Critiques pour l'événement Ramses II
20 mai 2018
8,5/10
205
Tout est surprise du début à la fin!
Servi par un texte juste et de formidables acteurs, l’auteur pousse l’absurde pour en faire naître la réalité; certains ont évoqué du Chabrol; j’oserai faire référence à Ionesco.
Et pour ceux choqués par l’exhibition du sexe d’Elmosnino, qu’ils aillent fréquenter des hospices pour vieillards séniles ou services psychiatriques; l’auteur est en dessous du quotidien des familles. Jusqu’à s’interroger sur la maltraitance d’un cõté et sur le délire de persécution de l’autre.
De l’humour qui vous fait réfléchir et rire jaune.
7 déc. 2017
8,5/10
265
Je sais que les avis sont partagés mais j'aime Ramsès II sans limite. Même si l'on va de rebondissement en rebondissement jusqu'à une fin terrible l'art des acteurs est de parvenir à nous faire rire de leurs déboires.

Jean (François Berléand) et Elisabeth (Evelyne Buyle) s’apprêtent à recevoir à diner leur fille Bénédicte et son mari dans leur maison de campagne. Mais Matthieu (Eric Elmosnino), le gendre, arrive seul. Pourquoi ? C'est tout le sujet de la pièce et le spectateur aura autant de mal que les protagonistes à démêler le vrai du faux.

Le spectateur est entrainé dans un crescendo magistralement élaboré par Sébastien Thiery et finit par perdre sa capacité d'analyse.

Tout est symbolique, à commencer par le cadeau ramené de vacances et offert par Mathieu à son beau-père : une reproduction du masque mortuaire trouvé dans le sarcophage de Ramsès II. On devine la folie poindre dès les premiers échanges. Une folie en fin de compte autant contagieuse qu'un fou rire. Certains n'y verront que du tragique mais je veux y voir malgré tout une comédie parce qu'il vaut mieux en rire, et que ça fait du bien (de rire) même de ça.

Le gendre ne se souvient pas de l'essentiel et on le sent à coté de la plaque. Il prend les interrogations pour des affirmations. Le ton monte de part et d'autre. La tension devient perceptible. On perçoit le désarroi des parents. Et on veut croire que Matthieu n'est pour rien dans ce qui semble se tramer.

Tout fonctionne à la perfection. Le décor lui-même, imaginé par Jacques Gabel, se métamorphose au fil des actes, suggérant que la demeure va devenir semblable au tombeau d'un pharaon sous les éclairages de Dominique Borrini.

De multiples rites étaient entrepris pour protéger les pharaons des mauvais esprit après leur mort. Le pauvre Jean aurait besoin d'attention ... de son vivant. A quoi sert-il d'avoir raison si on est seul à le croire ?

On a le sentiment que le pire n'est pas encore arrivé mais qu'il se profile. Alors on guette l'indice, le faux pas. On espère et on frissonne. C'est délicieux.

Mention spéciale à Elise Diamant dont le rôle n'est pas aisé, mais je ne peux en dire davantage. Allez-y ... en famille si possible, ce sera encore plus jouissif.

Le spectacle est programmé aux Bouffes parisiens, qui est un très joli théâtre, encore imprégné du souvenir de grandes tragédiennes comme Arletty dont le portrait est accroché dans un couloir.
1 nov. 2017
8,5/10
273
Une pièce à l’argument insolite, goguenard et roublard. Comme à son habitude, Sébastien Thiéry s’amuse à nous surprendre à chaque fois que possible mais jamais au moment attendu. C’est drôle, décalé, provocateur et superbement bien joué.

Jean et Élisabeth, à la retraire depuis l’accident qui oblige Jean à se déplacer en fauteuil roulant, vivent dans une maison près des bois et loin de tout. Ils attendent pour déjeuner leur fille Bénédicte et son mari Matthieu. Matthieu arrive le premier et le temps d’un échange avec ses beaux-parents, tout change, tout bascule. Les propos deviennent peu à peu confus, les situations étranges.

Fantasme, hallucination, plaisanterie, coup monté ? On ne sait pas, on ne sait plus. On voit tout pourtant mais non, ça ne tient pas debout… Est-ce une vague de mensonges qui déferle sur Magny en Vexin ? Mais alors qui ment à qui ? Est-ce une illusion, un récit rapporté ou un délire hallucinatoire ? Enfin quoi, on a bien vu ce qu’on a vu !

Non mais quelle histoire ! Dès notre lâcher-prise, il nous faut nous accrocher pour ne pas perdre la tête, pour garder le sens commun et piocher ce que nous pouvons dans le reste de rationnel qui se présente. Nous nous laissons prendre volontiers au délire ambiant pour en savourer toute la drôlerie et la cocasserie déjantée. La démence plane et les rires fusent. Les répliques sont cinglantes et ciselées, d’un humour ravageur et efficace ; les situations improbables nous intriguent autant qu’elles nous amusent ; le climat est caustique, un vent de folie souffle en permanence, les avis de tempête se multiplient.

La qualité de l’interprétation est remarquable et brille d’excellence. François Berléand est divin ou démoniaque, c’est selon, il joue avec un abattage comique féroce et désopilant. Évelyne Buyle est déroutante en femme déroutée, qu’elle incarne avec une finesse désarmante. Élise Diamant, délicate et précise, est tout à fait crédible dans ses courtes scènes. Éric Elmosnino impressionne par sa fougue et sa vis comica qui désarçonne. Quelle équipe !

Un spectacle drôle et très sympathique que cette comédie acide et acerbe.
15 oct. 2017
9,5/10
80
Que c'est beau que c'est bien ! De grands comédiens qui nous rassasient de bonnes répliques et surtout d'une interprétation extraordinaire... Une très bonne soirée avec ce spectacle à voir et à rire absolument !