La liseuse du 6H27
Entre poésie du quotidien et humour délicatement absurde se célèbre ceux qui réenchantent le monde.
Synopsis
Guylaine Vignolles n’aime pas son nom. Ni son travail. Ni les lundis. Ce qui fait déjà beaucoup.
Employée dans une usine qui détruit les livres invendus, elle passe ses journées à nourrir une machine-ogresse. Une avaleuse de pages. Une mangeuse de mots. Un cimetière à virgules.
Pourtant chaque matin, à 6h27 précises, Guylaine entre en résistance. Dans le RER bondé qui la conduit au travail, elle lit à voix haute les pages sauvées la veille du broyeur. Et dans le wagon, les voyageurs suspendent leur course et reprennent leur souffle.
Mais Guylaine reste seule (n’en déplaise à son poisson rouge). Jusqu’au jour où une petite clé USB trouvée par hasard va tout bousculer. Une petite clé remplie d’espoir et de vie. Une petite clé qui pourrait bien changer le cours des choses.
L'avis de la rédaction
6H27. L’heure du train. Du départ pour l’usine. Du retour tant redouté au travail, pour celle qui déteste son poste.
Son travail? Détruire les invendus en librairie, des millions de livres passés dans la broyeuse, des millions de mots qui s’envolent à tout jamais. Ou presque. Car Guylaine, l’héroïne de la pièce, réussit toujours à sauver quelques pages.
Et après? Elle les lit dans le métro, pour le plaisir de ceux qui écoutent, de ceux qui cherchent le lien, loin des portables et des écouteurs. Et aussi pour le sien.
À l’usine la routine, le bruit, les supérieurs difficiles. Et puis le gardien, extraordinairement lettré, passionné des vers qu’il peut inventer ou citer sans faillir. Toujours des Alexandrins.
Hors de l’usine, son appartement, son poisson rouge, une vie peu colorée, égayée par la présence animale de celui qui tourne en rond dans son bocal et par les visites à l’ancien contremaître victime d’un accident à l’usine.
Et un jour l’inattendu qui déboule dans une vie. Une clé USB retrouvée dans le métro. Une clé qui contient le texte drôle, fin, et très humain d’une certaine Julie, dame pipi dans un centre commercial.
Et là l’aventure commence. Je vous laisse la découvrir mais j’ai adoré ces passages plein de drôlerie où Julie fait des remarques très justes sur ses concitoyens, et laisse éclater son intelligence profonde et son sens de l’observation aiguisé.
Faites les travaux des « petites mains » et vous en apprendrez énormément sur l’humain!
Drôle. Et intelligent. Mordant.
Pour ce qui est de la mise en scène de Franck Régner, elle sert l’histoire avec justesse et poésie. Le plateau délimité en plusieurs espaces nous permet de naviguer dans l’usine, et en dehors avec beaucoup de facilité. J’ai trouvé le dispositif de la fameuse machine mangeuse de livres particulièrement astucieux.
La comédienne Betty Pelissou nous emmène au coeur des différents personnages qui peuplent l’histoire de son héroïne et le fait avec une très jolie interprétation. Nous voyons tout de ces gens qui peuplent sa vie, et de cette Julie qui peuple son imaginaire. Un chapeau particulier pour l’interprétation des deux vieilles dames, qui apporte à la pièce une autre dimension et un petit brin de folie en plus.
Si je n’ai pas tout aimé du texte, j’ai aimé me promener au fil des pensées de Julie, et des réactions de Guylaine. J’ai trouvé qu’il y avait des accents de poésie inattendus qui m’ont cueillie, moi qui aime tant les mots. J’ai trouvé Betty Pelissou très juste, et la scénographie élégante.
En somme j’ai passé un moment agréable en compagnie d’un personnage atypique.
Je conseille la pièce à tous les amoureux des mots!
Jennifer Guillet