Madeleine Béjart, une femme libre
La confession d'une immense comédienne dans une époque où les femmes étaient empêchées....
Synopsis
Les sept derniers jours de Madeleine Béjart, première compagne de Molière, qui a été sa «mentor», sa muse, sa compagnonne de route, son ombre…..
L'avis de la rédaction
Se rendre au Lucernaire est déjà une expérience en soi.
On entre dans le hall de ce lieu mythique et récemment rénové, on flâne à la librairie, on salive devant la carte du restaurant, puis on grimpe au « Paradis », la plus petite salle du théâtre, nichée au dernier étage, auquel on accède par un escalier en colimaçon.
On s'installe sur les banquettes, et l'on prend le temps d'observer chaque élément du décor : une malle, une bougie, un fauteuil XVIIe siècle, et le buste de Molière. Lui si rarement relégué dans l'ombre jouera le second rôle pendant toute la pièce.
Et puis arrive l'exceptionnelle Isabelle Andréani, seule sur scène mais avec l’opulence de jeu nécessaire pour incarner Madeleine Béjart, la plus grande tragédienne de son temps.
Celle pour qui Molière sera « l’ami, l’amour, l’amant, le compagnon de route » sort de l’ombre grâce à l’écriture délicate de Pierre-Olivier Scotto et la mise en scène subtile de Xavier Lemaire. Le travail de recherche est méticuleux. Le défi n'était pas mince car les traces écrites sur Madeleine Béjart sont rares et les sources parcimonieuses. L'Histoire l'a peu documentée. C'est bien tout le mérite de ce travail : lui redonner voix et matière.
Le spectacle entremêle imagination et révélations historiques sur cette femme qui chuchotait à l’oreille de Molière. On apprend notamment que c’est elle qui le forme au jeu, qui finance la troupe, et qui fait jouer son réseau pour faire connaître cet homme. Vive de caractère, moderne et indocile, elle lui inspire les traits des servantes insolentes et malignes qu’on retrouve dans toute l’œuvre du dramaturge.
On partage l'intimité des derniers jours de cette femme qui fut la première à écrire, jouer et mettre en scène. Sans elle, Jean-Baptiste Poquelin ne serait jamais devenu Molière. C’est d’ailleurs elle qui lui trouve ce surnom.
On retient aussi que Molière mourra un an, jour pour jour, après Madeleine Béjart, une force symbolique considérable pour ces deux âmes sœurs artistiques.
Comme le dit Pierre-Olivier Scotto, la Comédie-Française devrait s'appeler « la maison de Molière ET de Madeleine Béjart » tant la contribution de cette femme fut immense.
Le rythme est soutenu, les ruptures de jeu très efficaces, nerveuses. Il ne faut rien oublier de dire avant de mourir.
Une découverte exquise, portée par une comédienne d'exception, dans l'écrin du Lucernaire. Une pièce qui sent bon l'odeur du théâtre.
Anastasia Bizard