Freud, dernier combat
Un dialogue tendu à l’extrême avec sa fille Anna met Freud face à un dilemme douloureux.
Synopsis
Freud sent sa mort proche alors que l’Europe s’effondre.
À travers un dialogue tendu à l’extrême avec sa fille Anna se développe une enquête quasi-policière qui lui fait revisiter son passé et le met face à un dilemme douloureux : et s’il avait conçu le complexe d’Œdipe comme substitution à sa première théorie dans laquelle un abus sexuel réel et non un fantasme était responsable du traumatisme de ses patient(e)s ?
Et s’il avait voulu par-là cacher la vraie nature de son propre père, Jakob ?
L'avis de la rédaction
Le complexe d'Oedipe.
Nous sommes à Vienne en 1934.
Freud est malade, un cancer de la mâchoire qui le tuera quelques années plus tard.
Enfermé chez lui, il n'a de relations qu'avec sa fille Anna, elle aussi psychanalyste.
Face à elle, qui le challenge pour lui faire comprendre ses erreurs sur le complexe d'Oedipe, le grand homme vacille, et entame un douloureux chemin pour comprendre ses aveuglements et ses erreurs.
Aude de Tocqueville, à qui l'on doit de nombreux ouvrages historiques, a écrit cette histoire troublante à partir du roman de Jean-Marie de Sinety "Freud, journal des années noires 1934 - 1939."
L'auteur, psychiatre et psychanalyste, a imaginé cette thèse passionnante, mélange de théories et de réalité, qui pose cette question troublante : Freud aurait-il voulu sauver son père, tous les pères, en choisissant de ne plus croire les femmes pour protéger les hommes ?
Hervé Dubourjal, qui endosse aussi le rôle du célèbre psychanalyste, a choisi une mise en scène très simple, qui fait la part belle aux mots et aux maux.
Dans le décor sombre d'Emmanuel Verani, il choisit d'alterner les monologues du père et les dialogues, intenses et passionnants avec sa fille Anna, mettant en lumière l'intelligence, la culture et probablement le rôle qu'elle a joué dans les dernières années de sa vie.
Moana Ferré est formidable et sans concession, malgré tout son amour filial, et emmène Freud ainsi que les spectateurs dans une plongée palpitante au cœur de la psyché.
Une grande féministe avant l'heure.
Sur la scène du Studio Hébertot, le suspense nous tient en haleine. Pleins d'amour l'un pour l'autre, les deux protagonistes manient la pensée avec brio.
Un beau et rare moment d'intelligence !
Sylvie Tuffier