Critiques pour l'événement 26000 Couverts, A bien y réfléchir...
7 mars 2017
8/10
20 0
C’est l’histoire d’une troupe de théâtre qui répète son prochain spectacle sur la mort. C’est l’histoire d’un parasol emporté par le mistral qui s’apprête à en décimer plus d’un. C’est l’histoire d’un assassinat en direct : règlement de comptes au sein des 26 000 couverts. C’est l’histoire de Javier, le clarinettiste mexicain de la troupe (vrai clarinettiste, mais faux mexicain) rattrapé par des dealers de coke armés jusqu’aux dents. C’est l’histoire de Madame Hérisson et de Monsieur Lapin qui donnent un cours de « Recyclown »…

Á bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant (eh oui, même le titre est délirant) c’est toutes ces histoires, et plein d’autres encore. Emboitées les unes dans les autres, façon poupées russes. C’est le théâtre dans le théâtre dans le théâtre dans le théâtre…
« C’est pas un spectacle : c’est un début d’idée pour un spectacle de rue qui aura lieu dans un an. »

Une sorte de joyeux bazar né dans la rue, atterri pour notre plus grand bonheur sur la scène du Monfort. Avec les 26 000 couverts, tout est possible. Avec les 26 000, on ne sait jamais qui est qui : lequel des six metteurs en scène au plateau est-il Philippe Nicolle, le véritable et audacieux chef d’orchestre ? Avec les 26000, on ne sait pas trop bien qui fait quoi : les spectateurs interrogés en bord plateau restent bouche bée de s’entendre porter aux nues les artistes ; ils ne parlent pas et pourtant leurs réponses fusent. Avec les 26000, on ne sait jamais vraiment où l’on va, et c’est sans doute cela qui nous plaît le plus.
26000 couverts, à bien y réfléchir, critique Pianopanier, Monfort Théâtre

« Perdre de vue la mort, c’est perdre le sens de la vie. »

De fins alternatives en « presque fins », le thème de la mort annoncé en teaser est omniprésent. Chez les 26000 couverts on crève par pendaison, on succombe par empoisonnement, on s’offre une mort accidentelle à la ventoline, on rend l’âme électrocuté, brûlé, assassiné, on trompe la mort à coup de gnôle et on ose même lui claquer la bise…
« Á force de parler de la mort au théâtre, elle finit par arriver ». Bousculant tous les codes, se raillant même du plus sacré, les 26000 nous étonnent, nous surprennent, nous hallucinent, nous déconcertent, nous épatent… et surtout nous font rire de la mort. Avec les 26000, on peut mourir sur scène, et même plusieurs fois de suite : c’est la magie du théâtre (dans le théâtre) !
9,5/10
18 0
Les « 26000 couverts » construisent de spectacle en spectacle leur légende. Même si cette formule ne conviendrait sans doute pas à leurs egos qu’ils semblent tenir dans une discrétion fine et délicate de comédiens sages, attendant de jouer leurs rôles avec dévouement et simplicité, liée sans doute à leurs origines provinciales. Comment ? Si, si, tout le monde le sait.

Mais quand même, Eugène, il y a un truc ! Qu’est-ce qui les conduit à se laisser aller de la sorte à cette propension extravertie de bateleurs de foire ou autres forains, de clowns sans vergogne, de Sganarelles maquillés en Arlequins, de Colombines cachant une bombe dans leur soutif ? Ils sont fous ou bien ? Bon, ils sont de Dijon, c‘est peut-être une explication à ce lâcher prise. Pourtant, il y a quoi à Dijon, à part les faux-nez ?

Sans rire ! Quoiqu’avec eux, c’est plus qu’improbable… Nous savons en les retrouvant que nous serons pris de court à chaque instant, surpris par l’impossible, emportés par l’inattendu, bousculés par l’absurde, chahutés par le fourbe, l’osé, le faux vrai, prévenus que toute logique sera vaine, que toute hypothèse cherchera sa synthèse comme la mère Michèle sa pipe (oui, bon).

Et bien là, Lisa, c'est reparti ! Ils nous surprennent et nous cueillent encore un fois, dès le début du spectacle jusqu’aux derniers saluts. C’est un tourbillon de gags et de ruptures, de ratés calés et de chansons justes, de chaos et de scènes de rémission. Tout le public est hilare. Une vraie tuerie où le foutraque règne !

L’argument est pourtant simple. Dans un décor de désordre de coulisses ou de plateau de création, une troupe de spectacle de rue montre au public la répétition générale de leur sortie de résidence. Le thème du spectacle est la mort, rien moins, Alain. Même si le texte ne dévie pas de son fil, Ariane, tout part en vrille et rien n’est épargné, Dédé.

Tout est possible et peut venir de partout, tout se mélange… ils mentent comme ils respirent, ils cassent tout, même les plus simples conventions du théâtre. Mais l’ensemble est au cordeau. Du beau et bon travail ciselé. Chapeau bas, la compagnie !

Le rire est permanent et de différents niveaux. Qu’il soit salvateur, réactif, moqueur, protecteur ou cérébral, chacun s’y retrouve, jusqu’au fou-rire… Nous n’avons pas le temps de finir un rire qu’un autre a commencé. Du théâtre de plaisir. Un gigantesque délire. Un incontournable et hilarant divertissement savamment ficelé.

Un conseil ? Y courir !