On purge bébé
Une suite de quiproquos comme Feydeau en a le secret !
Synopsis
M. Follavoine, un fabricant de porcelaine, a invité à déjeuner, dans son appartement, un client de marque : Chouilloux, fonctionnaire influent du Ministère des armées qui doit statuer sur l'acquisition par l'Armée française de pots de chambre destinés aux soldats. Il espère emporter le marché, ayant mis au point un système de pots présumés incassables.
Pour mettre toutes les chances de son côté, il a invité également Mme Chouilloux et son amant, Horace Truchet. L'infortune conjugale de Chouilloux est en effet de notoriété publique, seul ce dernier ignore la trahison.
Mais un événement fâcheux va contrarier les plans de Follavoine. Sa femme, Julie, encore en bigoudis et robe de chambre, vient le trouver dans son bureau pour se plaindre des caprices de leur fils Hervé, dit Toto : ce dernier, qui "n'a pas été" ce matin-là, refuse obstinément d'avaler le purgatif qu'on lui destine.
Chouilloux arrive sur ces entrefaites et s'efforce de jouer les conciliateurs, lui-même ayant été soigné naguère pour "constipation relâchée"... mais pas du même type.
L'avis de la rédaction
L'Empereur des Boulevards !
Je ne sais pas vous, mais moi, un Feydeau qui débarque sur les planches, ça me met tout de suite la puce à l'oreille.
Alors si en plus c'est Emeline Bayart qui est aux commandes, elle dont la gouaille sied si bien à cette époque et à ses auteurs, je n'y vais pas, j'y cours !
La comédienne - chanteuse - metteure en scène avait déjà monté la pièce en 2020, et la voilà de retour, fort bien entourée.
Dans un décor pastel des plus réussi, fauteuils en velours et Tour Eiffel au loin, les personnages de ce huis clos s'en donnent et nous donnent à coeur joie.
Ça démarre très fort avec une chanson grivoise et hilarante de l'époque.
Accompagnée par le pianiste Manuel Peskine, la comédienne met tout de suite les pendules à l'heure et nous réjouit, tant avec les paroles croustillantes qu'avec sa voix et ses mimiques désopilantes.
Sans parler de sa dégaine, robe de chambre d'une propreté douteuse, bas qui dégoulinent sur les chevilles et rubans qui pendouillent.
Et un fameux seau de toilette contenant ses eaux sales, qui serait presque un personnage à part entière.
Arrive Marc Chouppart, le mari, dont la moustache, l'habit impeccable et la haute taille achèvent de nous plonger dans l'univers du grand auteur.
Le comédien, que nous avions fort applaudi dans le délicieux "Bouvard et Pécuchet", est vraiment l'homme de la situation, et le parfait contrepoint de la folie de sa femme, aussi élégant qu'elle est négligée.
Au service du couple Follavoine, bien mal assorti donc, Corinne Martin, soubrette haute comme trois pommes répondant au doux nom de Rose, endosse aussi le rôle de Bébé, dont la constipation est au cœur de l'intrigue.
Fort drôle, et souple comme une anguille, elle fait des merveilles dans l'un comme dans l'autre.
Manuel Lelièvre, qu'on croirait sorti tout droit d'une pièce de Courteline, est le sieur Chouilloux, cocu notoire, car chez Feydeau il en faut toujours un !
Invité à déjeuner, pour une histoire de pots de chambre.
Et dont les problèmes d'intestins valent à eux seuls le déplacement.
Georges Feydeau était un génie qui a mal fini.
Il nous a laissé un précieux héritage qui n'a pas pris une ride.
Le moins que l'on puisse faire, c'est d'aller l'applaudir.
Alors ne passez pas à côté de ce spectacle totalement débridé qui vous réjouira dès les premières mesures !
Sylvie Tuffier