Winterreise (Tommy Milliot)

Winterreise (Tommy Milliot)
  • Théâtre Paris-Villette
  • 211, avenue Jean Jaurès
  • 75019 Paris
  • Porte de Pantin (l.5)
Itinéraire
Billets à 16,00
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Alfred et Anne sont un jeune couple. Anne vient d’accoucher d’une petite fille.

Très vite, l’émotion suscitée par la naissance d’un être encore inconnu fait place à des sentiments ambivalents. La fuite, l’abandon, la mort affleurent dans l’esprit des jeunes parents qui échouent à accueillir l’enfant qui vient de naître.

 

Chez Brattberg, la simplicité des situations est contrebalancée par une structure dramatique ciselée, basée sur des variations qui font peu à peu déraper le réel. L’humour noir de l’auteur participe de ce dévoilement progressif des dysfonctionnements humains où le quotidien devient autant source de rire que motif d’angoisse.

 

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2 oct. 2018
7,5/10
38 0
Lorsque l'enfant paraît, le couple disparaît ?

Anne et Alfred, viennent d'avoir un bébé.
Très vite, nous allons comprendre que ces deux-là, immatures, non-préparés, vont avoir beaucoup de mal à accueillir au domicile familial cette petite fille.
(Nous ne le verrons jamais, ce bébé, pourtant personnage principal de la pièce...)

Tout va très vite déraper.
Les nouveaux parents n'auront de cesse de bêtifier, penchés sur leur fille, de la qualifier de « poupée », de compter et re-recompter ses doigts et orteils, et de vouloir "l'aspirer", tellement elle sent bon.
Sans oublier ce fâcheux début d'habitude qui consiste à parler de soi à la troisième personne du singulier : «Papa va te faire ci... », « Maman va te faire ça... » !

Et puis, ce qui pourrait devenir un drame va survenir.

Nous sommes donc en plein questionnement plus ou moins implicite face à la difficulté d'accéder à la parentalité.
L'auteur norvégien Fredrick Brattberg, dans un style très musical, fait de multiples répétitions, avec d'infimes variations (on pense à la musique contemporaine itérative), nous démontre qu'on ne devient pas parent par la grâce d'un esprit plus ou moins saint...
Etre parent, ça n'est pas inné.

Bien vite, les deux personnages vont devoir entreprendre un voyage à la fois extérieur, celui en hiver, et un voyage intérieur.
Mais ce cheminement personnel sera-t-il possible ?
Je n'en dirai évidemment pas plus...

Ici, l'impossibilité de communiquer, d'exprimer ses sentiments, la peur du changement va générer une véritable fuite en avant, un désir d'abandon et même de mort.

Le metteur en scène Tommy Milliot a choisi à raison de questionner cette impossibilité de langage entre les deux personnages, moteur de l'auteur.
Le langage de la violence s'installera même entre le père et le troisième personnage de la belle sœur.
Un froid glacial va régner tout au long de la pièce, à l'image de la scénographie très austère.

Il ne nous montrera jamais le bébé, qui pourtant occupe une place centrale.
Ce faisant, de façon très maligne, il nous fait comprendre implicitement toute la problématique dramaturgique.

Tommy Milliot a choisi de commencer avec l'arrivée du père, sur un plateau de bois vide, tenant dans ses bras un carton.
Avec moult précautions, le jeune papa déballe des planches, un sac de vis, une perceuse et une notice malpliée.
Inévitablement, nous pensons à la difficulté de monter certains meubles d'une certaine marque suédoise en quatre lettres et aux couleurs bleues et jaunes.
Alfred sera incapable de répondre à sa femme, absorbé qu'il est par ce bricolage.
Le ton est donné, fait d'un mélange de situations dramatiques et d'humour noir, corrosif.

Les deux comédiens, Louise Dupuis et Matthias Hejnar, sans effets superfétatoires, installent parfaitement ce climat lourd, pesant. Ils génèrent très vite ce sentiment de malaise qui va régner durant cette heure.
Amplifiés par des micros HF, (les chuchotements et les abêtissements linguistiques au-dessus du berceau l'exigent), bientôt rejoints par Michèle Gurtner, qui joue la tante du bébé, ils nous feront également rire.
Rire jaune, rire noir, mais rire tout de même !

L'espace ici, est celui que se représentent les spectateurs. Une chambre d'enfants, un centre de péri-natalité, l'intérieur d'un train, tout est évoqué, à nous de faire le job.

Un travail important sur la lumière complète ce parti-pris scénographique.

Fredrick Brattberg est impitoyable. Il dissèque avec un scalpel on ne peut plus acéré ces relations entre cette famille, des relations impliquant des agissements qui ne manqueraient pas d'intéresser les services sociaux...

C'est donc un très intéressant moment de théâtre qui nous est proposé.
On croit parfaitement à ce qui se joue sur scène, on rentre dans cette pièce très singulière qui interpelle les spectateurs de façon tendue et drôle.

Je rappelle que l'auteur, Fredrik Brattberg, fut sélectionné voici deux saisons par le Bureau des Lecteurs de la Comédie Française, dans le cadre des lectures de jeunes auteurs, proposées trois fois par an dans la maison de Molière.
On comprend bien, avec cette richesse d'écriture, avec ce ton à la fois grave et humoristique, ce choix-là !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor