bien ficelées.

L'atmosphère est étouffante, pesante, on a devant nous un décor et des acteurs qui transpirent la froideur et l'inhumanité. Quoi de mieux pour représenter Falk Richter ?
Je suis sortie de cette pièce bouleversée, sans plus aucun repère ni aucune chaleur humaine environnante. J'ai mis bien une heure pour me remettre de ce choc. C'est avec une grande prouesse de Cyril Teste, et qui aboutit à remettre en question le système dans lequel nous vivons, et l'emprise du travail sur la vie privée, et sur la vie en général.
Petit bémol pour quelques acteurs qui parfois, ne m'ont pas paru justes.
24 sept. 2016
8,5/10
176
Jean Personne travaille (fait semblant de vivre…) dans une redoutable société de conseil en stratégie. Ses missions consistent à restructuer les organisations ; elles aboutissent souvent à des licenciements.

Destructeur d’existences, lui-même est en pleine crise. Questionnement sur la place, révolte contre le système, incapacité à poursuivre ce jeu de dupes. Car il s’agit bien d’une comédie (dés-)humaine présentée derrière les parois de verre d’un open-space glacial. Chacun surveille les autres dans un système infantilisant et oppressant ; plus dure sera la chute…

La richesse de ce spectacle tient à la profondeur des propos de Falk Richter. De ce matériau de départ, Cyril Teste et son collectif construisent sous nos yeux une performance magistrale et sinistre. 2 caméras filment en temps réel 14 comédiens sur un plateau découpé en 8 espaces. Pas de changement de décor mais un film qui se monte sous nos yeux. Comme en écho aux paroles de Cyril Teste : « Nobody, c’est un opéra dont les caméras sont les instruments et les interprètes les acteurs ».

Opéra, performance filmique, théâtre potilique : une expérience à vivre absolument et intensément, quitte à poser un RTT !
5 déc. 2015
8/10
219
Les spectateurs contemplent derrière une vitre, dans un open space blanc et propre, les affres de consultants, qui cherchent à ne pas être celui qui sera éliminé, licencié...

Les rapports entre collègues sont passés au vitriol à travers la voix off de Jean Personne, le Nobody qui n'est qu'un pion au sein d'un système managérial "efficace" et totalement déshumanisé.
Ce qui est présenté dans les bureaux est également filmé, par des caméramans mobiles et discrets (nous les oublions vite), et montré en direct au-dessus du plateau.

Nous avons beaucoup aimé cette performance filmique et scénique.
25 nov. 2015
8/10
149
NOBODY se définit comme une performance filmique à l'instar du mouvement danois, le dogme.

C'est donc une pièce jouée, mais filmée et projetée également sur un écran en temps réel.
Nobody met en scène une agence de communication qui se révèle être un monde totalitaire et violent.
Les échanges sont formatés, codifiés et déshumanisés.

Le décor est extrêmement bien conçu et esthétiquement attrayant.
Les acteurs sont enfermés derrière leur vitre à distance du public.
Le public se trouve ainsi un peu dans une position de voyeur ou du spectateur d'une télé-réalité avec toute l'impudeur et la violence que cela représente.

Nobody est un expérience théâtrale qui vaut le coup d'être vécue.