Werther !

Werther !
De Johann Wolfgang von Goethe
Mis en scène par Nicolas Stemann
  • Théâtre de la Commune
  • 2, rue Edouard Poisson
  • 93300 Aubervilliers
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Voici ce que Goethe demandait à l’art : faire une place à la pulsion de mort, à la jeunesse qui jamais ne voudra le monde tel qu’il est. Et qui demande à être entendue.

Werther, le personnage le plus égocentrique de la littérature allemande, est-il toujours d’actualité ? L’interprétation décapante qu’en donnent Philipp Hochmair et Nicolas Stemann ne se contente pas de donner une « touche de modernité » au mythe goethéen. Elle fait mieux. Dynamiter (ou dynamiser) cet emblème national pour aller à l’os de notre époque. Mêlant lecture publique, monologue dramatique et performance, le spectacle nous entraîne du courant du « Sturm und Drang » à la culture « i-pod ».

Mais cette plongée dans l’univers sentimental – voire narcissique – d’un jeune homme en quête d’impressions nouvelles, n’a pas seulement valeur de diagnostic. Elle nous questionne sur l’impact, aujourd’hui, d’un récit où l’amour est tenu à l’impossible.

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17 mars 2016
9/10
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Die Leiden des jungen Werther (Souffrances du jeune Werther) est une œuvre de jeunesse écrite par Johann Wolfgang von Goethe en 1774. Ce classique de la littérature allemande débute par une lettre datée du 4 mai 1771 où l’on apprend qu’un jeune homme, Werther, vient de rencontrer Charlotte dont il tombe éperdument amoureux. Cependant, la jeune femme est fiancée à Albert. Alors il tente de fuir pour l’oublier mais dans le second livre, Werther, heureux, jouit d’une tranquillité d’esprit en lisant Homère quand, déçu par la société qui l’entoure, il décide de rejoindre Charlotte, maintenant mariée. Face à un amour impossible, le jeune Werther met fin à ses jours, acte qui suscita une vague de suicides et de vives réactions à la publication du roman.

La représentation débute par une lecture du texte de manière linéaire et scolaire. Face à nous, Philipp Hochmair a des allures de conférencier. Mais très vite ses tourments prennent le dessus et Werther révèle tout son caractère égocentrique. Il déploie alors une folle énergie, sans aucune retenue. Parfois calme comme avant d’affronter une tempête puis l’instant d’après, explosif et déchaîné, l’acteur transcrit à merveille la folie délirante de son personnage. Il faut le voir arriver en Cyrano, avec le nez tombant, prêt à affronter en duel Albert, le fiancé de Charlotte, la femme dont il est follement épris. Ou encore lancer des morceaux de salade sur les spectateurs, dans un accès de rage. Mais cet amour démesuré qui le consume le fera battre en retraite avant de revenir plus malade que jamais dans son âme et dans son être, jusqu’à le mener à sa perte dans une passion dévastatrice où « il est plus facile de mourir que de supporter une vie pleine de tourments. ».

Sur scène, l’utilisation de la caméra retransmet en gros plan certains détails comme pour mettre l’accent sur ce qui vient se coincer dans l’engrenage d’une vie paisible et ces inclusions décuplent les sensations qui nous arrivent par vagues. Les phrases des lettres de Werther donnent lieu à une version imagée sur le plateau où Philipp Hochmair passe d’une langue à l’autre. Il égraine les dates du temps qui passe et qui le rapproche inéluctablement de son suicide après avoir goûté les plaisirs purs et simples de l’existence. Au son de la sublime chanson Perfect Day de Lou Reed, enfermé dans une vanité qui le retient prisonnier, il sombre peu à peu dans un monde sans retour possible.

L’acteur ne fait pas qu’incarner Werther, il est cet homme à qui il prête son corps et son incroyable énergie qui utilise avec une générosité débordante. Les dernières images d’un chaos indescriptible juchant le plateau comme le tsunami qui a tout détruit dans sa vie et son esprit sont saisissantes avant de céder la place à un adieu irrévocable, un sacrifice humain alors que « nous pouvons si peu les uns pour les autres. ».

Philipp Hochmair livre une performance extraordinaire, dynamisant l’œuvre mythique de Goethe. Il brille sur le plateau de La Commune et se montre phénoménal dans la peau de ce héros romantique qui touche « le fond de l’abîme humain » comme pourrait si bien le dire Lamartine. On oublie très vite la structure de ce roman par lettres pour plonger sans protection dans la folie du personnage. Et comme il le dit si bien, « quand nous nous manquons à nous-mêmes, tout nous manque » mais dans la performance présentée, il ne manquait rien d’autres que de prolonger encore plus cet instant de grâce au cœur d’infinies souffrances.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor