L'Ecole de Danse
Une œuvre oubliée, objet d’une cabale contre son auteur qui cherchait à se démarquer de la comédie italienne au profit d’une théâtralité plus naturelle
Synopsis
À la fois pièce de caractère et chorale, elle dépeint le quotidien de danseurs et de danseuses en herbe, sous la coupe d’un maître tyrannique dont les affaires vont mal et qui attend beaucoup de la venue, ce jour, d’un impresario auquel il souhaite « vendre » quelques-unes de ses recrues.
Mais la révolte gronde chez ces jeunes gens qui ont faim, froid, et rêvent d’émancipation. L’amour et l’art s’affirment comme des leviers, que Goldoni saisit en peignant notamment des personnalités féminines d’une remarquable liberté.
Cette entrée au Répertoire est celle d’une œuvre incomprise en son temps, que l’on redécouvre en écho à nos préoccupations sociétales. Clément Hervieu-Léger, nouvel administrateur général de la Comédie-Française, a été séduit par la modernité de cette pièce sur la danse – discipline de ses débuts dont il ne s’est jamais éloigné.
L'avis de la rédaction
Qui sème dans les broussailles ne récolte que les ronces.
Cette comédie oubliée de Carlo Goldoni, créée en 1759, fut un flop à l'époque.
Clément Hervieu-Léger, grand amateur de ballet, aimant faire redécouvrir les œuvres oubliées, a tout de suite vu sa modernité.
Cette satire féroce et réjouissante, écrite en vers et adaptée en prose par Françoise Decroisette, est une bien jolie découverte.
Les affaires vont mal dans l’école de danse de Monsieur Rigadon. On y mange chichement. Danseurs et danseuses y subissent la tyrannie d’un maître avare et lubrique, et les bizarreries de sa sœur, vieille fille en quête d’amour. La révolte couve sous une apparente bonne humeur, attisée par un courtier sans scrupules. Des couples se forment pour opposer une résistance désespérée aux manigances du tyran.
Les ombres de Molière et Degas planent sur le superbe décor d'Eric Ruf, où la misère côtoie la délicatesse, et la romance l'avidité.
Une fois encore, la Troupe du Français nous emporte, menée tambour battant par le professeur de danse, inénarrable Denis Podalydès.
Vêtements crados et cheveux hirsutes, barbe de 8 jours, le comédien se régale en déversant son fiel sur les pauvres danseurs, filles comme garçons.
Florence Viala est comme toujours exceptionnelle dans le rôle de la vieille fille qui cherche un mec à tout prix. Vêtue de mauve de la tête aux pieds, elle nous fait beaucoup rire avec ses délires matrimoniaux, plutôt cash pour l'époque.
Loïc Corbery - toujours à l'aise dans le naturel - est parfait en comte amoureux, Stéphane Varupenne en courtier roublard et cupide et Eric Génovèse en impresario.
Pauline Clément quant à elle, brille de tous ses feux, étoile faussement naïve, qui manipule son monde pour arriver à ses fins. Prouvant s'il en était besoin que les femmes sont toujours plus fortes qu'on ne pense.
Au rythme du piano magnifique de Philippe Cavagnat, de pirouettes en cabrioles, menacés par Monsieur Rigadon, les danseurs nous invitent à un fougueux ballet où l'amour et l'argent, entre deux entrechats, sont les moteurs de bien des décisions.
Un joli succès bien mérité !
Pour preuve les bravos qui ont résonné longtemps entre les murs du Français.
Sylvie Tuffier